Poèmes en gros et demi gros quatrième partie


Compilation de textes scannées  de la revue
 rue des poètes d'octobre-novembre 1997 N° 17&18

Vous ouvrez la fenêtre, vous aspirez une goulée de l'air qui courtise vos géraniums.
Vous notez que le couple de pigeons, lui plus sombre, elle plus claire, ou est-ce l'inverse ?
(en l'absence de dismorphisme sexuel, en savent-ils quelque chose ?)
Vous notez que le couple qui, d'ordinaire, signale l'avant-nuit, ventres
contre la corniche tiède, que le couple n'est pas là.
Quand arrivera-t'ELLE ?
Vous empoignez le stylo proche, un autre sophistiqué ou le vieux Bic huileux.
Vous vous calez dans une chaise, dos à la lumière du jour qui se presbytise.
Viendra-t-ELLE avant la nuit ?
Vous avez tant à négocier avec ELLE?
Une pluie légère vous aborde, bonne à affecter les ailes de vos pigeons qui, d'ailleurs, ne sont pas là.
Et ELLE, où est-ELLE ?
Vous   faites   semblant d'évoquer des rendez-vous mutuels, de vous fâcher.
Et si ELLE ne venait pas ce soir ?
ELLE vient de se poser sar le géranium du voisin et ELLE,
comme un biset ordinaire, ELLE s'est installée chez lui et y roucoule.
Vous ne le savez pas et vous n'écrivez sur la page infiniment prête.
Lui, elle, que vous ne rencontrerez peut-être jamais, sont visités par une pigeonne-tourterelle posée sur leurs balcons imaginaires.
C'est très bien.
ELLE va flirter avec ce frère, cette soeur
ELLE?
L'inspiration... On dirait.
 
Marie ORDINIS

Pour Denis Lavant
 
Là, monsieur
Vous êtes reparti vers de nouvelles aventures
De nouveaux tournages
De nouvelles éruptions
Volcaniques
Et vous allez revenir
De la cendre plein les joues
Les cheveux
De la lave encore brûlante plein les muscles
Des désirs de feu dans les reins
Et puis
Le volcan se calmera
La lave se fera
Lagon des yeux
Yeux de rire
Et de tendresse
Où l'on se baigne

Vincent JARRY


Serait-il plus raisonnable de parler de la mort des autres
Que des amours qui vous sont vôtres
Je sais la guerre qui explose les pattes
Je sais les rires qui dilatent les rates
Zyeux de peur exorbités la peur est trop chaude
Et puis il y a ton iris en reine-claude
Et la mort on me la raconte au coin du bar
C'est pas l'Alcazar
FIS
Algérie
Jamais je n'ai rit De tous ces fils
Mais les tendresses
Pourraient supplanter nos détresses

Vincent JARRY

J'ai dans ma maison une fée,
Douce fée féline aux beaux yeux clairs,
Douce fée câline aux grands yeux verts
Qui aime les caresses éperdument...
 
J'ai dans ma maison une fée,
Grise fée au doux pelage soyeux
Où j'aime enfouir mon visage,
Soudain apaisé, 1 coeur heureux...
 
Jocelyne LEFORT

Les Feux
 
Sur d'immenses dunes au silence de brumes
Sur des chevaux baptisés de temples et de feu
Le torse en bandoulière d'arc et de ruisseaux
Ils avancent retrouver les lueurs des ghettos
Sans plus de cris sans plus de pluies
Les plaines ont ravagé leurs troupeaux
Les arbres sont morts depuis les fusils
Les flammes n'ont plus ni coeur ni âme
Au campement où la nuit les éclaire
Il n'y a plus que l'audace du tonnerre
Dans la forêt abandonnée les flots des soleils
N'auront plus de réveils pour les veilles.
Dans mon coeur blessé je meurs de l'étincelle
Mes oiseaux ont la prière des herbes
J'aurais tant aimé courir au creux des ruisseaux
J'aurais tant aimer courir dans les brumes des lunes
J'aurais tant aimé me couvrir de plumes et ressembler
A tous leurs oiseaux
M'envoler dans les jardins de leurs nuages en larmes.
Qu'avons-nous fait d'eux?
Qui veille auprès des feux?
 
