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Poèmes en gros et demi gros 08 revue rue des poètes 24-25 mai-juin 1998

Solution du jeu du numéro 22

Quel était l'auteur du turbot?
Sa "Folie Tristan",  Léon Leclère,  en littérature: Tristan Klingsor,   (1874-1941) 

la partageait avec le poète Tristan Derême (né Edouard-Joachim Corbière,  1845-1875)

ainsi que notre estimable collaborateur Tristan Boudu (né lé 17 juillet 1942, mais ceci est une autre histoire).
Tristan Klingsor était l'ami de Ravel, gui a mis en musique sa Shéhérazade en 1903, 

et l'auteur du Turbot paru dans le numéro 22-23 de Rue des Poètes.
Le voici, Tristan, au cours d'une existence passablement antérieure

et notoirement proche-orientale:

Marie Ordinis

J'aim tant tellement la bière que j m'en suis foutu plein la panse
c'est pour ça que j'ai ce petit bedon
Il est gentil mon petit bedon
Il est bien rond    
Un rond bedon plein de bonnes bières
C'est mes réserves
De tous les pays
De toutes les couleurs
Quelquefois
Avant de m'endormir
Je rote un coup
Puis
Je ravale la senteur
Et je me dis :
« Ah ! Je suis en Ecosse
Ou en Irlande
Canada
Japon
Australie
Madame Gaspard -
Et je rêve que je voyage
Loin loin loin loin
Grâce à mon Petit bedon bien rond

Moralité : (pour la rime c'est pas facile)
Depuis que je suis plein de bière
Quand je m'fais l'tour du nombril
Je deviens globe-trotter
1977 au King Henry

Vincent Jarry

LA POUSSIÈRE

Khalife ou pauvre d'Asie,
Qu'étais-je il y a mille ans,
Ou quasi ?
Mendiant prosterné parmi les mendiants
Ou Seigneur en turban de soie les regardant ?
Qu'importe ! La rose la plus choisie
N'était-elle pas pour l'un ou l'autre la même.
Et pareil le goût des figues d'Ispahan,
Et pareil le plus beau poème
De Khayyâm ou d'Hafiz,
Tout ainsi que l'azur éclatant
De l'espace ?
Tout ainsi que l'azur éclatant
De l'espace ?
Quand un peu de poussière au hasard de la brise
S'envole sur la route,
Qui donc se doute
Que c'est un prince de jadis qui passe ?
.,
1955. Tristan Klingsor
Album, éditions Flammes Vives, 1955)

Petits requiems pour la Créature

.MCMXCYHI

Elle avait meublé son alcôve
D'une splendide horloge byzantine
Qui retardait toujours le moment du plaisir.
Ses aiguilles tournaient à l'envers.

Le pauvre grammairien, la syntaxe au cœur, n'était capable de faire que des propositions relatives.

Quand elle exigea de lire ses désirs par écrit, il était trop tard dans sa vie ; il avait oublié la ballade, le rondel, l'élégie... Il devint poète de court.

Ce n'est pas le cœur
Mais son pas dans l'escalier ?...
Ce n'est pas son pas
Mais son cœur qui change de palier.

Elle avait tant piétiné son cœur qu'il prit l'épaisseur d'une feuille morte, puis tomba un soir de grande bise... aux pieds de la Créature heureusement.

Clément MARAUD

Jean Luc Evens
Pas comme les autres

Il n'est pas tout à fait comme les autres
Mais il veut souvent être des nôtres.
Il est parfois l'oiseau, le papillon
Qui s'envole et survole tous nos démons.
Il est aussi le renard ou le loup
Quand il se sent menacé ou à bout.
Il ne sait où se trouve le nord, le sud ;
Il va ainsi de sa vie dans l'inquiétude.
Il n'est pas tout à fait comme les autres
Mais il veut souvent être des nôtres.
Il fume et se parfume au gré du vent.
La passion n'a guère d'emprise sur son temps.
Il peut être silencieux de longues heures,
Plongé dans on ne sait quel rêve d'humeur.
Il ressurgit brusquement angoissé,
Posant de nombreuses questions, emporté.
Il n'est pas tout à fait comme les autres
Mais il veut souvent être des nôtres.
Il peut verser des larmes lors d'un drame
Et rire l'instant d'après sans état d'âme.
Il peut être doux comme un saintpaulia
Et piquant comme un cactus aux abois.
Le temps a assagi son caractère
Et le torrent a rentré sa colère.
Il n'est pas tout à fait comme les autres
Mais il veut souvent être des nôtres.

