Zeugma Sisyphe ou le mouvement perpétuel,

 

 

Zeugma Sisyphe ou le mouvement perpétuel,

Nous n’irons plus aux doux seins,
Les biberons sont pleins,
Et les sucettes sont prêtes,

Nous allons dormir en nos  berceaux,
Nos mères sont heureuses.
Et nos pères sont contents.

Nous n’irons plus aux beaux jardins,
Les noisettes sont mûres,
Et les fraises sont rouges,

Nous allons deviser en nos austères études,
Nos maîtres sont confiants.
Et nos rêves sont présents.

Nous n’irons plus aux vieux collèges,
Les fillettes sont jolies,
Et les fleurs sont épanouies,

Nous allons effeuiller en nos bouquets,
Nos soeurettes sont polies,
Et nos cœurs sont battants,

Nous n’irons plus aux belles études.
Les lauriers sont coupés,
Et les papiers sont donnés,

Nous allons en nos  services,
Les armes sont servies,
Et nos espoirs sont grands,

Nous n’irons plus aux tristes casernes,
Les chômeurs sont indemnisés,
Et nos sous sont comptés.

Nous allons en nos ménages.
Les graines sont semées,
Et les travaux sont désirés,

Nous n’irons plus à la triste agence.
Nos emplois sont trouvés,
Et notre valeur est prouvée,

Nous allons en nos projets,
Les ouvriers sont exploités,
Et nos idéaux sont datées,

Nous n’irons plus aux durs labeurs,
Nos temps sont passés.
Et notre ardeur est cassée,

Nous allons en notre retraite
Notre domaine est grand,
Et nos enfants sont notre jusant,

Nous n’irons plus aux  nouveaux berceaux,
Nos vies sont longues,
Et notre génération est exsangue,

Nous allons dormir en nos tombeaux,
Les saints sont présents,
Et nos pères sont absents,

Moralité.

Nous n’irons plus dans nos brèves classes,
Nos cahiers sont fermés,
Et nos lauriers sont fanés,

Nous allons partir en vacances,
Les fleurs sont si jolies.
Et nos lauriers, ils ont fleuris.

Bruno Quinchez (Morsang sur/Orge le 30 juin 1995 et Paris le 2 septembre 2019)

 
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