Jacques SANDRAS

On s' carapatte
 
Labago vous l'avez pigé
Ce coinsto c'est ç'ui d'un marmot
Qui n' pouvait traîner ses croqu'nots
Que du babut à la carrée
Bref une p'tite zone pour faire les cons
Sans qu' les dabés s' fassent du mourron
Après recta on s' carapatte
Ben de plus en plus au loinqué
Mais polope toujours dans l'quartier
Et pas d'quoi bousiller ses lattes
A dix broquilles d'vant vos mirettes
Un coinsto encore assez chouette
Encore mais y a des longes de ça
Quand tu reluques certains bouquins
Avec des croqu'tons du pat'lin
Tu t'baves: Putain c'était chouaga
C'est con d'avoir tout chanstiqué
Et ça m'titille dégosiller.
 
Gérard Legrand In Paris Paname Pantruche

BELLE HOTESSE    JE t'AI VUE
EN OGRESSE    IL A PLU
SANS LIESSE    TU M'AS PLU
NI TRESSE    TOUTE NUE
BELLES FESSES    ON S'EST VUS
JE TE FESSE    ON A PU
HELAS,           SANS PLUS
BELLE NOIRE    TU AS MUE
TOUTE NOIRE    TOUTE EMUE
DANS LE NOIR    ON S'EST PERPU
DU LOIR    DE VUE
PRES DE LA LOIRE    DANS LES NUES
SANS VOIR      SANS US
VOIRE!      JE t'AI PLUS VUE
TOUTE PERDUE
BELLE CHATTE    DE VUE
SANS PATTES    DANS LA RUE
TU MAS FAIT PAT    
SANS UN PAS    
N'EST-CE PAS
DELPHINE         DJAMALOU
SI FINE             TOUT FOU
JOËLLE            ET MONIQUE          TOUT MOU
ETERNELLE     QUI ME PIQUE        DANS LA BOUE
C''EST NOËL    QUI ME NIQUE       SANS BOUT
SANS ELLE    
NI AILES    BRIGITTE
MA PUCELLE    AU ZENITH
SANS «  L »
MA BELLE
PARTIE AUX ILES MARQUISES
PENSEE EXQUISE
PROMESSES NON TENUES
MALOTRUE
 
MICHEL LABOUREAU

"INTERVALLE"
 
Jeux de mots et de gestes
En chuchotements délicats et précis. -

-Elle  Dis moi un mot
Un mot de rien
Un mot de trop
Ou un petit mot
Mais je vous prie
Dis le mot oui
Dis le mot
Dis le leurs
Dites
Dis
Dis
Di
Di... et puis non ne dites rien Gardez le je vous prie
N'en faites rien
Rien qui vous oblige à dire quoique ce soit
Non ne le dites pas
De trop ne sert à rien
Même le mot, surtout celui-ci
Oh oui mais ne restez pas là sans vous taire.
Je ne vous sens capable de rien
 
- Lui Cela m'attriste beaucoup ces temps ci.
 
- Elle  J'oubliais vôtre regard
N'est pas absent de conversation
Il cherche ici à se disculper

- Elle  Mais pourquoi

- Lui  Pourquoi ? Quoi ?

- Elle qui pourquoi ce regard
pose-t-il la même question ?
Oui pourquoi se charge-t-il  
depuis bien longtemps d'une même réponse ?
Le vide du trop plein
L'effroyable amendement de l'horreur quotidienne.
 
