Poèmes en gros et demi gros Troisième

Le train fantome  
Des fêtes foraines
le hèle
pas les mots
Tu es le funambule
dans son habit de clown
le grand pierrot blafard
aux larges manches
turlututu chapeau pointu
une chaleur d’amour
se met à me serrer le cœur
et mes fesses se sentent soudain
comme des jeunes filles
vêtues de voiles blancs
dans les champs
de coquelicots
 
Trenul fantomâ
din bâlciuri
strigàte nu cuvinte
Tu esti aiuritul
în haine de clovn
marele pierrot palid
eu mâneci largi
ce mai tura-vura
\i-e çuguiatâ câciula
un val de câldurâ,
iubirea începe sâ-mi strângâ inima
§i fesele mêle pâie dintr-o data
ca fetiscanele
în vâluri albe
pe câmpurile
de maci
 
Céline Varenne
in Tireur de Langue Scoate-limbu
Éditions Galaxia Bucarest 95

HAUT GRANIT
 
Cité du dieu-soleil : Karnak
Défi des papyrus géants
jaillis en touffes du limon
dressés par des milliers de bras secs
sous le fouet des prêtres, répondent aux questions des hommes
en chiffres de soleil
en sourires sans âge.
 Seul demeure vivant
Muets, tête droite, les dieux
cet immense empire de pierre
rose ébloui ou bleu de lune
sans ses habits de cèdre du Liban,
ses bijoux de cuivre d'Asie
Granit que seul use son propre sable
gong de lumière métallique
énorme écrin à la grâce des femmes
lotus vivants.
 
Armand Monjo
in Mère Lumière
Rougerie éd.
CINQ PIERRES LANCEES DANS LA LUMIERE

1-  un point de lumière tire un trait entre deux univers
2-  entre l'ombre et la lumière il y a un labyrinthe
3-  comme un yo-yo qui tombe je me déroule effiloché
4-  la fin du fil d'Ariane m'empêchera de me vider de rencontrer le sol, la réalité
5-  il y a une pierre sur le terrain de jeu je ne peux pas jouer si je me baisse pour la ramasser mon ombre portée sur le sol me la cachera Dieu seul sait alors ce que ma main tâtonnante rencontrera
 
Paul CADEMONT

L'orang-Outang
est si méfiant
qu'il mange ses fèces
Des fois qu'on le suivrait à la trace
ou qu'il viendrait à manquer de pitance
Mieux vaut croire en soi
et toujours il y en aura autant
Dire que maintenant même les oeufs ont des E
Ce n'est pas une raison pour...

Jean-Baptiste TIEMELE 24 JUIN 1997

Il est encore dit
dans le village d'où je viens
que les arbres aussi versent des larmes
lorsque perdure
l'absence des oiseaux
sur leurs branches

Alain MABANCKOU, in « les arbres aussi versent des larmes »

Verset XXXIV

L'ombre qui se mire
se prend à tort pour une lumière
qui réfléchit
Personne ne peut témoigner de son être
 
Alain MABANCKOU  in «Verset »

Laude
 
Une fée
Laude
Il y a peu
Baladait sa danse de marche
 
Et l'eau
Dit
Est ce un rêve
Elle est
 
Légère
Ondoyante
Diurne
Interrogative
Elle es elle
 
Vincent Jarry

La poterie va au four
Rôtir le pâté
Au petit matin de mon lapin
Et moi je m'en vais au moulin
Je croustillerai le pain
Quant à l'homme
C'est lui qui tirera le vin
Puisqu'on ne peut pas être partout à la fois

Marie Ordinis

Les putes raclent quand charme le chat.
La ruine chouine, lune en guenilles.
Ses pluies couine, dans la poussière précieuse, poisseuse
Jamais elle ne baigne, gueule secrète.
 
Lola Sponge Extrait de "Claudicantes"

Le pays était vaste et seulement limité d'un côté par une rangée

de peupliers sauvages alignés tout contre le ciel

comme un arrêt brusque végétal, en rupture des terres plates

qui s'étendaient, ocre et rouille, dans un abandon tranquille, vers l'ouest.

