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Des Artistes...

Rencontre... Là-bas au loin

Rencontre... Là-bas au loin

Deux droites parallèles
Qui se rejoignent à l'infini
Quelques aiguillages
Pour faire le chemin
 
Tous aller au même endroit
Avec des chemins différents
Se regarder agir tout seul
Parfois partager un verre
 
Dans un bistrot de gare
Ne pas voir ces autres
Qui vont aussi tout là-bas
Dire quelques mots
 
Des trains qui partent
Et qui arrivent aussi
Entre le ici et le là-bas
Ici c'est bien plus près
 
Dites! Monsieur le poète...
Non! Là ! Je ne sais pas vraiment
Si je vous verrais physiquement un jour
Mais je lis vos textes, ici sur internet

Paris le 6 août 2017

Le bateau Ivre... Arthur Rimbaud

 

Bateau dans la tempete

Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud 1854-1891

Sur la Norme

Sur la Norme

La Norme qu’est-ce que c’est y donc ?
C’est l’ensemble des gens ordinaires
Du moins tous ceux, sans vrai problème
Le non-normal, c’est une idée de différence

 

Parfois c’est une Norme qui est sociale
Parfois c’est un héritage qui est ancien
Entre l’Histoire et les principes religieux
De nos jours le sociétal crée de la Norme

 

La Norme ? Vous savez! Elle est é-norme
Entre l'anormal bizarre et le normé
Il y a des enfant qui se foutent vraiment
De savoir tout ce qui est normal

 

Et  aussi d'affreux poètes maudits
Qui refont le monde, à leur manière
Les gens normaux, ils n'aiment pas
être dérangés dans leur confort

 

La Norme est un concept d’industriels
Pour fabriquer un assemblage d’objets
C’est devenu aussi un usage social
Les anormaux sont des gens dangereux

 

Ou du moins, ils sont des gens compliqués
Et ils sont difficiles à intégrer dans une équipe
Les idées qu’ils ont, elles dérangent les patrons
Qui préfèrent tous les gens dits normaux

 

De nos jours certains patrons, ils rendent dingue
Certains de leurs employés pour les vider
Il est normal de voir ce monde nous classer
Mais il est anormal de détruire pour le profit
 
Dans les anormaux, il y a des différences
Entre les handicapés physiques ou les fous
Ce qui ne va pas, c’est qu’ils doivent s’adapter
Alors que c’est ce monde qui devrait s’adapter
 
Ce sont des gens, qui sont plus fragiles que d’autres
Et qui souffrent des regards, des gens dits normaux
On crée le concept d'handicap,  avec la notion d’incapacité
Les handicapés, ils souffrent de se voir inférioriser
 
La Norme c'est seulement  la moyenne
De ce que nous devons être en société
Ni trop beau ni trop laid, juste médiocre
Ni trop ceci, ni trop cela, être normal
 
J'ignore parfois les question posées...
était-il normal, ou bien était-il bizarre ?
Ce gars  étrange qui me parlait du monde
Je ne sais pas, cela je ne l'ai jamais su
 
Un être qui est normal, c'est parait-il
C'est une personne de taille moyenne
Ni blanc, ni jaune, ni noir, mais gris
Sans autres opinions que celles admises
 
Avec jamais de délires, donc très ordinaire
Et qui s'insère dans un monde normal
Ce monde qui fonctionnerait très bien
Sans tous ces gens qui sortent de la Norme
 
Mais que ce monde là il serait triste
Sans tous les fous créateurs et marginaux
Je me souviens de Van Gogh et de Nerval
Qui sont morts de n'avoir pu supporter la Norme
 

Paris le 18 mai 2017

 

Le printemps est là

Poème pour le poète Bibi qui s'ennuie

Le Printemps est là

Dehors c'est le printemps
Et toi, tu ronchonnes chez toi
Entre un écran et un clavier
Où tu tapotes et tu t'ennuies

Là ! Je te vois dans ta maison
Qui médite solitaire à l'intérieur
Un gars rangé qui se sens bien seul
Alors sors-donc ! Car c'est le printemps

Bibi ! Sais-tu l'effet des fleurs ?
C'est comparable, cela je te le dis
à une jolie fille qui te souris
Là! Tu manques de la lumière

Il te faut bien d'autres choses
Qu'une bouteille et un verre
Comme d'aller se promener
Et qui sait toutes les surprises

Printemps, ici, là et maintenant
J'aime l'idée de voir des filles
Qui me souriront à moi Bruno
Parce qu'elles sont sans problème

Vas donc voir, si elle sera là
Là bas! Ou bien est-elle ailleurs...
Cette fille incroyable et sans complexe
Dont tu rêves, dans ton intérieur

Paris 23 avril 2017, jour d'élections en France

Marie

Marie...

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie ?