Philippe LLORCA

JE T'ÉCRIS DE QUÉBEC
 
Je t'écris de Québec
Il neige mon crayon
Je t'écris de Québec
Il neige du coton
 
Je t'écris édredon
Il neige mon bien-être
Je t'écris croisillon
Il neige ma fenêtre
 
Sur les toits un oiseau
Magicien le héron
Il neige des chapeaux
Autant que des maisons
 
Capuche capuchon
Tricote-moi des gants
Vont à saute-mouton
Il neige des enfants
 
Il neige la lumière
Et je t'écris la noce
Un photographe hier
M'a changé en carrosse
 
Il a peint le clocher
De chlorure d'argent
Un Christ qui s'est penché
Et ma mémoire en blanc
 
Je t'écris de Québec
Il neige mon crayon
Je t'écris de Québec
Et je hais ton prénom
 
Jean-Yves LENOIR
 in "les Petits Riens"
Collection Flammes Vives

 
TELEPHONES
 
Les doux félins étendus sur leur socle
ne dorment que d'un œil un bond,
un spasme inattendu de sonnerie,
et notre paix peut être disloquée.
L'information tombe, de plomb
devenu fou le train de notre vie
brûle les aiguillages
franchit les gares hébétées
dans le hurlement saignant des signaux...
Au bout du fil déjà
le temps a refermé ses griffes
et se tait
nous laissant suspendus, à l'écoute
du silence glacial
des catastrophes confirmées...
 
Mais le chat gris du téléphone
sait aussi ronronner,
s'étirer, quêter nos caresses.
Dans la pire nuit verglacée
sa bouche douce peut nous chuchoter
qu'un gai soleil se lève ailleurs,
une voix chaude murmurer
que quelqu'un, quelque part,
nous garde sa chaleur...
 
Armand MONJO
in Terrible et Tendre Termitière
La Bartavelle éd.

Des mains
j'ouvre ma chemise
au langage d'avant
au langage d'après
aux eaux du Léthé
'et le verbe se précipite'
 
 
Céline VARENNE
in Tireur de langue
Scoate-limba
éd. Galaxia Bucuresti
 
Cu amândouà mâinile
îmi deschei càmasa
pentru vorba de odinioarà
pentru vorba de dupa noi p
entru apa Lethei
§i verbul dâ nâvalâ »


Péripatéticien planétaire engendre
Racines s'enfonçant dans les couches
Terreuses de la vie pastiche potiche
Errant vers les je ne sais quoi abyssaux
Aux parois d'obscurantismes abbatiaux
Idéal de l'apparence absence
Transparence de l'individu chiffon
Bouffon miel où les abeilles plantons
De la platitude viennent planter
Leurs dards piques actifs des nations névés
Des négations obstructions des tuteurs vainqueur
Du paupérisme castrateur

Thierry THOMAS

La mort était devant moi et s'était déguisée en femme
La mort me souriait et m'entraînait de rade en rade
Et moi je suivais la mort
J'errais de rade en rade
Craquant les raides
Raide de désespoir
J'espérais tuer la mort
Qui rongeait une souris
Qui aurait pu être si belle
Si la mort ne la rongeait pas
Je rongeais la mort
En me rongeant les sangs
Pour déronger la mort
Et puis la vie de la femme est revenue
Altière et riante devant la mort
Bouffant la mort de son rire et de son pas
Pas escaladeur
Cascadeur
Pas football
Les bras se sont déployés
comme des ailes mouettes
marionnettes Pantin réarticulé
Et la femme a ri
Et la mort est morte
D'elle même
Morte
De rire
 
Vincent JARRY 12-1996
 
Côté coeur, côté jardin
 
Il y a les symptômes
Comme une odeur d'amours
C'est comme l'arôme
D'une jolie petite fleur
Faire un p'tit tour
Vers son pistil
Un labyrinthe
Vers l'amour
Je m'y éreinte
Cela puisse-t-il
Dans la douceur
Durer toujours
Dans le jardin
De Géraldine
Je prendrais
bien racine
Son air un peu trop sage
Et son corsage aussi
Côté coeur
Côté jardin
Secret
Côté coeur
Côté jardin
Secret
 
Philippe RAILLON
Spectacle pour clown rêveur

Pour fous poètes...                                     

