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Un vieux texte de 2000 Les fantasmes, les souvenirs et les odeurs (version avril 2000)

Les fantasmes, les souvenirs et les odeurs (version  avril 2000)

La bonne odeur du pain
Qu’a pétri la main du boulanger,
L’odeur du café que l’on a versé
Dans la tasse aux petits matins,
Le goût sucré de la mie de pain
 Que l’on a longuement mastiquée,
Le goût de noisette et le goût du beurre frais,
La blancheur du yaourt
Dans la cuillère que l’on avale
Et l’odeur âcre de l’ozone
Dans les petits matins de l’hiver,


Le souvenir encore tiède du lit défait,
L’odeur de cette femme que j’aime
Et l’odeur de l’homme.
Une odeur de cul,
L’odeur du sexe et du phallus
Après cette intense jouissance.
Le goût de sa salive dans ma bouche
Et ses seins que j’ai pétris,
Ballochés et chamaillés,
Et mon sexe durcit par l’envie
De recommencer encore et encore.
L’odeur encore chaude du plaisir partagé
Et les draps froissés
Par le mouvement chaotique de la passion.

Le souvenir ensoleillé d’un bel et bon été,
L’odeur de l’herbe dans la campagne brûlante,
L’odeur du foin fraîchement coupé
Et la senteur des fleurs.
L’odeur des foins séchés dans la grange
Où nous nous cachions !
L’odeur des arbres par cette lumineuse journée,
Cette odeur insistante du magnolia
Dans le jardin des souvenirs.
L’odeur de la terre humide
Par les soirs d’orages,
L’odeur des roses au  temps
Du début de l’automne,

L’odeur de l’automne,
Cette odeur de feuilles mortes qui se décomposent.
L’odeur de la mort, cette odeur de novembre,
L’odeur du premier et du onze novembre.
Une odeur de charogne, une odeur d’encens brûlé.
L’odeur de la tranchée,
L’odeur de la messe de souvenir des morts.
L’odeur des poilus, tous ceux qui puent ensembles et pour toujours,
Ce mélange d’odeurs de pieds, de sueurs et de terreur froide
Avec l’odeur de merde dans la boue de la tranchée.
Cette odeur de tous ceux qui chient dans leurs culottes.
 L’odeur des gaz, de la poudre et des morts qui pourrissent.
Cette odeur, celle de la chair martyre, de la chair à canons,
L’odeur affreuse de la souffrance,

 

L’odeur des femmes dans la maison close,
Cette odeur de moisissures
Qui est l’odeur de toutes ces femmes qui se fanent.
L’odeur des mères maquerelles
Cette odeur d’un parfum de quatre sous
Et l’odeur des huîtres
Celles que consomment les clients.
L’odeur de la môme crevette
Cette odeur de la servitude
Ou aussi cette odeur de la lassitude,
L’odeur des solitudes.
Ce ne sont qu’odeurs de pisse
Et des parfums éventés,
L’odeur des putains qui s’étiolent,

L’odeur des enfants,
Une odeur sucrée de barbe à papa
Et le goût des caramels mous
Qui collent aux dents.
L’odeur des pétards
Qui explosent dans la bouse de vache.
L’odeur des feux de Bengale,
L’odeur du bal du quatorze juillet
Et l’odeur des premières cigarettes,
Celles qui font tousser
Une odeur de tabac brûlé
Qui nous fait oublier toutes les bonnes odeurs.


L’odeur merveilleuse du premier désir.
Ce goût et cette odeur du premier baiser
Que nous osons donner.
L’odeur évanescente
Des premiers matins de notre enfance,
L’odeur de la confiture
Qui cuit dans les marmites.
Toutes ces odeurs qui fondent notre enfance,

L’odeur de l’ouvrier ? Je ne sais pas
Et je ne saurais peut être jamais ?
Et peut-être même j’ignorerais
L’odeur du con d’Irène Maïaskowskaïa
Cette russe, membre de la Guépéou.
Le con Irène est une odeur de soumission au parti
Qui a l’odeur de la sueur du prolétaire
Et l’odeur du parti désincarné, c’est une odeur
Qui reste hors de nos vies.
Je me demande quelle était
L’odeur de Staline ?