 Et, même ici, dans la tristesse infinie des mers et la mélancolie du vent

à laisser faire l'ordonnance fragile des lumières, s'il lui arrivait encore de mentir,

c'était en tous points comme cela l'eût déjà tant de fois surprise,

à l'instant même de ses morts successives

dont elle se parait tout à coup sans en prévoir d'avance

le moment déterminé ou le geste glacé enfin se déliait

d'une tendresse généreuse pour les regards sournois

du mendiant qui la convoitait chaque soir à heure fixe,

dans l'assoupissement général du dernier salon déserté

où pendaient lascivement de lourdes tentures à ramages

brodés et des antiquités d'argent oubliées sur des velours usés,

et dehors, la plainte des loups, loin derrière l'opaque hiver

à peine radouci avant le grand dégel, quand s'offraient,

fugitives et lentes, les moissons pluvieuses,

rendant l'espoir enfin possible d'une clarté nouvelle,

parce qu'autour des tentes qu'on dressait à la hâte le jour des marchés,

se mélangeaient aussi des hommes de toutes races et leur passage

dans la poussière sulfateuse n'était que poudre étincelante

dans un marais de visages burinés, marécage liquide de tant d'alcools dilués,

où semblaient flotter de longs rubans bariolés - leurs turbans

qu'ils nouaient sur la hanche, très bas, comme s'il avait fallu repousser

le plus loin du ventre le bassin terriblement mobile et l'ouverture délicate,

instantanée des cuisses dorées d'où s'évaporaient,

silencieuses, des effluves colorées qu'ils dégageaient sentimentalement,

naturellement, emportant derrière eux, sur leurs épaules nues,

l'odeur cuivrée des voyageurs insatiables.
 
Annie SOULIER, Paris 1979

MADONE DES CASSETTES

Sous la perruque de filasse
(ou de balai-brosse, interchangeable)
un masque blanc lunaire, mexicain
avec le creux noir des orbites
le phare rouge de la. bouche.
Le profil de rat se dérobe,
(un pantin, ça ne se voit que de face)
Bras en étoile, pieuvre vibratile,
trépidation mécanique des hanches.
Soutien-gorge immobile dans l'orage
deux obus d'acier futuristes.
Cuisses courbées, muscles raidis,
redoutables pinces de crabe.
C'est la Madone aux cent mille cassettes,
l'utérus sur ordinateur
programmé aphrodisio-commercial,
c'est la déesse du deuxième millénaire.

Armand Monjoin Terrible

Et tendre Termitière

La Bartavelle éd.

 

L'AMOUREUX IRRÉSOLU
 
Charmante demoiselle rockeuse de mes sens
Pourquoi es-tu précise? Pourtant tu me captives
Originalité et humour sont, je pense
D'excellents partenaires pour que mon cœur revive
 
Endormi ainsi qu'un funambule tu m'inspires
À chaque fois que je t'admire, tu me lances
Sur mon rocher pensif; mais c'en est trop, respire
Et dis-moi lentement tes plus magiques stances
 
Ta banalité te donne un charme dense.
Approche-toi de moi, j'aime te voir jaillir
De tes nuées glottiques à la belle cadence
Des soirées discothèque. Laisse l'automne vieillir
 
Tu as été faite au paradis adorable
Et moi je ne suis de personne, de toujours
 Apprend-moi à aimer je t'apprendrai des fables
Excentriques, fertiles et complices sur l'amour.

Eric Pasquier

Bancal Asphalte
 
Aurillac
Gare.
Soleil final.
Des gens de mon âge s'entassent.
Des sans baraque.
Moi M'sieurs Dames je suis dans l'art
Oui je croyais faire partie des pirates
 
J'abuse pas d'habitude mais, là, on m'a bue.
Cet été, j'ai récité mes poèmes dans les rues, mes morsures.
Je récapitule.
L'affaire débute sur le bitume, en Avignon.
Comme la plupart des 400 troupes
qui paient un territoire au festival "off,

on ne rentre pas dans nos frais.
Alors, pour être intelligible,

il a fallu casser la brique, se faire ouïr, version gothique.
Bref, la seule troupe sans musique à déclamer ses poèmes
 aux terrasses des bistrots d'Avignon, c'était nous.
Vincent, Philippe, Crémilda, Eric, Yaël, Sylvie et moi, Lola.
 
Mais retour à nos wagons, pata-plombs.
La fin du festival de rue.
A Aurillac, la quête est officielle.
On déambule pendant quatre jours,

avec la canicule, la muse des brutes.
C'est la fin du festival et on repart tous dans le même sac.
Madame S.N.C.F. nous "réserve" un wagon direct pour Paris.
Un wagon sans climatisation...
Les déshérités déshydratés, pas de quartier!
 
J'abuse pas, de mes yeux bulles, j'ai vu.
Je veux mon dû, des arbustes, mon viaduc!
J'ai joué toute nue, on m'a pas crue...