Poette-pouetteux. étiquetés morveux      
Chapeau enfumé vedette
Pour sou d'fauchée
C'est clown en bleu avec mon sou qui m'trouve comique
Et moè, la Jolie qui veut m'cacher
Parce qu'un p'tit sou c'est bin catastrophique
Voyez dont là, grande malice
Puisque la suite nous le révèle
Chapeau d'poète était complice
Pour nuit prochaine au lit d'ka "Mouff."
au creux d'amours nouvelles
Et moè un peu rêveuse à soèr
Jans 'a noirceur de nos tempêtes
et la blancheur de nos parterres
Jje pense à toi en fond d'mémoêre
Au chaud d'mon lit qui goûte l'hiver
 
Catherine, Montréal, un soèr

Je dis

Place Clichy
l'écho de Phil Glass
au flanc des vitrines dévastées
comme des algues
laisse errer
le regard des prostituées
des être apparaissent
des êtres disparaissent
ne reste
que le supposé parfum
des sillages
l'art c'est certain
rarement prend date
dans la mouvance
des yeux se lèvent
dans les gares
comme des lambeaux
de paroles
qu'égare
le silence
des clochards
au panneau lumineux
de la solitude
nul ne s'affiche
les peaux en friche
se recroquevillent
dans le cendrier
des songes prohibés
je dis
Place Clichy
je tiens cette main
c'est certain
mais je n'en sais
que l'incroyable
détresse
tandis qu'elle
volette
entre mes doigts
comme un oiseau
perdu
je dis
Place Clichy
qui êtes-vous
qui êtes-vous enfin
vous dont la mémoire
s'érige
imperceptiblement
dans le crépuscule pollué
devant les grilles du lycée Jules Ferry

Dominique NOURRY

Je n'ai connu aucun d'mes deux grands pères
Sont tous les deux morts des suit' de la guerre
La grand' cell' que notr' bon Georges préférait
J'avais d'l'ether dans l'vin Y'avait pus d'vrai
Tout aussi saoul pour nous Jouer la même farce
Parce qu'il y avait bien trop d'bras pour les machines
Il fallait désengorger les usines

Mon grand-père est mort aveugle
Et mon grand Père Maurice sans pus d'poumons

Ah l'beau temps on bossait douze heur' par Jour
Du lundi au sam'di et sans détour
On partait d'Bagneux à Paname à pinces
Que ce soit le cagnard ou l'Gel qui vous pince
Et on zonait dans des cav' comm' des rats
Et puis la guerre est v'nue nettoyer
Pasque y avait trop d'viand pour les usines
La vland' d'vlnt chair à canons chair à mines

Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-père' Maurice sans pus d'poumons

Ah là là là! Qu'est-ç'que c'était drôl'ment bath
Savait pus un Jeun' pour s'foutr' dans les pattes
Des vieux marcheurs qui draguaient nos grisettes
Nos p'tits gars étalent partis fair' la fête
Avec ceux d'en faç' qui v'naient d'leurs campagnes
L'abattolr c'était pour ces pauvr's enfants
Tellement si beaux qu'ils en étalent gênants

Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-pèr' Maurice' sans pus d'poumons
 
Le pinard et l'éther ça rendait fou
Ces jeun'gens qu'auraient eu l'regard si doux
ça n'en a fait des veuv' pour les cotons
Les généraux tous ces porteurs d'galons
Galonnant avec les Jeumont-Schneiderg
Et d'visant grav'ment d'la dur'té dla guerre
Z'avaient p't-êtr' prévu qu'la bière et l'médic
Prendraient l'refais pour protéger leur fric
 