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je


Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)
Nota Bene la maclotte est une contre-danse du passé

François (V)illon un vieux poète

le premier Poète qui laisse des traces dans notre histoire,
c'est François (V)illon qui possède un nom presque identique à une lettre près,
un gars dont on sait qu'il est mort dans la mouïse

Ballade des contre-vérités

Il n'est soin que quand on a faim
Ne service que d'ennemi,
Ne mâcher qu'un botel de fain,
Ne fort guet que d'homme endormi,
Ne clémence que félonie,
N'assurance que de peureux,
Ne foi que d'homme qui renie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.

Il n'est engendrement qu'en boin
Ne bon bruit que d'homme banni,
Ne ris qu'après un coup de poing,
Ne lotz que dettes mettre en ni,
Ne vraie amour qu'en flatterie,
N'encontre que de malheureux,
Ne vrai rapport que menterie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.

Ne tel repos que vivre en soin,
N'honneur porter que dire : " Fi ! ",
Ne soi vanter que de faux coin,
Ne santé que d'homme bouffi,
Ne haut vouloir que couardie,
Ne conseil que de furieux,
Ne douceur qu'en femme étourdie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.

Voulez-vous que verté vous dire ?
Il n'est jouer qu'en maladie,
Lettre vraie qu'en tragédie,
Lâche homme que chevalereux,
Orrible son que mélodie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.

François Villon 1431-????

 

Les reflets de la pensée d'après un tableau de Vincent Ducourant

Vincent ducourant les reflets de la pensee 1

 

 

Les reflets de la pensée

Derrière le carreau de la vitre, de mon petit chez-moi
Je vois mille chose, toutes celles qui passent et qui viennent
Oui je vois, un enfant qui joue à la marelle ou bien il court
Ainsi je vois tout ce jour qui passe avec tous ses reflets

Un rêveur qui regarde, et qui conte des histoires sans fin
Celui là il invente et il dessine sur des carreaux embués
Serait-il un dieu, ou  un sage ou n'est-il que ce rêveur ?
Je sais bien maintenant tout ce qui n'est pas encore écrit

L'araignée du temps, elle tisse sa grande toile sans s'arrêter
Tandis que des moucherons, de rien du tout, ils s'écrasent dessus
Ces moucherons? Vous savez c'est nous tous ces rêveurs qui écrivent
Il parait que les poètes, un jour ils trépassent et tous ceux-là s'oublient

Mais pour un peintre qui saisit et qui peint et qui agence tous ces presque riens
Vincent Ducourant, constructeur  de rêves, celui là m'a inspiré ce petit poème
L'art d'écrire, ce n'est Jamais que la description d'un regard,  comme le votre
Le voyant c'est  bien Van Gogh, et tout le reste ce n'est que de la littérature  

Paris le premier mars 2017

La grande Marée... Bernard Lavillier

La Grande Marée par Benard Lavillier

Nous sommes à Marée Très Basse

Poèmes en gros et demi gros cinquième partie

Poèmes en gros et demi gros

scannage de la revue rue des poètes

N° 19 décembre 1997, c’est la cinquième partie

 

« L'homme est destiné à retourner en poussière, c'est dire l'importance du plumeau. » Alexandre Via latte.

 

La Poésie ? On sent bien quand ce n'en est pas. À l'inverse, allez essayer de comprendre et d'expliquer pourquoi, oui, là, définitivement, c'en est bel et bien. Et la manière, le genre, le ton. Le style, le lieu importent peu. Rien ni personne ne vous dira ce qu'est un poème; à peine le poème peut-il lui-même parfois sauf découvrir son mystère ni sa nature irréductible. Le poème ? Cette sorte de perte de sens qui soudain fait sens pourtant, pour tous ! Qui vous entraîne avec une irrépressible violence même s'il se peut qu'elle demeure douce, dans ce que la liberté a d'inaltérable et de nécessaire. Trois mots donnés, trois mots reçus, trois caresses, trois gifles, et vous voila subversif, et surgissant de vous, comme une source inconnue d’une montagne invisible !Écrire, parler, communiquer supposent un terrain commun, une entente où s’accorder sur les significations, mais du coup on ne communique rien : On informe. L’échange, le bouleversement de ce qui est dit et vous parle commence avec l'émotion quelle que soit sa nature, froide, incompréhensible, douce ou brûlante. A des candidats dictateurs plus ou moins repentis, après la chute du mur de Berlin, qui lui demandaient d'où venait la formidable puissance de ses poèmes, un poète, fraîchement sorti de prison, répondit « d'ignorer la haine »; sans oublier d'ajouter « mais pour vous, il est trop tard ». Un autre poète, à qui la censure demandait ce que ses poèmes voulaient dire, répondit simplement «je n'en sais rien moi-même » Et c'est bien là ce qui fut considéré comme extrêmement dangereux. La peur prenant toujours les devants, il fut interdit, puis persécuté. Le poème détruit le tissu commun du langage et de sa rhétorique, amenant à la surface l'incontrôlé et l'incontrôlable d'où le lourd tribut qu'ont payé les créateurs en suicides, vies fichues, exclusions, tenus à l'écart pour l'écart même de langage qu'ils représentent et pour les mots dont le poème préserve la part sauvage. On oublie que pendant ces temps abrutis par le bruit des tiroirs-caisses, la poésie pourrait bien sauver l'honneur de ce siècle comme elle l'a fait durant les guerres, les génocides, les massacres, les famines et la destruction de populations entières ( par le jeu des bourses et des multinationales) qui n'ont pu montrer, que montrer ou notre impuissance ou notre indifférence. Il n'est pas besoin de croire en Dieu pour prier mais pour faire un poème, il faut au moins le laisser faire et donc savoir l'attendre.