Mes mots, Mes bêtes

Manifeste
Pour une
Poésie bouchique

Mes mots, mes armes, mes bêtes,
Etes-vous prêts?

Lâchez les mots transmués!
Lâchez les mots pelleteuses!
Les mots-pets, les mots Idiots,
Les bric-à-brac de mot à mot!

Les monomots, les monèmes,
Les poèmes monosyllabiques,
 Les pets d'organes bouchiques,
Les mots volés à des ivrognes...

Les mots insectivores de mythes,
Les mots pour interstices,
Les mots d'intestins,
Les mots pas dits.

Les plus courts,
Les plus bêtes,
Les plus animaux,
Les plus inesthétiques.

Les mots collés à la figure,
Les mots scotchés sur la porte,
Les mots-transe, les mots transmis,
Les mots "faites passer!"

Les mots trans-transmués,
Ces psaumes insensés,
Savamment alchimiés,
Ces calomnies divines!

Ces mots expérimentateurs,
Ces mots libérateurs,
Ces mocaïnes,
Ces mots foutoirs!

Ces mots vidés dans tous les sens
Et re-remplis d'autre chose,
Ces mots passeurs
De l'autre côté du mot.

Pascal GAILLARD

Poésie fonctionnelle

AFFECTIVITE PROPORTIONNELLE
(poème du troisième degré)

"Que mon intransitivité
transcende votre transitivité,
Que ma perspective soit motivée
Par votre variable liée.
Que votre constante unie
A mon quantificateur universel,
Suivant le code binaire,
Chante la gloire
De votre associativité !

Que mon rejet uni
Et votre rejet subit
Deviennent des rejets réciproques
Par nos relations en noyau.
J'aime votre logique élaborée
Et vos critères de tautologies
Et vos fictions axiomatiques,
O mon entité transcendante !

Ensemble nous visiterons les critères
De déductions des thèses ;
Nous coordonnerons
Nos coordonnées
Dans un même circuit
D'autodistributivité.

Alors...

Mon accumulateur totaliseur
Connectant votre disque dur
Mes deux logiciels
Taquinant les contours
De votre imprimante,
Là, tous les deux allongés,
Une table de logarithme
En guise de lit nuptial,
Bercés par les accords d'un Xenakis
Trituré au laser,
Nous ferons de nombreux petits multiplicandes
O ma particulière existentielle

Guy Perrot EPSILON LECAGNEUX
/ 3 bd Morland 75004 Paris/ T : 42-77-52-16

Elle marche autour de l'église
Et sa démarche de danse rythme la chute des cailloux
Elle est belle et la religion s'effrite
Tombe en morceau
Gravats d'église Saint-Sulpice
Arrogante beauté d'une jeune femme rieuse
Peut-être tendre
Et puis le Réverbère
J'ai pissé contre plein de réverbères
Soirs de beuveries
Mais pas celui-là
La honte
La honte d'étant pauvre
Etre moins pauvre qu'un autre
Pour qui cette misère
Ce journal lumière de misère
Comment
Etant pauvre
Offrir un bouquet de fleurs
A une jeune femme à la marche qui danse
Comment rêver

She walks around the church
And her dance a pace gives rhythm to the
falling stones
She is pretty religion crumbles Crumbles down
Rubble of Saint-Sulpice's church Arrogant beauty

of a laughing young woman Maybe tender
Next Le Reverbere
I have pissed against lots of lamp-posts

Nights of booze But not that one Shame
Shame of being poor
Yet less poor than others
Who is that poverty for
That monthly light among misery
How
of flowers with a step
Being poor
To offer a bunch of flower
To a young woman that dances
How to dream
The pace that dances circles the church That crumbles
And the pace that dances stops at the church And draws it
And dream becomes project

Et la danse de marche tourne autour de l'église
Qui s'effrite
Et la marche de danse s'arrête devant l'église
Et la dessine
Et le rêve se fait dessein
La tendresse en rigole de rire au cours d'un regard
Chaque rencontre la fragrance est distante
Nouvelle timidité
humblement
Je m'effrite autours de l'église
Mes godasse sont des trous
je ne pense jamais à les changer
je n'avais  de religion que moi
Et mon rituel est en morceaux
Une jeune femme fleurit son parapluie autour de l'église
Le rêve danse et sourit
Il paraît qu'en Afrique on s'entre-tue
C'est toute l'église qui s'effrite