Mon grand-père est mort aveugle
Et mon grand-pèr'Maurice sans pus d'poumons
 
Maintenant c'est pus la guerr' mais c'est tout comme
Ya pus rien à foutr' pour tous ces jeun's hommes
On est humain l' vont pus fair' fa guerre
Y'a pus besoin de pinard et d'éther
D'abord ya la bière et l'néocodlon
Pour la piquouze l't'Jaudra du pognon
Tu piqu' le flouze et ça y st c'est la tôle
Et puis pourtant qu'est-ç' que t'étais mariole
 
Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-pèr' Maurice' sans pus d'poumons
 
Regarde-donc errer tous ces zonards
On veut pus d'eux l'boulot les faits tricards
Tricard à vie et puis y a pus d'espoir
C'est comm' des pauv' chiots dans un grand trou noir
C'est pus la tranché mais c'est la mêm' fête
Les vieux marcheurs vlenn' dragucr les grisettes
De ces pauv' p'tits chiards broyés par l'artiche
Qui n'en peuv' pus mais paç'qu'on n'prêt' qu'aux riche:
 
Le petit fils d'Adolphe il zone à Beaubourg
Et celui d'Mauric, il sniffe à Stalingrad
 
VINCENT JARRY

LES FOURCHETTES MUSETTES
 
Vous m'avez invité à dîner
mais j'ai tout amené,
sur une nappe plate
vous avez étalé des verres disparates
des couteaux ciselés
des fourchettes musettes
et des serviettes musettes
et des serviettes sans miette
complétées de pain complet.
D'entrée, j'ai déposé de l'huile d'olive
du mont Olive sur des carottes échaudées,
du jambon en bâillon du saucisson f icelon,
de la saucisse qui pisse
près des tomates écartâtes,
du cresson de Caillisse
et des oeufs brouillisses,
du saumon au court-bouillon
accompagnait les huîtres
mes petites puis des sardines
de bon thon côtoyaient du requin
malin aux dents d'airain.
Pour le plat de résistance
des poissons sans résidence,
des côtes d'agneau au merlineau
du poulet citronné au colineau
et du veau marin du Rhin le tout,
allongé de couscous qui mousse
et de pomme d'api sur lit
de spaghettis polis qui sourient.
Pour le dessert, mon aimante
a sorti de sa resserte
des endives braisées sucrées
du riz à la banane de Guinée,
des tartes aux pommes, ploum, ploum
des entremets entremêlés
des fruits secs sans jus,
des gaufres encrêpées
du caprice blanc d'un Dieu noir,
et des loukoums à la fraise
des chaussons chaussées de chocolat
des mangues océanées à passion
et des gâteaux au miel surfin
Le tout arrosé de vin rosé osé.

Henri MILLE

1 - un point de lumière tire un trait entre deux univers
 
2 - entre l'ombre et la lumière II y a un labyrinthe
 
3 - on ne fait plus l'amour en tâtonnant dans le nol
mais en se cognant contre les murs
 
4 - comme un yo-yo qui tombe
Je me déroule effiloché
la fin du fil d'Ariane
m'empéchant de me vider
de rencontrer le sol, la réalité
 
5 - Il y a une pierre sur le terrain de Jeux
Je ne peux pas Jouer
si Je ne me baisse pour la ramasser
mon ombre portée sur le sol me la cachera
Dieu seul sait alors ce que ma main tâtonnante
rencontrera
 
Paul CADEMONT

IL ETAIT UNE PIERRE
 
Il était une pierre sur un chemin
Qui en avait marre d'être foulée
Etre foulée c'est pas marrant
Même pour une Pierre de 10.000 ans
Un jour un gosse la lancé
Du haut du chemin dans le vallée
Même pour une pierre
C'est pas très gai
De dévaler sur les rochers.
 
