Poèmes en gros et demi gros cinquième partie

Poèmes en gros et demi gros

scannage de la revue rue des poètes

N° 19 décembre 1997, c’est la cinquième partie

 

« L'homme est destiné à retourner en poussière, c'est dire l'importance du plumeau. » Alexandre Via latte.

 

La Poésie ? On sent bien quand ce n'en est pas. À l'inverse, allez essayer de comprendre et d'expliquer pourquoi, oui, là, définitivement, c'en est bel et bien. Et la manière, le genre, le ton. Le style, le lieu importent peu. Rien ni personne ne vous dira ce qu'est un poème; à peine le poème peut-il lui-même parfois sauf découvrir son mystère ni sa nature irréductible. Le poème ? Cette sorte de perte de sens qui soudain fait sens pourtant, pour tous ! Qui vous entraîne avec une irrépressible violence même s'il se peut qu'elle demeure douce, dans ce que la liberté a d'inaltérable et de nécessaire. Trois mots donnés, trois mots reçus, trois caresses, trois gifles, et vous voila subversif, et surgissant de vous, comme une source inconnue d’une montagne invisible !Écrire, parler, communiquer supposent un terrain commun, une entente où s’accorder sur les significations, mais du coup on ne communique rien : On informe. L’échange, le bouleversement de ce qui est dit et vous parle commence avec l'émotion quelle que soit sa nature, froide, incompréhensible, douce ou brûlante. A des candidats dictateurs plus ou moins repentis, après la chute du mur de Berlin, qui lui demandaient d'où venait la formidable puissance de ses poèmes, un poète, fraîchement sorti de prison, répondit « d'ignorer la haine »; sans oublier d'ajouter « mais pour vous, il est trop tard ». Un autre poète, à qui la censure demandait ce que ses poèmes voulaient dire, répondit simplement «je n'en sais rien moi-même » Et c'est bien là ce qui fut considéré comme extrêmement dangereux. La peur prenant toujours les devants, il fut interdit, puis persécuté. Le poème détruit le tissu commun du langage et de sa rhétorique, amenant à la surface l'incontrôlé et l'incontrôlable d'où le lourd tribut qu'ont payé les créateurs en suicides, vies fichues, exclusions, tenus à l'écart pour l'écart même de langage qu'ils représentent et pour les mots dont le poème préserve la part sauvage. On oublie que pendant ces temps abrutis par le bruit des tiroirs-caisses, la poésie pourrait bien sauver l'honneur de ce siècle comme elle l'a fait durant les guerres, les génocides, les massacres, les famines et la destruction de populations entières ( par le jeu des bourses et des multinationales) qui n'ont pu montrer, que montrer ou notre impuissance ou notre indifférence. Il n'est pas besoin de croire en Dieu pour prier mais pour faire un poème, il faut au moins le laisser faire et donc savoir l'attendre.

 

Werner LAMBERSY

 

De l’ouverture de la coquille Saint-Jacques

Un ventre de femme

C’est comme une coquille Saint-Jacques

Un renflement à partir du nombril

Et puis un rentré avant le pubis

Qui se regonfle à ce moment-là

Jusqu’à la faille délicieuse

Qu’il faut savoir ouvrir

La coquille en est bien plus douce

Quelquefois l’arrière-goût reste amer

Mais la coquille est si douce

Tous les parfums du monde

peuvent se retrouver

dans cette faille

Vincent JARRY 6-6-96

 

Je vais convoler

Quand ? Demain.

Toi ? Oui.

- Toi que je prenais pour un type sérieux !….

Mais je suis toujours quelqu’un de sérieux !

– Non, mon vieux !

Vole n’importe quoi ;

tiens, un cochon, par exemple,

mais pas ce que tu envisages !

 

Jean-Baptiste TIÉMÉLÉ 28 novembre 1997

 

Le poète, né en 1920 et mort depuis,

vivait dans l'ouest de la France.

Son prénom était double, ses amitiés ferventes

et son métier instit' Il ferait bien partie du petit panthéon

des poètes en gros et demi-gros ( voir détails)

Ce texte date des années 1948-1949

et fait partie de « L’HÉRITAGE FABULEUX ».