Vincent JARRY
in "Effriteries"Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

Fondness bursts out laughting within a glance
At each meeting the fragrance is distant
New shyness
Humbly
I crumble around the church
My shoes have got holes
I never remember to change them
My status crumbles
I had no religion except my own self
And my ritual is in pieces
A young woman blossoms her umbrella
 around the church
The dream dances and smiles
Apparently in Africa
they are slaughtering one another
The whole of the church crumbles

Vincent JARRY traduction Marie ORDINIS
in Effriteries-Crumbleries

Le moine lubrique

Que n'ai-je été, dans une vie antérieure,
Un moine lubrique fuyant les longs jeûnes ascétiques
Ronflant pendant les solennels ébats liturgiques
Digérant sous l'austère voûte gothique

Les frères m'auraient bien détourné
Des sulfureux desseins du malin
Rôdant à l'affût sous ma bure sonnant le tocsin;
Mais cédant à ses pompes et à mon instinct libertin

J'aurais abandonné mon âme aux anges du déclin
La panse rebondie, les yeux larmoyant de concupiscence
J'aurais rêvé de mystiques turgescences,
De pécheresses aux rondes incandescences

De fornication avec des succubes aux candides effervescences.
Après compiles; de torrides pénitences aux créa ures en confession
Du vin, plein les ciboires, les jours de mortification.
Un faible repentir soulagé par une molle flagellation
M'aurait assuré,  ici-bas, une somptueuse glissade vers la damnation

Michel Coëtmeur


Les trois filles
dansaient
Les trois filles riaient
Les trois filles criaient
aussi _
La mère riait encore
et la mère
faisait au linge des plis
Les filles en riant courraient
dans le linge
ainsi défait de leur fait
Puis la mère grondait
mais grondait
non méchamment
grondait comme on
gronde ceux qu'on croit
gronder pour tant de
chambardement
Là-dessus la mer
allait retenant son
jusant pour tant
de cris mêlés à tant de
bouleversement
Pour ceci qui s'échappait
de toute cette rumeur
La mer s'en allait
doucement éteignant son
ressac sous
les coussinets adoucis
de ses galets
encore une fois
retenant doucement
le jusant

Et l'ogre apparu
tellement fort et tellement
méchant dans son aspect
ridicule et outrecuidant
L'ogre grenu maugréant
L'ogre aigri égrenant
tout son grand emportement
toute sa vie passant par
les trous de sa vie en démence
L'ogre aigrelet grondant
au grondement grandissant
agrandissant sa peur
de geignement grossissant
désira, voulu dans son
ogritude gémissante
manger _ s'offrir un repas
de tous les petits enfants
Or de ces enfants
devant l'ogre grognant
Les cris furent
tellement peu de
peur _ les cris _
mais bien de sauvages
cris de tendresse
des cris que même
dans quelque ivresse
d'Ogre grognant grognon
On n'en n'entendrai
plus
Ces cris si dérobables
si faciles à faire taire
si fragiles en somme
Ces cris décrivaient si
bien dans leur timbre
dans leurs images
qu'ils proposaient d'un chant
qu'ils proposaient d'une danse
Ces cris cernaient aussi
bien la douceur confuse
où l'ogre l'avait logée
logée au creux de l'estomac
de ce grondement
Ces cris contenaient tant de plainte tant de
chant tant de plaisir
Qu'il n'avait jamais admis
et qu'il n'aurait jamais admis
sans leur présence
sans la présence de ces rires sans raison qu'il
connût ou pût connaître qu'il

lui prit l'envie
d'y participer de
crier chanter jouer
même danser à l'unisson
à ces cris criblés
de la peur qu'il avait
cru provoquer _

Et il dansa
et ils dansèrent
jusqu'à ce que le jour
ne fut jamais plus que le jour
et la nuit seulement la nuit

Dans laquelle
On dort et l'on rêve
que ces ogres
là et ces enfants
et toute cette mer
Nous l'avons
en nous

Que nous devons l'être
et que nous savons
la devenir
même si nous avons
Derrière nous tous
ces portraits d'ogre
et de petits oiseaux éteints
par tant de malheur
tant de décrépitude
et tant de joie
cachée qui
ne demande
qu'à s'extraire de nous
 
pour faire plaisir
à tous nos amis
ceux qui ne le sont pas
et ceux qui ne le sont pas  
et qui le deviendront un jour.