Un jour, un m'sieur bien cravaté
A acheté toute la vallée
Il a décidé que dorénavant
Y'aurait plus d'place même pour le vent
Coupé les fleur, dressé l'torrent
Capturé l'heure, limité le temps
Même pour une pierre
C'est  pas marrant
D'être déguisée en bâtiment.
 
Et puits un jour, au lieu d'pleurer
S'est soudain mise à écouter
Les autre pierres, juste è côté
Qu'étaient comme elle, encimentées
Elles ont raconté leurs souvenirs
Et ont perlé de liberté
On a  beau dire, on à beau faire
 Le liberté, ça fait frémir.
 
Un grand fracas dans la vallée
Personne n'as su ç'qui arrivait
Croulé le pont, fendus les murs
Jusqu'au barrage qui n'a pas tenu
Dent le silence, comme un murmure
Comme une danse, c'est la rivière
Qui recommence et la pierre
S'y balance et s'en vient prendre un bain.
 
Philippe RAILLON. Le 4 novembre 1993

POUR APPAREILLER
 
On voyage léger
Marin !
Tu sais voyager
Léger
Tu embarques
Ton sac
Et ton couteau,
Matelot I
Tu mets ton sac
À l'épaule.
Ton couteau
Est au chaud
Dans ta poche.
Tu voyages léger.
En mer
Tes rêves pesants
T'arrondiront le dos Tôt,
Ne proteste pas
Tu ne le sais que trop.
 
Marie ORDINIS in Recours
Editions de l'Echiquier

SUR LA ROUTE VES TEMPS NOUVEAUX
 
Sur la rouie des temps nouveaux
Il existe un vieux monde
Perclus, reclus, perdu dans ses racines carrées.
Ses règles à calculer
ses exitrons. ses éclatrons. ses positrons.
ses neutrons, ses bévatrons.
Et tron-tron-tron
Et tron-tron-traine.
Un vieux monde engoncé dans ses règles de trois,
ses intégrales mal intégrées ses additions,
 ses soustractions, ses multiplications de pains
Et ses divisions blindées
Un vieux monde qui se demande anxieux
Qui. diable, pourrait bien être
ce mystérieux bonhomme
qu'on appelait Albert Einstein.
Et pas très sûr de bien comprendre
Il referme le livre du passé et confortablement
installé sur le matelas de sa stérilité.
il s'endort du sommeil de l'injuste.
Mais l'enchanteur Merlin
Qui. par hasard, passait dans ses rêves
Lui fit faire un songe de baguette magique.
Et voilà le vieux monde, transformé en girouette.
qui tourne et vole aux quatre vents des temps futurs
Et redevient le "Petit Prince"
Alors, les chateaux-forts
Et leurs blasons blasés. Les palais de justice
Et leurs couronnes mortuaires.
Et même la basilique
Saint-Pierre de Rome
S'écroulent dans le néant
Sur la route des temps nouveaux.
Tandis que des nains dansent
Sur des visages d enfants.
Un vieux monde épuisé
A trouvé son tombeau.
 
Guy PERROT

Milord et Caravane dégustent la prairie, nomades.
Ils pleurent des étincelles et croustillent aux fontaines.
Chialants, fervents, ils poursuivent la cueillette coquine, la neige et les cimes.
Ils découvrent de ténébreux pompons, les astres et les nénuphars.
Ils se parent limpides.
Ils font trempette dans la brume, sussurent des sucreries.
Ils peinent dans les pirouettes, les flots et la conquête, jouent à la dinette perchée.
Ils crèvent en caravelle, engloutissent le vent, les livres  et l'océan.
Ils papotent, ivres sous les ondées lactées, zozotent des miracles au piano.
Ils s'empourprent, soupçconnnent les larmes et le velours
Les funambules clignotent, grondent les cloches
Un romanichel à la fontaine, une indienne
aux rebords d'abeille, se délectent.
La marmaille gambade, s'appelle Milord et Caravane.
 