 

Marie ORDINIS

 

Me voici dans la vingt-neuvième année de mon âge

Avec beaucoup de litres vides derrière moi

Compte jamais réglé sur l’éternelle ardoise

Qui masque de son mieux la misère du toit

 

De feuillage investi comme un enfant posthume

Ah ! c'est bien moi ! Je n'ai pas changé de costume

Et le rideau d’indienne qui m’épouvantait

Avec ses flammes et ses roses mal peignées

 

Flotte à nouveau sur le mieux monde d’aujourd’hui

 Et me voici dans la vingt-neuvième année de mon âge

Où ce n’est plus tout à fait comme autrefois

Quand on vivait avec de bons sauvages

 

Aux fautes de français douces comme un patois

 Mais le temps de s’aimer féroce et plus vivace

Lié dans son espoir aux graines de plein vent

Qui reniflent le sol épais où se ramassent

 

Les sèves et le sel d’un prodigieux printemps.

Je pense à toi qui me liras dans une petite chambre de province

Avec des stores tenus par des épingles à linge

Bien entendu ce sera dans les derniers jours de septembre

 

Tu te seras levé très tôt pour reconduire

Une vieille personne très chère avec son vieux sac de cuir

Tu auras bu dans tous les bistrots autour de la gare

Tu auras peur soudain et tu rentreras dare-dare

 

Tu t’assiéras dans le jour calme tu liras

 Mes vers « Ô Mon Dieu se peut-il que ce poète

« Me mette des douleurs de ventre dans la tête

« Que je m’enfante et que je vive en moi

comme un posthume enfant

« Qui souffre de rigueur et renifle en plein vent »

 Et le seigneur dira Bénis soient de la gare

Les bistrots pour t’avoir redonné la mémoire.

 

Les trois premières personnes ayant trouvé le nom de cet auteur

et nous l'ayant communiqué auront droit

à un abonnement de six mois à « Rue des Poètes »...

Je vous donne la réponse j'ai triché , cela vu que pour moi

les archives sont toutes accessibles sans délais,

le poète cité c'est René Guy Cadou

 

 

CRIER TOUJOURS JUSQU’À LA FIN DU MONDE.

 

Grâce soit rendue aux interprètes de CRIER TOUJOURS,

ce spectacle qui, bouillonnant de la sève de Fondane,

nous le rend infiniment proche.

L’univers du poète, peuplé par la voix du chanteur,

celle de l’accordéon, conteur mystérieux et/ou bavard,

nous est offert par Yves-Jacques Bouin, méditatif

ou comme effervescent et Eve Griliquez, rayonnante,

co-maître d’œuvre de l’ensemble.

Ils ont évité toutes les lourdeurs que le spectateur

peut redouter d’un montage poétique statisme

et autres académismes, redondances ou manque d’urgence

dans l’agencement des textes.

CRIER TOUJOURS s'accroche à vous et ne vous lâche pas.

sur scène quatre complices s'écoutent, se rencontrent,

s'attendent, s'attendrissent, se rassurent et s'émerveillent.

Tout est concerté, concertant.

Les objets sobres choisis pour matérialiser

la présence de Fondane et la rendre

touchante et charnelle se font flagrants,

comme ce cordage qui fend l'espace

de part en part et figurerait bien telle flèche

perçant un cœur, une existence.

Alors, toute là douleur du monde peut fondre,

(….) « Je ne saurais jamais me résigner

(….) » (...) « Je ne suis qu' 'un témoin(...) »

(...) « Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée. »

 

Benjamin FONDANE (Iasi 1898 – Auschwitz 1944)

C’est poignant, juste, nécessaire à ceux que la poésie de Fondane

n’a pas encore atteints, pour les changer.

 

Marie ORDINIS1898 est l’année du centenaire de Fondane

CRIER TOUJOURS sera redonné à Paris

dans un lieu qui n’est pas encore fixé, guettez-le !