Pour CHAM
- c'est pour cet anniversaire où j'étais si loin de toi
DENIS

Denis LAVANT
in "Au volant de mon chien" à paraître

 

Le spectre

Le spectre

la voix du spectre remonte la fosse
il sort son spectromètre du fond de ses billes
il envisage le faisceau, une gosse
qui vient frapper son caveau, une ville

la voix de la gosse assise saute au plafond
elle sort son pluviomètre du fond de ses billes
elle dévisage le fantasme, un carnaval
qui vient de blinder son cerveau, une procession
le vent plonge son nez desséché dans la maison
il sort son sismographe du fond de ses billes
il encourage le sort de la gosse, une bacchanale
qui vient d'affubler l'horizon, une illusion

la fête des billes dénudées de leur métrique
se prépare au fond de la cave, dans le noir
où on désigne la tête des défunts, une sérénade
qui achèvera le dîner du soir

FRED TROUVE

A la grande fenêtre du jour
Des anges d'oiseaux s'élancent
Vers les romances de ton paradis
Quand retentissent les sirènes
De tes étangs chimériques
Drapés de spleens et d'espoirs.
Sur les mers et les murs empiriques
Tu taquinais les muses et les nues
Comme les corps voluptueux des femmes....
Dans tes mains des rêves aux seins de reines
A te faire clouer ton passager-festin
A faire mourir ton étrange destin
Qui accrochait les croches
Dans les poches ou proches
A des lambeaux d'amours éteints
Au creux de tes yeux de pianos.
Tu avais la splendeur des prophètes sans drape
Et des songes incertains.
Tu remontais l'escalator des cieux clandestins
A chaque nuit aux couleurs des étoiles.
Tout comme Baudelaire ou Rimbaud
Tu pressentais nos escales
De chaque vie
Qu'il aurait fallu brandir
Au nom de ce cri profond
Où tu nous voulais voir grandir
Sur des plages vierges et désertes
Où flamboient les rimes suspectes
Croisées comme des signes des croix des lois.
Dans le silence du ciel où je te parle
J'ai la douleur dans le cœur
Et des fleurs comme des larmes d'Espagne
Pour dire que les poètes ont de terribles armes
Pour chanter aussi ton âme.
Pour nous tous l'horizon des sillons à naître
Et démasquer le monde déguisé de ses travers
Qui n'a pas encore parachevé ses lettres.
Bien sûr avec le temps il y aura encore
Des hommes à leur fenêtre
Qui entendront ton chant et retiendront
Toutes tes saisons:
L'Amour dressé comme une barricade
Empli de brumes et de cascades
Où les anges te veillent et te gardent.

Salut Léo.
Jacques sandras

Poemes en gros et demi gros 012

 

JE VAIS PARLER DE MOI

Je vais parler de moi. De moi et sans vergogne.
Dévoiler mes vertus dans ces quatorze vers.
Faisant fi des chagrins, faisant fi des revers,
je tiens, comme un fruit mûr, le monde dans ma pogne.

Enfant du vin divin des marches de Bourgogne,
Mon nombril est le centre exact de l'univers.
Tout tourne, autour de lui, à l'endroit, à l'envers:
Terre, Soleil et Lune à face de Gigogne.

Je suis mon propre dieu; Je m'adore et m'encense.
Je me crains, je me prie et, par résipiscence,
de vingt génuflexions, j'honore ma bonté.

Je suis beau. Je suis fort. Je n'ai pas de manie,
Je suis depuis toujours conscient de mon génie...
Mon seul défaut : une trop grande humilité.

Jean-Pierre Girard. 9 Janvier 1998

De l'enfer au paradis
Je traverse des paysages
Mais qu'il ne soit pas dit

Que de par les âges
La pierre résistera
A l'encontre des nuages

De Anvers à Paris
La route est différente
Ils hypnotise l'homme malade

Ces H.L.M. qui escaladent
Les tons et les montagnes
Les monts et les cocagnes

A l'envers de la pluie
C'est un chemin
Qu'on met en doute

C'est un chemin
Qui perd ça route
C'est un chemin
Qui meurt de faim

Nicolas Béchereau
in Grain de Sable
Saint Germain des Prés éd.