FIN

à Martine
 
Prends place
C'est occupé
Certains instants
intenses glissent
dans des pas fébriles
et sinuent entre
des besoins
des chemins des ravins
et enfantent
des vides
Cherches-tu
les visages
en accord
avec le hasard ?
Les leurres
sabordent-ils
nos rêves ?
 
Eric DUBOIS

LA GRENADE
 
Dans l'ensoleillement rare d'un soir d'octobre
L'enfant jouait
Elle était à ses pieds et trouva la balle ronde
Lourde, très lourde pour une balle brillante
Très brillante
Garnie d'un anneau, crantée
Comme la balle qu'elle emmenait toujours en vacances
Triste la balle était striée et triste
Avec son anneau noir et brillant
Comme les dents de loup dans les histoires
Effrayantes, sur les genoux de son père
Son père ou bien sa mère qui racontaient si bien
Les histoires de loup aux dents trop pointues.
Le petit frère lui dit de jeter cette balle
Laide, laide, si triste et laide.
Elle riait taquine et vive
Face à la balle lourde, lourde.
L'anneau la fascinait, elle y glissait son doigt.
Elle pensa soudain à papa, à maman
Qui, eux, portaient des anneaux dorés aux doigts.
Pourquoi ne quittaient-il jamais ces petits cercles d'or
Jamais !
Jamais !
Elle allait enlever l'anneau triste de la balle triste.
Elle tira sur l'anneau...
Dans l'ensoleillement rare d'un soir d'octobre
L'enfant, immobile, les yeux grands ouverts.
Elle était à ses pieds... la balle lourde et triste
Arrachée de l'anneau
En mille morceaux de mort.
 
10/09/1996 Michel PRAEGER

VANITÉ
 
Le condor brave les éclairs
et flirte avec la sphère solaire
Son regard tue les éclats du silex
anoblit l'air bleuté
L'explosion d'un obus
le précipite dans les touffeurs amazone
 
Jean-Luc SIGAUX
St-Germain-des-Prés éd.

Pour mes 45 ans
On m'a fait un beau cadeau
5 milliards de congénères
Générés en cons
Cons copains
Cons humains
Cons ennemis
Humains quand même
Et tous ces gens-là qui m'aiment
Ou me détestent
Je les aime
Et les déteste
A chacun ses têtes
La mienne prend des fils d'argent
 
Vincent JARRY in 27 innés dits
juillet 87 agenda 1990
poèmes en Gros & 1/2 gros éd.

L'HOMME..

L'homme qui rêve était puissant devant les cuisses profilées de sa belle...
L'homme qui rêve ne voyait plus les rêves que faisaient sa Clarabelle...
Les yeux de sa plus que tout en disaient long sur leurs désirs de se fondre...
La plus belle aimait l'homme qui rêve, elle voulait qu'il reste toujours tendre...

l'homme qui rêve ne regardait pas les rêves de sa plus belle conquête...
La plus belle faisait des rêves... Et l'homme qui rêve disait...Tu m'embêtes!
La plus belle dura un temps, puis l'homme qui rêve alla vers une autre femme..
Les yeux sont des miroirs pareils qui s'admirent dans des fantasmes

Le cul cela fait les amours heureuses, c'est toujours la consummation d'un rêve
Mais que dire de ces regards qui vous arrachent les tripes dans une quête sans trêve...
La Plus belle était encore romantique quoiqu' un peu moins désirable et bandante...
Que la dernière qui faisant battre les chamades de la passion... Pauvre vieille amante!

L'homme qui rêve, rêva encore longtemps, mais se trouvait seul sans ses femmes...
Il se fit musulman pour une histoire de culs multiples et il eut enfin son grand harem...
Mais ses femmes n'avait plus des regards lumineux pour lui... Elles le méprisaient...
Et si pourtant l'homme s'était préoccupé des pensées intimes de celles qu'il admirait...

l'homme qui rêve voulut tout avoir des femmes et il n'eut que de brèves jouissances...
La plus belle celle qui viendrait et qui serait la femme des plus grandes réjouissances...
Et l'homme qui rêve comparait ces détails de chacune, le cul de Justine, les yeux de Denise...
Mais jamais cette femme n'était, ni tout à fait comparable, ni tout à fait précise...