 Lola SPONGE

DESERTS

Mais je te parle de la ruine des déserts
Que mon coeur a voulu combler
Comme si de chaque errance personnelle
Jaillissait un torrent
De laves rouges et chaudes
Comme le sang
Quand il coule
En Espagne
Jusqu'au violet du soir
Trempé des grenats de ta journée
Et qui s'épuise
Dans l'ombre
Comme un homme
En silence
Se recroqueville
Sous ses cartons
Et meurt
Toutes ses nuits
Dans un désert
D'ignorance
Fugitive offense
Pour un monde
Qui court
Tous les jours
Repousser
Les limites de sa misère Envahissante
Et tenace comme un cancer
Guettant la défaillance
Ce faux-pas de la fatigue
Qui le ferait tomber
Dans l'arène
Et courber l'échiné
Docile comme un taureau touché
Défie
L'homme
Qui va l'achever
Dans un désert de stupéfaction
 Et de même que l'ombre est une réponse à la lumière
Tandis que l'homme s'avance et parachève l'œuvre incertaine
La terre diffuse son carmin d'éternité Dans un désert de pourparlers

 Annie SOULIER

ENFANTS DU VILLAGE
 
Qui sont ces enfants bardés de haillons ?
Le roi Salomon les recouvrira-t-il un jour de ses
franges dorées?
Sont-ils simplement réfractaires

à l'or au riz et au building
Les voilà toujours nus le ventre rebondi
Le regard allouvi et l'on dit :
Mon pays et riche de moissons riche de maisons
riche de fraternité


Et les Riches ricanent à fendre la gueule
Ils se dandinent
Le ventre replet le cou adipeux le front fleuri
Ils amassent des gerbes de sommeil

et leurs yeux étincellent de clarté
Leurs rejetons s'abreuvent de lumière
Ils seront "civilisés"
Jamais la ride de la pauvreté ne pliera leurs paupières

Enfants du village vêtus de misère
Vos dents déjà minés par des fourmis de soucis
Seront comptées et les portes du Savoir vous seront fermées
Enfants du village vêtus de misère

Réveillez-vous! La caravane de la Havane passe
 
Barthélémy KOTCHI in L'Olifant Noir

et pour en finir avec l'instant qui me précède
j'émiette ma personnalité au bord du fleuve
où le moment présent
n'est pas assez instantané
pas assez puissant
pour être vrai
réel
palpable
à moins que ce ne soit moi ombre irréelle au bord du fleuve
rose perdant ses pétales...
sans consistance aucune
juste le fleuve qui coule, imperturbable.
 
Alexandra Duflot.

Je souffre d'aviser
si mal, les gens
que j'aime bien
sur ce pavé brutal
où tu n'as rien
pour rien. Où tes
poignées de pudeur
et puis tes sacs
d'amour se cognent
à la peur de tes
bouffées de jour.

Dodie Gréau

Quand la tristesse implose
je bondis à nouveau parmi les excès de la journée jeune
et je me coule dans les golfes du ciel
Tu as le visage de l'été dont la pierraille a disparu
Si la grêle crépite c'est pour se transformer en lacs
où frémissent tes rires
Les rochers saillissent
la violence des parcs célestes déchaîne ton extase

Jean-Luc SIGAUX
in "Les Berges d'Orage" Ed. Saint-Germain-des-Prés

Clochards, mes frères...
 
Clochards,
mes frères, Fêtards
Sévères

Buvons
Des "crèmes", Garçons ! Les mêmes
Boissons Qu'un père Sans fonds,
Ni terre, Ni bien, Ni rien,
Qu'un cœur, sans peur!
 
Ecrit par Jean Coryn, le 8 Floréal CCV
(27 avril 1997) à Paris.

J'ai un petit la
Je suis un homme consciencieux
Débordant de bonnes manières
Je ne suis pourtant pas sérieux
La preuve, j'ai un p'tit la!
Si je vous croise un peu trop chargés
Homme ou femme je vous ouvre la porte
N'hésitant pas à me surcharger
Tant pis pour moi, j'ai un p'tit la!
Je ne me prends pas musicien
Selon les autres, je reste trop modeste
Mais pour moi, tout cela ne vaut rien
(parlé) Surtout cette chanson-là
C'est normal, j'ai un p'tit la!
Dans la vie, je n'rends que des services
N'attendant en retour qu'un sourire
Je me le dis le temps d'un soupir
Je suis fou! J'ai un p'tit la!
Si vous m'voyez au détour d'un chemin
N'hésitez pas à m'demander ma main
Pour vous servir, je frai n'importe quoi
Je vous donnerai même un p'tit la!
 
Aurélia Robert

Inexorable, le temps fuit,
Follement courant nous emporte,
Emporte avec lui notre vie,
Feuilles mortes à notre porte...
 