 

 

 

CLAUDE ANTONINI

 

Odyssée de l’espace virtuel de la Mélodie d’Élodie

Elle est aussi bandante que Vanessa Paradis

« Le roi se meurt vive le roi Kyrie éléïson

Nettoyer tout le panthéon

Que tous les marins et les arts

Se battent comme à Trafalgar »

chantait Patrick Abri

Quant à Claude Antonini

Oh diversification Oh tempo

Ah module talentueux Oh module d’une

femme en noir qui ne détonne jamais sur

un unijambiste, un garagiste ou un éclairagiste.

On ne meurt pas, on s'en va….

Était-elle la fille cachée de Machin-truc-chouette

( Cora Vaucaire ? Barbara ? ) ?

Enfin Claude Antonini et sa zique c'est lubrique,

jaune tango populo, fleur de lys, blanc laiteux

odorants des hauts rangs….

Même Grapelli vous en aurait joué la ballade

tant est adéquat même en tranche, tout est de même goût...

Aujourd'hui mardi, j'aurais voulu écouter

cela pour vous le mercredi mais surtout

ce cher vieux jeudi aussi scolaire que privé,

l'écouter chez soi ou dans sa bagnole de voluptés.

Comme une verveine pleine de veines et en vain d'envies de tout...

Sincèrement, je vous la conseille

comme l'oseille dans l'omelette

et en général, sans être passée par l'ENA,

je vous la consigne comme une source

que vous laisserez couler donc, laissez tomber la neige...

 

Joëlle GUÉNARD

 

j'ai mal, j'ai faim.

je me lève tard dans la nuit

et bois un grand verre d'eau fraîche

ma gorge fait du bruit, mon cerveau aussi

et puis cette certitude : je suis quelqu'un.

bénédiction de cette chose sans nom...

je suis quelqu'un.

j'accepte le don,

je l'accepte tout entier,

tout entière, de tout mon corps-univers,

ramifications, âme, digestion

j'accepte le don, chose liquide et sans nom

je me recouche.

en paix avec moi-même

et tous les autres et toute la terre,

et l'univers l'uni vers- consternation

l'univers-constellation d'eaux planes,

d'ombres et de doutes

eaux planes des aubes douces

où n'a place aucun doute aucun...

je m'endors.

eaux planes des aubes douces

où n'a lieu aucun doute aucun.

 

Alexandre DUFLOT

in « Au bord des eaux profondes »

à paraître

 

À André Laude

 

Devant les Églises de tous les Saint-Germain-des-Prés

Était un drôle d'homme à la barbe percée

Qui n'avait plus de souvenirs à creuser ses mains

Il avait sous sa capuche de pèlerin

Toutes les rides de ses jours et sa soif et sa faim

Il avait écluse tous les paradis perdus

Au fond de sa gorge d'étranges songes maudits

Qui faisaient aboyer tous les arbres fleuris

Au relais de ses nuits qui n'avaient plus de fin.

Tantôt apôtre et rêveur de vin

Tantôt moine au cœur de chaud lapin

Tantôt oiseau aux pierres des sourires

Tantôt amour avec ses yeux heureux

Et pourtant si graves dans les déserts de la misère

Contre toutes les guerres et contre l'enfer.

Un oiseau est venu le chérir et le recueillir

Pour que cesse les jours de tourments

Et qu'enfin l'aurore se lève dans son firmament.

Adieu André. Je suis là tu m'entends...

Un vieil homme s'en est allé de tous les Saint-Germain-des-Prés.

Jacques SANDRAS

 

           MON ENFANT

 

L'escargot sur un cil

Pose un brin de soleil

Un fil oh ! rien qu'un fil

C'est l'instant de l'éveil

 

Une algue dans tes yeux

C'est l'instant de ton rire

Les bruyères en feu

Qui brûlent les navires

 

Et tu prends et tu cours

À la mouette une plume

Au vent fol un cri sourd

Qui sonne les enclumes

 

Et tu cours sur la lande

Où l'oyat sec incline

Sa tête en houppelande

Et joue la mandoline

 

Mandoline jouez

Jouez avec la dune

Les châteaux sont troués

Pauvre du roi Neptune !

 

Jouez avec le sable

Et les masques d'écume

Sur les Roches au diable

Haut la corne de brume !