"Homme de loin

tu as perdu ton nom.
Tu n'es désormais plus
qu'une pincée de terre,
un soupçon d'alouette
ou le spasme qui court
à l'aven où les pierres
Ont une espèce de vertige

Armand OLIVENNES

Tu n'as pas encore eu toutes les maladies
d'enfance, de l'humanité.
Tu n'as pas eu encore la maladie des guerres
et des millions de tombes.
Tu n'as pas encore subi la lâcheté d'autrui,
 ni l'indifférence, ni la fatigue des autres.

Sur le mur de la bibliothèque du Congrès de Washington,
ce message m'a recouvert comme les ailes d'un oiseau.
Je m'en souviens.

Voilà ce que dit Edouard Jang:
« Ils bâtissent bas ceux qui bâtissent au-dessous des étoiles. »

******    

Goutte d'eau par goutte d'eau,    
c'est la rivière. Une couche de pierre
ajoutée à une autre forme la montagne.
Un grain de sable sur un autre, c'est le désert.
Une poignée de farine avec une autre, voilà le pain.
Qui peut, alors sinon les parents
ajouter aux enfants la vérité?

Dans le livre des sages est écrit: « Il y aura
toujours des solitudes pour ceux qui les méritent. »

Sois inaudible aux oreilles, mais présent
méconnaissable aux narines et aux lèvres,
mais présent

Ceci est la valeur de ceux qui savent
se distancer suffisamment,
pour pouvoir voir les choses en dehors des sens,
mais toutefois vivent avec leur propre vie.
la sensation de l'âme couronne leur époque

L'horoscope te dit: c'est l'image du ciel
à l'heure de ta naissance.
Comment, si tu es procréé à tous les temps ?
Alors, un jour, quelqu'un t'expliquera
que tu es taureau ou cancer.
Tu apprends que tu es scorpion ou sagittaire.
Mais ceci n'est plus un jeu. C'est sérieux.

Qu'y a-t-il de pire si tu ne sais plus jouer sérieusement?
« Pauvre raison, » dit Galen
« de nous tu as pris les preuves.
Maintenant tu cherches comment nous abattre avec".

Miroslav ANTITCH traduction Boris VESNIC
IN Horoscope
à paraitre

DU FOND DES RUES

Ecoute cette musique drainée du fond des rues,
Des canaux de la haine au fleuve des passions
Le sourire des mômes est enfin revenu,
A Paris le bonheur n'est plus révolution !

Il y a bien longtemps que tout serait détruit
Si Gavroche et Poulbot n'étaient intervenus
Pour distraire et nourrir les moineaux des Tuileries
Redonnant à Paris ses souvenirs perdus.

Nous ne pourrions bâtir sur les torrents de boue
Que bonheur factice,  illusoire ou pervers,
S'il faut tout balayer, s'il faut dresser la houe
Que le monde à l'endroit ne devienne à l'envers.

Il y a eu des crises, des guerres et des misères,
C'est toujours à Paris qu'on a donné le ton,
D'un amour attendri, d'écoute et de prières
Deux mille années de lutte, de patience et de dons

Cette cité noyée dans l'âme des poètes,
Des Villon, des Nerval, de fous et de héros
C'est toujours à Paris qu'on retrouve la fête
Sur les bords de la Seine où va rêver Margot.

On n'a rien inventé depuis que rue de Lappe
Les rythmes à danser ont gardé le tempo
D'un Paname à remuer sur ragtime et sur rap

Java,  swing,  be-bop,  rumba ou bien tango
Ecoute cette musique drainée du tond des rues
Le sourire des mômes est enfin revenu !