Je n’ai jamais su
Si le nazisme était ce fantasme
D’absence d’odeur pour Adolf Hitler ?
Le führer n’a-t-il jamais senti
Cette odeur du sang et de la sueur
Et n’a-t-il rêvé du surhomme
Que dans un monde inodore,
Sans sueurs ni attractions sexuelles ?
Pour moi le nazisme était
Ce fantasme d’absence des odeurs.
Un fantasme et la saveur
De l’idée de l’idéal…
Il y a aussi l’odeur de l’indicible du wagon
Où les humains sont entassés.
Cette odeur évanescente
De la nuit et du brouillard.
L’odeur des camps
Et l’odeur incantatoire
De ce nègre qui a peur.
L’odeur jalouse de ces juifs
Que les nazis haïssent,
Ces odeurs si particulières
Que respirent les nez aryens.
En Europe occupée
Cette odeur de la collaboration
Celle des bons pères de familles.
L’odeur de ces fantasmes,
Cette odeur de l’horreur
Et cette odeur des honneurs,


L’odeur des pieds qui est odeurs des poètes.
Celles-ci qui sont ses odeurs d’humains trop humains
Et celles-là qui sont aussi
Celles de tous les hommes libres et vivants.
L’odeur de ces humains tellement humains
Et l’odeur florissante des printemps.
Les effluves des fleurs
Qui nous étourdissent et nous émoustillent.
L’odeur de la joie et de la liberté de s’aimer
Et l’odeur de la permanence de la femme.
L’odeur des enfants à naître.
Tout ce qui fait l’honneur,
La joie et le charme de nos vies.
Oui ! La vie possède une odeur et vivre
Ce n’est pas un fantasme

Quelle est l’odeur de la télévision ?
Rien ! Néant ! Ce qui est pire que la mort !
La télé n’a pas d’odeurs
Donc la télé n’existe pas !
L’odeur des souterrains,
Le métro dans la capitale,
Un parfum de synthèse pour masquer
L’odeur des humains, les S.D.F.
Cette odeur de pieds
Et de crasse, d’hommes bien humains…
L’odeur de la mort
Et l’odeur des gens biens vivants.

Le goût du terroir
c’est le sang de la terre
Ou parfois l’odeur terrible
de la souffrance,
Cette odeur du sang impur
Que verse le citoyen de France
L’odeur triste de la guerre
Et l’odeur de la pureté.
L’odeur de la pureté ethnique,
C’est une odeur de poudre et de napalm
Ou encore le goût de cet alcool fort,
Le goût de gin, le goût de vodka.
Le goût de l’eau douce,
Le goût des pommes de terre sans le feu
Et l’odeur de l’essence absente, un goût du vide.
L’odeur du gazole
et le bruit des blindés,
L’odeur de la sueur.
L’honneur de soi-même,
La peur de l’autre
et l’odeur des souvenirs…
L’odeur des fleurs,
l’odeur de la femme bosniaque
Et l’odeur de cet enfant qui sera serbe.
L’odeur de l’hiver, l
’odeur de l’ozone,
L’odeur du vide
et toujours, l’odeur de la vie.

L’odeur de la femme humée
Cette odeur que possèdent
les petites filles
Tutsis, afghanes ou algériennes.
L’odeur et la peur de l’homme
Que l’on égorge aux noms de dieu.
L’odeur et le goût du sang,
Ces odeurs de la vie…
Non ! Je le dis et je le crois
Nos vies ne sont pas des fantasmes !
Non ! La vie n’est pas un opéra !
La vie n’est pas un concept
Ou une belle et vaine abstraction lyrique.

L’odeur de ses saints
Qui sont morts dans l’amour de Dieu
Et l’odeur des seins
Tétés dans nos tendres enfances.
L’odeur de toutes ses bonnes choses
Que nous ne pouvons oublier.
L’odeur du pain partagé
Que nous rompons en commun
Et le goût des vins forts.
L’ivresse des alcools
Cet alcool pur et si dur qui vous désintègre.
Les odeurs aimées et l’odeur inodore,


Le nez de la belle Cléopâtre
Et les senteurs fortes de l’orient.
L’odeur puissante de Jules César
Et la puissance de la femme.
Cette odeur des fantasmes
Et l’odeur jamais oubliée des souvenirs.
L’ardeur de la vie et l’ardeur du passé.

Bruno Quinchez Paris  texte remanié le 6 avril 2000

Les fantasmesles-fantasmes.mp3 (1.57 Mo)

 

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