 

Jouez avec la mer

Venu de l’Évangile

Mon enfant est ma chair

Mon enfant est une île

 

Jean-Yves LENOIR

in « les Petits Riens »

 collection « Flammes Vives »

 

Le vol des souliers de la rue qui tourne

 

Du haut de la rue

qui tourne les pieds

des gens de la ville

lancent des sarava

qui dégringolent

sur les pavés de la rue

un sort par dessus la rampe

et les souliers s'envolent jetés en bas

les volets des maisons tournent

les yeux des gens de la fenêtre

lancent des sarava

qui rebondissent sur les souliers

qui s'envolent jetés en bas

du balcon des maisons aux fenêtres

les yeux des gens

les têtes des étoiles dans la lune

lancent des sarava

qui chavirent sur le vol des souliers

et des yeux jetés en bas

Au ciel de la nuit des têtes en vol

les lacets des souliers

des gens lancent des sarava

qui bouillonnent sur l'air

des vols des pas jetés en bas

 

Fred TROUVÉ

in « Carnet de Poèmes »

 

ETE DANS LES ALPAGES.

 

Dans la prairie verte, les sonnailles des moutons tintinnabulent.

Les mérinos pâturent dans les prés, ainsi que de noirs Karakuls...

Le berger pense aux brebis agnelant en ces jours nouveaux...

Les Champs sentent bon dans le soir, le ciel et l'air sont chauds….

 

Les cloches dans la montagne sont étouffées par le bruit des torrents...

Les estivants passent sur les sentes avec leurs sacs et leurs enfants...

Les ailes des vautours virent au-dessus des cimes environnantes...

Pour de jeunes agneaux, des levrauts, ou de jeunes chairs innocentes..

 

L'air est chargé des miasmes et du parfum sucré des violettes...

Le berger prépare sa pitance et pense aux Femmes joliettes.

Seul dans sa montagne parmi ses brebis, ses béliers et ses agneaux...

 

Le pâtre mange son fromage et boit le vin dans sa gourde...

Ses inquiétudes sont quotidiennes, ses contraintes sont lourdes...

Le ciel est beau, l'air est pur et leurs vies restent son fardeau...

 

Bruno Quinchez Paris le 5 juillet 1997

 

Sonia cultivait les bégonias

Mia Mia Mia

Sonia cultivait des pétunias

Mia Mia Mia

Moi j'effeuille mes pensées

Oh gué Oh gué Oh gué

Et Gaston ses potirons

Mironton !

 

Isabelle SPRUMG

 

BERCEUSE

Entre chien et loup

M'aie pas peur du loup

Tralaié trapala

Youpala youpala

Dans ton lit douillet

Avec ton doudou poupele

Choubidou wah

Ton lolo tu n'oublieras pas

 

Isabelle SPRUNG

 

Folie de la mer

 

Lionne écumante et menaçante

La mer vers moi se précipite.

Femme furieuse et démente,

Sur le sable, elle accourt très vite.

Au ciel les nuages menacent,

Le vent tantôt s'est déchaîné.

De douceur il ne reste trace,

Est-ce la fin du bel été ?...

La vague contre la forteresse

Se jette et, blanche, rejaillit.

La mer est folle en son ivresse

De fierté, d'amour insoumis.

 

Jocelyne Lefort

 

Le jour s'en va

La nuit le suit

La nuit s'en va

Le jour la suit

Est-ce la suite

Ou la poursuite

 

Jean-Baptiste TIÉMÉLÉ

 

Aux défunts mots d'automne qui touche à sa fin

il( s ) en reste( nt ) 21 de jours comme de nuits

Les feuilles d'automneSe ramassent à la pelle

Joëlle GUÉNARD

 

Touche pas au ZIP

Sinon je zappe

Ce serait si bien

Un Zip-Zap Wabab

 

Jean-Baptiste TIÉMÉLÉ 28 Novembre 1997

 

ROMANES TOUPIES D'ULYSSE

 

Ils sont tziganes, agathes, un peu bazar.

Selon les ramages, ils sont iguanes.

Ils vivent sur un bout riquiqui, dégarni,

vers la place de Clichy.