Michel PRAEGER
in "Vent de Plume"
À paraître

Poemes en gros et demi gros 017

ATTENTE SOLEIL D'AUTOMNE

Messieurs, je n'attends plus rien de vous,
Ni de votre autorité.
Ni des Maîtres penseurs qui bavardent dans les médias,
Je n'attendrais jamais rien des économies égoïstes,
Je vois votre avenir comme un grand vide,
Votre néant qui vient,
Car  il est sans la projection de vos rêves,
Votre incapacité à être vraiment humain,
Votre incapacité d'aimer,
Je vois la vie comme étant la seule nécessité,
Je n'attends plus rien de vous,
Vous m'aviez trop promis pour aujourd'hui,
Je n'attends que la mort de vos projets,
J'espère plus que dans la vraie justice pour tous,
Je m'attends à être nourri de vos rêves.
Je n'attends plus que la réalisation de vos cauchemars,
Je n'attends plus rien de vos potentielles virtualités,
J'attends pour demain le grand soir.
Pour encore pouvoir rêver sans vous,
Et pour toujours espérer,
Je n'attends plus rien de vos éventuelles révolutions,

Je n'attends rien des poètes appointés
Et j'attends encore des jacasseurs de fleurs,
Je serai le chien qui vous mordra,
Mon bon maître, Je n'attends plus rien de vous.
Et je n'aurais rien venant de vous,
Nous aurons tout, Et vous, mon bon maître,
Vous serez qu'une vieille histoire d'un passé révoqué,
J'attends tout de demain,
Mais mes lendemains se feront sans vous,
J'attends!

Bruno Quinchez Paris le 13 Décembre 1997 Ste Lucie

à demain

Te lirai un poème, pour l'autre vérité
dans l'ailleurs validé :rien
n'est jamais aussi réel que nous le pensons
Te lirai un présent à multiples lectures :ce n'est jamais
ce que j'attends qui arrive
mais déjà, il est tard, il faut tuer la lampe

Laurette

Pastorale

C'était une bergère qui croyait à des pairs plus beaux que pâture
mais si t'es pas des moutons qui bêlent dans l'immense plaine,
alors t'es le cri, le qui tue : le cri des loups

Laurette

Le petit Bleu de CharonneRépublique

Nouveau Journal d'informations fantaisistes
 

mais strictement véridiques, à périodicité aléatoire et tirage variables

Dernières nouvelles:

Ca y est! la loi est passée.
Pas trop tôt: Dorénavant
les Pitt-bull devront faire euthanasier leurs maîtres
agressifs

Gastronomie:

Poèmes fermiers garantis sans colorants.
L'appeau du chat
Le chat lape son lait.
Foin de l'hameçon laid
Pour les petits poissons:
Le chat les lape aussi.
Fait-il pas l'appeau? si,
Pour les petits oiseaux!

Le PV dans l'homard (Sonnet)

A orner mon par'-bris' la pervench' assidue  
Songe-t-elle que je suis de l'impôt las (si dû)?
Oui, je trouve la farce à force acidulée;
Où trouvé-je la force, encor, assis d'hurler
Ma hargne grogne rage à l'odieux papillon?
Allons! c'est décidé, et de ce pas pillons
Les caisses où s'entassent notre fric et nos thunes.
D'un coup de main hardi, par un fric-frac nocturne,
Et armés, Monseigneur, comm' il sied d'une pince
De homard (qui est bien des crustacés le prince),
Serrures arrachons et verrous fracturons,
De l'enfer de mauvais's intentions pavé.
Et disposant enfin du produit des PV,
Dépensons, élégants, vêtus de fracs, nos ronds.

Santé:

" Pour bien pondre, il faut coucher tôt
et pour se bien porter il faut le veto."
(proverbe poule)

La sagesse animale est admirable car il est bien vrai
que vétérinaire est un bel et bon métier.

Ainsi en est-il de mon ami le docteur Stéphane
qui m'invite parfois à sa table somptueuse.  
Naturellement, comme tous les professionnels
passionnés par leur métier,
le sien fait souvent les frais de la conversation.
Il faut voir avec quel enthousiasme
il l'envisage, avec quelle émotion il en parle:
"Cette oie syrrothique, je n'ai pu la sauver;
ni ce saumon qui fumait trop,
ni ce veau souffrant d'insuffisance rénale,
ni cette poularde en demi deuil terrassée par le chagrin.
Ces échecs me désolent sincèrement, me consternent même.
Mais servez-vous avant que ça refroidisse, mes bons amis!"

Grammaire ou le beau causer:

On peut dire "à père avare bon rat"
on ne peut pas dire: "à bon chat fils prodigue".

Vendredi 24/04/98 André Labarrere interrogé à France inter
au sujet de l'accusation de harcèlement sexuel

que porte contre lui l'un de ses anciens employés

déclare tout uniment: "c'est un garçon que j'ai beaucoup aidé!"

peut-on parler de liaison dangereuse?