Feuilles mortes à notre porte,
Doux tapis de nos souvenirs
Que le vent du futur emporte.
L'amour ne devrait pas mourir
 
L'amour ne devrait pas partir
Mais toujours nous envelopper
De sa douceur, de ses plaisirs
Et de tendresse nous bercer...
 
Inexorable, le temps fuit,
Follement courant nous emporte,
Emporte avec lui notre vie,
Feuilles mortes à notre porte...
 
Jocelyne Lefort

Ridicules

Chercheur de pacotille, dans mon trou sous les  ponts,
j'ai creusé des galeries. Ces précieuses pierres,
de temps en temps, j'en offre aux délicieuses
aux muses rencontrées au hasard lutinant de ma courte existence.
Je vis au gré de l'encre sur leurs fesses blanchies.
Mon diamant est coupant, l'émeraude brû¬lante et le jade de braise.
Les lunes se trémoussent et mes yeux sont au ciel
quand le bijou qui pousse offre son étincelle
à la lèvre baisée par mon rubis d'argent.

Le rouge de mon sang se mélange à sa plaie, purulent trou amer.
Que n'ai-je offert joyau depuis leurs abandons,
sacrifié toute gemme aux passantes perdues !
L'aiguille de la mer se tasse en vase dose entre les pacotilles.

Mon envie qu'elle soit grasse, elle en devien¬drait si vile...
La lumière du saphir, comme un prince trou¬blant,
souffle dans une autre langue pour mon dernier soupir
sa volonté de pierre. Le couteau dans la fente enfantait
les couperets - milliards d'années pour un cristal fragile.

Le quartz est symétrie, tes lunes pyramides,
l'or enfin jouvence, l'argent de ton élan,
les lenteurs latentes et les rubis aux ongles.
L'or toujours... Toujours l'or ! Malléable à tes souhaits,
l'oraison funéraire est dédiée à ta folle caverne,
aux pierres carbonisées, aux sels devenus Christ,
mes ongles gorgés de sang à force de creuser
au profond innommable de tes gouffres si sombres.

T. bice Queer in « Les Chancre "M"as-tu vu »

Frelon
 
A jeun, un jeune
Freluquet quête,
Manque de fric,
Chante des fredaine
Pour quelque francs
 
Envieux, un vieux
Frelon velu,
En quête d'un fruit,
Danse frénétique
Cherche une fraise.
 
Jeune homme frêle
Qui perd son froc
Chute épique.
Guêpe friande
Frétillante,
Danse et pique.
 
Frange de vie
Chantre fragile
Petite frousse
Danseur frivole
Chanteur fredonne
Frelon bourdonne
 
Stéphane Hardy

NOX

Quand la Nuit  
A l'assaut du ciel
S'unît au Jour puis le dévore
L'imagination
 Etend sa trame infinie
Sur la ville

(le 19 août 1994) Jacques Lucchesi
 
PAYSAGE MARIN

Verte plage de gazon
Dans l'air vif ( Sel et soleil)
Les cerfs-volants vrombissants
Affolent les chiens.

Jacques Lucchesi

LE COQUELICOT

Onde mystérieuse,
Blonde et fière,
La lumière.
Douce fleur,
Rouge pétale,
Réveille mon âme.
Bouge flamme,
Attise mon coeur.
Douce chaleur
Instant de bonheur
Rouge baiser
Rayon d'or
Tu m'as touché
Je m'endors.

Jacques Lucchesi

Pas de nouvelles de toi
Bizarre, je ne comprends pas
Pas fier dans la pénombre
Hagard, je ne bouge pas

Pas brillant, noir, sombre
Cauchemar, je ne rêve pas
Pas de pluie dessus le toit
Un brouillard, je ne pleure pas

Pas le moral, un trop plein
En pétard, je ne bronche pas
Pas la moindre lueur
D'espoir, je n'en vois pas

Pas même celle du coeur
Ringard, je rigole pas
Pas grand chose, petit rien
Cafard, je ne t'aime pas.

Stéphane Hardy

Levant

Ciel bas et orageux
D'automne
Au moment même où j'éjacule
Dans ma chambre
Le soleil filtre par les Persiennes
Ce serait le bonheur si...