Oui, on trouve des hiéroglyphes

dans la suie, des coraux résille

Le cirque, c'est une galaxie où les dandys sautillent.

La famille invisible navigue entre rouge et bleu antique.

Une chanteuse, limpide, attise les acrobaties sans tigre.

Ils ont un hymne : l'âme et le cri.

Ils sont tziganes, un regard, un chat qui flâne, une histoire.

Le soupir de la nuit érige leur tipi.

Lola SPONGE

 

L'espoir

 

Dans la prison de pluie

De ton jardin d'ennui

Déploie les ailes de soie

Pour planer vers la joie

Plus loin que l'illusion

Et les sombres saisons

Le ciel en providence

Te confie l'évidence

En future synergie

Se transforme l'énergie

L'orage ne dure qu'un temps

Et déjà vient le vent

 

Gérald JAFEU

 

Martyr pour rien

 

Sur son matelas d'air ou d'eau,

Qu'importe le sens de ces mots,

Il attendait nuit après nuit,

Ami après ami, que la vie,

Que leur vie, que sa vie l'emporte ;

Des combats restés lettres mortes...

Jour après jour, dans sa prison,

Il attendait. La déraison

L'accompagnait dans son calvaire,

II ne pouvait briser le fer.

Le royaume est resté royaume

Les hommes sont-ils restés des hommes ?

Les visages de ces hommes squelettes,

Dans nos télés, dans nos gazettes,

Qui donc s'en souvient aujourd'hui

Après des soleils et des pluies ?

Les images succèdent aux images.

Les morts succèdent aux morts. Carnage...

Un martyr remplace un martyr,

Et la vie continue, délire...

Ils seraient plus utiles vivants

Que morts, poussière dans le vent.

Le poète avait bien raison

Quand il disait dans sa chanson

"Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente"

 

Jean-Luc EVENS in « Des Lieux et des Rêves »

éd. Osmondes

 

Tedd a kezfp

 

Tedd a kczed homlokomra,

mintha kczed kezcm volna.

Ûgy ôrizz, mint ki gyilkolna,

mintha éltem élted volna.

Ûgy szercss, mint ha jô volna,

mintha szivem szivcd volna.

 

192Z. mâj.-jûn. J&zsef ATTILA

 

LÀ, SUR MON FRONT.

 

Là, sur mon front,

Pose ta main.

Sois comme si

C'était ma main.

Prête à tuer,

Veille sur moi.

Sois comme si

C'était sur toi.

Et aime-moi

Dans le bonheur:

Comme si toi

C'était mon cœur.

 

GUILLEVIC in "Mes poètes hongrois"

 

Prière aux anges ( texte traduit de l'arabe )

 

Toi, l'oiseau de la paix

Écoute mon chant

Vole, élève toi

Et va dire aux anges

Les hommes sont devenus fous.

Ils ont levé la main sur les enfants

Ils ont tué de leurs sabres

Nos mères

Et la terre tremble

Sous les pas des criminels

Les portes des deux

En frémissent

Et tous les saints en pleurent

Prière et paix pour nos prophètes

Prière et paix pour nos victimes

 

Sonia « Ghazael » BELLOUTI    "

 

" LA PASSION"

 

Ni le nom de la vague

Ni le nom de la fleur

Ni celui de l'étoile

Ou bien celui du cœur

Tu es l'écueil

De ma vie

Tu es de mon âme ravie

La prisonnière

A la fois l'unique

A la fois la première

Mon complément

Et mon orgueil

Subtile et incomprise

Tu es la passion

 

Michel PRAEGER

 

EQUINOXE

 

C'est un bar où se réunissent tous les pêcheurs

Pêcheurs de bars ou de raies

A partir d'une certaine heure

Ils sont raides

C'est comme ça l'équinoxe, veau bar

Et l'équinoxe les rend ivres de biens et de rêves

Pêcheurs bretons, ils ne pèchent que le thon

C'est un bar où se réunissent tous les pêcheurs

Pêcheurs et pêcheurs de rêves

 

Aurélia ROBERT

 

ABYSSIMAS

 

TES GRANDS YEUX NOIRS    VIENS

SI PROFONDS ET SI TRISTES          RIEN

M'ATTRISTENT ET ME RENDENT     TIEN

TOUT CHOSE  MIEN

INOUBLIABLE PROFONDEUR BIEN

CEST MON HEURE      CHIEN

ABYSSIMA     TIENS
DE PROFUNDIS

ISABELLE BELLE FRELE

TOUTE MIEL

SANS FIEL

A TIRE D'AILES

SANS ELLE

LE TOUT SANS ELLE

OH, ROSE DOUCE ROSE

MAL OUVERTE MAIS OFFERTE

QU'ATTENDS-TU ?