Devoirs de vacances:

Mathématiques en été sur la plage:
Plus je m'oins, moins jep'luche.
 

C'était la grande maison
Il y avait la famille et des fêtes
On y dansait on y chantait
Le jardin était ouvert
Grand ouvert
C'était tout vert
Et puis brun
Il y avait des gens à beaux costumes
Des qui papotent
Et je te cherchais
Tu étais là
Et je te cherchais
La dame belle en œil soleil
Et puis d'étage en autre étage
Au mitan du fatras des fêtards
Je t'ai retrouvée au mitan d'un plumard
Emmitouflée de pleins d'amants
Ton œil sommeil s'est rallumé
Et puis adieu sous la couverture
Laquelle était un bel herbage
La grande maison était plus loin
Très très loin
Comme toi qu'étais plus là
Pacqué la grande prairie
Pleine d'herbage
Cisaillée en rivière
Entourée de forêt
Menait à un étang
Par la rivière
De l'autre côté de l'étang une buvette
Et ton soleil d'œil qui traîne par là Puis
Suivant la rivière
Pour aller vers la buvette
J'avais drôlement soif et je savais t'y retrouver -
J'ai vu un zèbre passer
Comme un éclair
Mon grand chien noir est arrivé
Fouettant la vie de sa grande queue
Et puis s'empêtrant dans mes jambes
Un yack est apparu
C'était pas la saison
Et de l'autre côté de l'étang
il y avait ton œil qui riait
Quand le phacochère est arrivé
j'ai eu les foies
Il était brun-violacé
Des défenses en sabre arabe
Et le poil long
Il a foncé vers moi
Et a stoppé
Interrogatif
Doucement
J'ai avancé ma main
Et je l'ai caressé
Son poil était doux
Soyeux
Il a fait un bond et il s'est enfuit
Il ne faut pas caresser les phacochères
qui ne demandent rien
Et puis il y avait l'étang
Et la buvette
Et j'avais soif de ton œil soleil
toi qui passes
Et repasses dans cette histoire
où je suis le seul à te voir
La buvette
Au bout de la rivière
La rivière se fait canal Tu vas à la buvette
Ton morlingue tombe à l'eau
Pour retrouver l'œil il faut payer
Pour payer le portefeuille
Saute à l'eau
Mon salaud
L'œil soleil te regarde
Le phacochère les éléphants et le zèbre
Et puis la tortue
Tu veux remonter sur la berge
Ta main se coince dans les grillages
Putain de con j'ai mal aux doigts
Et puis laisser aller au cours de l'eau
Attendre la plage où remonter
J'ai pus mal aux doigts je peux regrimper
Rétablissement et yop-là boum
Un œil soleil m'enlace et rit
Me tortillonne dans tous les sens
Sous l'œil énorme d'un phacochère
Au pelage très doux

Le soleil œil luit

Vincent JARRY
in "Frédée 96" à paraître

Saluts Théo!

Alors, te voilà parti!...
Qu'est-ce qu'on peut dire?
Qu'on t'aimait bien...
Qu'on garde dans 1'oreille
Ta voix acide, grinçante, parfaite pour
Distiller cette poésie de même nature
Gui aura été la tienne...
Qu'on regrettera ton ironie amère
(Ce n'est pas pour rien que tu récoltas
Le grand prix de l'Humour Noir),
Ta façon de jouer avec les mots,
Qui tortillaient les idées
Pour en exprimer
Toutes sortes de contradictions...
Salut Théo!
Les nombreux copains qui sont venus
Dans ce village du fin fond de la Creuse,
Où Danièle et toi aviez trouvé refuge,
Pour t'y rendre un dernier hommage
Et boire un coup à ton souvenir,
Attestent l'amitié que ta générosité,
Ton sens de la justice (avec un grand J),
Ton ouverture aux autres,
Avaient su partout générer
Et qui sont les éléments naturels
De cette fraternité universelle
Chères à tes idées libertaires.
Pardonne-moi cette phrase si tarabiscotée
Qui sent quelque peu la remise
De décoration à titre posthume...
Et, où que tu sois,
Prépare-nous une place pas loin de toi.

Jean-Pierre GIRARD

CE N'EST PAS UN DELIT
D'HABITER A DELHI
ET DES LITS A
DELHI
IL Y EN A
PLUS QU'EN TERRE ADELIE

MAIS ADELE, ATTERREE,  
MAIS ADELE, LIS !
VEUX-TU QUE JE TE DELIE?