Bruno Quinchez le 13 Février 1997

Plus que de l'ombre, mais pourquoi donc ?
La terre est-elle une langouste
Que plus tard je marierai avec ma cousine ?
Ce fut bien belle fête.
L'orange déguisée, comme une lune.
La reine des abeilles.
Un gâteau qu'il ne faut pas manger,
Qui détruit tout insecte.
Cette fille est une orange amère,
 Des cheveux teints comme du skai,
 Ses yeux descendant à la taille.
Il faut couper les seins avec du petit bois.
Je pousse son sourire dans un carton à linge.
La pluie traverse les nuages.
Dessous la table il fait du vent que je ne peux retenir.
Mais maintenant j'ai faim.

14.12 Thierry DAUCE
in à soif d'eau de vie et d'amour
éditions de l'échiquier

Je suis venu chercher du travail
J'espère qu'il y en aura
je suis venu de mon lointain pays
Pour travailler chez vous
J'ai tout laissé, ma femme, mes amis
Au pays tout là-bas
J'espère les retrouver tous en vie
Le jour de mon retour
Ma pauvre mère était bien désolée
En me voyant partir
Je lui ai dit qu'un jour je reviendrai
Mettre fin à sa misère
J'ai parcouru de longs jours de voyage
Pour venir jusqu'ici
Ne m'a-t-on pas assuré d'un accueil
Qui vaudrait bien cette peine
Regardez-moi, je suis fatigué
D'aller par les chemins
Voici des jours que je n'ai rien mangé
Auriez-vous un peu de pain ?
Mon pantalon est tout déchiré
Mais je n'en ai pas d'autre
Ne criez pas, ce n'est pas un scandale
Je suis seulement pauvre
Je suis venu chercher du travail
j'espère qu'il y en aura
Je suis venu de mon lointain pays
Pour travailler chez vous
 
FRANCIS BEBEY
 
LE VOYAGE DU BERGER
 
Emmergeant son troupeau pour paître en communion
Le berger s'évade dans un songe très lent
Il inhale vivement un nette illusion
Ses pieds baignant dans le sable pulvérulent.
 
La terre est concubine avec le ciel austère
Et le berger ressent la richesse de l'âme
Qui parfois se meurt, mais qui jamais ne se perd
Belle et longue vie à ses souvenirs de femmes
 
Il n'est qu'une goutte de plus dont on se moque
Sa tête, le spectre d'un ange recherché.
Ramène ton troupeau, berger, et retiens que
S'écrasent des jets de vers contre les rochers.
 
Eric PASQUIER

Les coeurs
 
un coeur vert
à l'envers d'un décor
se terre
prospère sincère
avec des vers
deux coeurs serrent
par les corps
la croix et la bannière
une paire s'avère
avec l'étoile polaire
dix coeurs
manièrent par frénésie assis vocifèrent
pour se plaire avec
pour la fuite
des tonnes de verres
les coeurs en arrière
rêvant sans terre
sifflèrent en l'air
pour des vers
de faim sévère
 
Fred TROUVE
in carnet de poèmes


Ronronnement à Delphine

Rester à rêver à toi
Ronronner en ronds de rien
Roucouler en ramier en toit
Reriwter un rire en vaurien

Vincent JARRY au "Petit Centre"

Si une foi révolue
nous appuyant d'un culot
sans pareil
nous allions nous mettre à l'abri
dans un corsage britannique
par élégance et par soupçon
il nous faudrait plus
d'un hameçon
pour rester là_

Denis LAVANT in Dieu n'a ni père ni mère
Il est par oui dire  Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

 
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