POUR TOUVRIR ET PARTIR

POUR TON DESSIN SANS FIN

JE VOIS DEUX AMOUREUX ENLACÉS

COMME NOUS DEUX

QUI SE TIENNENT PAR LE COU

COMME DES TOUTOUS

BELLE BLONDE

TOUTE LONGUE

COMME UN JONC

QUI JOUE DU TRONC

SUR SES JAMBES LONGUES

AU SON DU VENT

TOUTE AVANT

DANS L'HEURE QUI MEURT

SANS HEURTS SANS HEURES

MAMMIE, JE TE LEURRE

JE TAI ATTENDUE

TOUTE NUE

TU N'ES PAS VENUE

J'EN AI MARRE

JE ME BARRE

 

Michel LABOUREAU 31-1-95

 

MOTS D'AFRIQUE

Frédéric Pacéré TINTINGA voit le jour en 1943 dans le village de Manéga, ce nom qui est aussi celui de toute la région environnante et où les légendes foisonnent et où les folklores sont vivaces.Dans ce coin du Burkina Faso, les rois avaient jadis installé leur cour et Manéga, le village reste la vivante mémoire de ces temps très anciens. Pacéré TINTINGA est lui-même issu d'une vieille famille influente de la cour de cette époque. Dans cet univers, TINTINGA, enfant, vit au jour le jour les épopées que lui racontent les anciens; il s'initie au langage des tam-tams assez proche du langage poétique par sa concision. Par ailleurs, sa grande connaissance des coutumes ne constitue pas, pour lui, une entrave à l'ouverture d'autres cultures. Il accepte, curieux, d'aller à l'école à une époque où les châtiments corporels sont encore monnaie courante. Savoir écrire, quelle magie ! L'écriture va lui permettre de transcrire les épopées de son peuple, de graver sur des disques le folklore de son village ! En 1973, Pacéré TINTINGA est avocat. En marge de ses activités professionnelles, il s'intéresse à l'écriture. Mais c'est avant tout la poésie qui reste pour lui le meilleur instrument pour traduire les sentiments profonds de son peuple.Au cours de la seule année de 1976, il publie trois recueils de poèmes aux Éditions Pierre Jean Oswald; En 1982 et 1983, il publie respectivement POEMES POUR L'ANGOLA, DU LAIT OUR UNE TOMBE aux Editions Silex. Aujourd'hui, la poésie de Pacéré TINTINGA est étudiée dans la plupart des collèges du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire.

 

Jean-Baptiste TIÉMÉLÉ

 

En ce temps-là

Nous étions Pissi ;

Tout était

Noir, blanc, jaune

De monde

Dans ce soir

Où,

Seules, les roussettes (9)

Avaient

L'eau de boisson.

Adieu

A Tibo.

L'eau revenait

A Manéga ;

Les hommes couraient

De haut en bas.

Elle voulait s'en aller.

Et boire avec d'autres mondes ,

Elle voulait rester.

Et boire avec tout le monde ;

Mais c'était une galette ;

Tôt le matin

C'était devant ,

Tôt le matin.

C'était derrière.

 

Plumes et caravelles s'égarent, venelles.

Brûlante trempée, la sanglante fiance la pluie et le rimmel, d'antan.

Elle écartèle le ciel, s'accroche à la lune qui tressaille affable.

À cloche patte paroissienne, le grognon garde son marbre pelage

Elle couve délabrée, ses carnassiers.

Un royaume gronde à la nuit méthane, ogre moutard. 

 

Lola Sponge

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