Marie ORDINIS

P.S. Où IL EST QUESTION D'UNE JOLIE
ET JEUNE FEMME, VIVANT UNE VIE SOLI¬TAIRE  
(ET GLACEE) DANS L'ANTARCTIQUE.
CEPENDANT LES INDES LA TENTENT.
MAIS ELLE EST QUELQUE PART,   
CAPTIVE (CE QU'ON NE COMPRENAIT
PAS AU DEBUT)... D'UN SADIQUE QUI...

Un pas

Ecoute !
Pied qui glouffe dans l'herbe

Un pas
Et ton pied devient racine
A cette seconde qui dure mille ans

Un pas
Ma racine s'envole et ne revient
jamais

Pas dans le ciel
Léger, caché, cherchant le vent
Cherchant le Nord

Pas dans la boue
Dans la trace des loups

Des pas, des milliers, dans la forêt
sans arbre

Pas à pas
Tu avances dépossédé de tout

Pas à pas
Tu sèmes dans la forêt
ta jeunesse, tes envies

Pas dans la neige
Linceul des fées Chloroformes

Un pas de plus
Et maintenant
Ton pied devient racine

A cette seconde qui dure mille ans.

Pascal GAILLARD.

MOTS D'AFRIQUE

Elimane KANE est originaire du Sénégal.
Il fait en ce pays ses études primaires et secondaires
avant de s'embarquer pour la France en 1978
après le Lycée où il se montre brillant élève,
il fait un bref passage au Prytanée militaire de Dakar.
Mais pour avoir participé à une grève,
il est renvoyé pour indiscipline.
Doué et imaginatif, Elimane KANE ne cesse pas,
pour autant, de s'engager, de continuer à se battre contre l'injustice.
Et en 1978, faut-il le rappeler, il vient entreprendre ses études universitaires en France.
Aujourd'hui, Elimane KANE réside dans la banlieue parisienne
où il se consacre à l'enseignement.
Dans son métier, il a résolument opté pour les méthodes nouvelles
tant au niveau de 1'ECOLE A LA RENCONTRE DES FAMILLES
qu'au niveau de la FORMATION DES PROFESSEURS DES ECOLES.
Elimane KANE est père de deux charmantes fillettes: ASTOU et KARTIGATA.
Mais Elimane sait aussi s'abstraire du quotidien pour plonger dans la poésie.
La parole du poète est alors témoin des absurdités que secrète le monde;
elle se fait également prophétique et nourrie de symboles.
Le premier recueil de poésie d'Elimane KANE, L
ES RAYONS DE LA CALEBASSE, est publié aux Editions Nouvelles du Sud.
Mais déjà deux autres volumes,  LA PAROLE DU BAOBABB,  LES FRIMAS DE CAURIS,  
tous deux encore inédits, attendent de paraître, ce qui ne saurait tarder.

Jean-Baptiste TIEMELE
mon cœur Eva

EVA NAISSANTE
EVANESCENTE
EVA S'EN VA
EVA SAMBA

Jean-Baptiste TIEMELE
23 mai 1998

Quand vous m'ennuyez    
Je soustrais le temps et l'espace    
Dans 1'immensité
Des nuages dans le ciel humain
Qui s'entremêlent
Je fixe le sacré, l'éternité    
La lumière humaine
Vous pouvez toujours vous tuer    
Je suis si loin de vos carnages
Inutile de me tromper
Je suis encore en voyage
La lumière étend ses feuilles de roses
Autour de mon île

Prosper
Très abondant
De sa personne
Vint sans...Jarry
Regrettant 1'absent
Il pria vint cent Jarry    
De combler    
Cette absence  Jarry
Soi-même

Amadou Elimane KANE

In les RAYONS DE LA CALEBASSE
Editions Nouvelles du Sud.

Jean-Baptiste TIEMELE 25 mai 1998.


VENUS PERLEE

Par toutes tes anfractuosités
Je t'investirai,
J'irai mêler
Aux eaux qui coulent en toi,
Des lots de perles blanches, alors,
Ni mer, ni rocher, je te ferai femme nacrée
Femme adoublée, depuis la bouche
Jusqu'au cœur de tes hanches.

Jean-Pierre Collet
In "Le Chant du Naïf
Court-Lettrage édition.

 

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