Jacques Lucchesi

Sur les touches du piano
courent les doigts véloces
fenêtre ouverte
tabouret sans barreaux
barre sur la poitrine
comme ils étaient beaux
les doigts
touchés par la grâce
de l'accord stipendié à
l'écoute est une rose
heur suspendu
 
Pe clapele pianului
aleargà degete sprintene
fereastrà deschisâ
scaun fârà stinghii
o barâ pe piept
cât erau de frumoase
degetele
dàruite eu harul
înçelegerii plârite
un trandafir
ascultà
timp suspendat

Céline Varenne
in Tireur de Langue Scoate-limbu
Editions Galaxia Bucarest 95

Les femmes sont la sagesse
des rivières et des mers
Les Hommes sont le jardin

Qui les nourrit
Leur amour est la flamme
Qui éclaire les ténèbres
 
Jean * Saramaïa in "Parcours d'Amour"

A chaque fois dans cet endroit
je me retrouve doublé
d'une perversion littéraire
il y a une magie quelconque

ici surtout à cette époque
de printemps prétendument
comme les temps se succèdent
sans se ressembler
et renferment une logique implacable
 
tes jumelles de théâtre sont nées
après le tourment de mon âme
de vous quitter trop tôt
ou de ne savoir plus

ce qui dans l'immédiat prévaut
tout en sachant ce que de la futilité
l'on sait d'un nuage qui passe
et se déforme éventé à mesure

qu'il s'épure définissant aussi
des possibles à l'infini
 
Denis Lavant in Dieu n'a ni Père ni Mère
Il est par oui dire Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

Mon amour, qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?
Le temps ici est las comme un temps gris.
Tout s'écoule. Le temps ne compte pas.
Mon amour, qu'est-ce que tu dis aujourd'hui ?
Regarde l'eau.

Peut-être est-ce là-bas chez toi, comme ici ?
Mon amour, que penses-tu aujourd'hui ?
Que fais-tu dans le moment ?
Comment l'occupes-tu ?
Tout au long, l'eau s'écoule.
Le temps s'est arrêté

Je pense tout à toi.
Mon amour, le ciel est las comme un temps gris,
Ici, mais toi là-bas.
Toi mon amour, dis-moi ce que tu fais.

Ponts de la Seine Samedi 3 octobre 1992, 15h.
A Karin Thierry DAUCE in "à soif d'eau de vie et d'amour
Editions de l'Echiquier

j'ai toujours aimé
les mains de dune qui collent
aux fausses chaumières
de l'horizon
cette panoplie
de regards
éteints

comme une gigue dense
les revolvers revendiquent
c'est cynique leur patrimoine
le siècle vingtième fut très bref
mais plein de péripéties

mais plein de péripéties
 
Dominique NOURRY in "Fatraseries d'Avril"
Poèmes en Gros éd.

CHIEKO
 
Héron pêcheur de sable
Jardin de soie
Un roseau bleu s'échappe du marais
Sur les érables les grands portefaix

Orfraies casquées figures de notables
Prêtes au jeu de go
Jardin de soie
Huppes vanneaux
plumes en girandole

Où la lumière ondoie.
Un amour vole
Pour toi ma sœur d'Orient Chieko ?
 
Jean-Yves LENOIR in "les Petits Riens"
Collection Flammes Vives

LA MOUCHE
 
Dans le silence, médiateur du soir,
Une mouche, ultime et tournoyante
Brisera ma solitude.
J'attendrai...
Chassant l'importune
Sur le seuil, ta confuse silhouette apparaîtra
Dans un halo de brume.
 
Ton parfum se mêlera aux effluves du jardin
Où les corolles se refermeront sur ton corps nu,
T'absorbant dans la nuit
Alors, de nouveau solitaire,
Je hélerai la mouche,
En vain
 
Michel PRAEGER

Un vol d'hirondelles déchire le songe —
cette grande clarté exsangue
qui s'installe comme un présage
dans les villages que seul le vent visite
 
Anne ROTSCHILD in "l'Eau du Marbre" Le Cormier éd.
 
Nous nous rencontrerons as-tu dit
pas dans le pays
le poids frêle d'un appel
sur les paupières
se fait toujours plus pressant
plus l'éclair est de lumière
plus il attise les ombres

Décor

 
De la pâte à modeler
en matière de couleur grise
pour des mains à fricotter
un vent de forte brise
avec du solide à décor
en plante du dehors
dans les yeux à profusion
une pluie d'impression
comme du plastique en palissade
une peau palissonnée
ou du bois à brûler
une piste qui fait baver
devant des bouches à se douter
une eau pas claire
en plus des graines à germer
en souches de chairs
donnant des feuilles à gratter
un retour au ciel
avec des syllabes à conjuguer
un jeu du passé
pour des rêves à se procurer
un fantôme calciné

Fred TROUVE in Carnet de poèmes

La créativité peut difficilement se satisfaire des hiérarchies qui la rejettent
et inversement les hiérarchies favorisent le conformisme et non la création.
 
Henri LABORIT  in « La Nouvelle Grille »

 
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