 

Werner LAMBERSY

 

De l’ouverture de la coquille Saint-Jacques

Un ventre de femme

C’est comme une coquille Saint-Jacques

Un renflement à partir du nombril

Et puis un rentré avant le pubis

Qui se regonfle à ce moment-là

Jusqu’à la faille délicieuse

Qu’il faut savoir ouvrir

La coquille en est bien plus douce

Quelquefois l’arrière-goût reste amer

Mais la coquille est si douce

Tous les parfums du monde

peuvent se retrouver

dans cette faille

Vincent JARRY 6-6-96

 

Je vais convoler

Quand ? Demain.

Toi ? Oui.

- Toi que je prenais pour un type sérieux !….

Mais je suis toujours quelqu’un de sérieux !

– Non, mon vieux !

Vole n’importe quoi ;

tiens, un cochon, par exemple,

mais pas ce que tu envisages !

 

Jean-Baptiste TIÉMÉLÉ 28 novembre 1997

 

Le poète, né en 1920 et mort depuis,

vivait dans l'ouest de la France.

Son prénom était double, ses amitiés ferventes

et son métier instit' Il ferait bien partie du petit panthéon

des poètes en gros et demi-gros ( voir détails)

Ce texte date des années 1948-1949

et fait partie de « L’HÉRITAGE FABULEUX ».

 

Marie ORDINIS

 

Me voici dans la vingt-neuvième année de mon âge

Avec beaucoup de litres vides derrière moi

Compte jamais réglé sur l’éternelle ardoise

Qui masque de son mieux la misère du toit

 

De feuillage investi comme un enfant posthume

Ah ! c'est bien moi ! Je n'ai pas changé de costume

Et le rideau d’indienne qui m’épouvantait

Avec ses flammes et ses roses mal peignées

 

Flotte à nouveau sur le mieux monde d’aujourd’hui

 Et me voici dans la vingt-neuvième année de mon âge

Où ce n’est plus tout à fait comme autrefois

Quand on vivait avec de bons sauvages

 

Aux fautes de français douces comme un patois

 Mais le temps de s’aimer féroce et plus vivace

Lié dans son espoir aux graines de plein vent

Qui reniflent le sol épais où se ramassent

 

Les sèves et le sel d’un prodigieux printemps.

Je pense à toi qui me liras dans une petite chambre de province

Avec des stores tenus par des épingles à linge

Bien entendu ce sera dans les derniers jours de septembre

 

Tu te seras levé très tôt pour reconduire

Une vieille personne très chère avec son vieux sac de cuir

Tu auras bu dans tous les bistrots autour de la gare

Tu auras peur soudain et tu rentreras dare-dare

 

Tu t’assiéras dans le jour calme tu liras

 Mes vers « Ô Mon Dieu se peut-il que ce poète

« Me mette des douleurs de ventre dans la tête

« Que je m’enfante et que je vive en moi

comme un posthume enfant

« Qui souffre de rigueur et renifle en plein vent »

 Et le seigneur dira Bénis soient de la gare

Les bistrots pour t’avoir redonné la mémoire.

 

Les trois premières personnes ayant trouvé le nom de cet auteur

et nous l'ayant communiqué auront droit

à un abonnement de six mois à « Rue des Poètes »...

Je vous donne la réponse j'ai triché , cela vu que pour moi

les archives sont toutes accessibles sans délais,

le poète cité c'est René Guy Cadou

 

 

CRIER TOUJOURS JUSQU’À LA FIN DU MONDE.

 

Grâce soit rendue aux interprètes de CRIER TOUJOURS,

ce spectacle qui, bouillonnant de la sève de Fondane,

nous le rend infiniment proche.

L’univers du poète, peuplé par la voix du chanteur,

celle de l’accordéon, conteur mystérieux et/ou bavard,

nous est offert par Yves-Jacques Bouin, méditatif

ou comme effervescent et Eve Griliquez, rayonnante,

co-maître d’œuvre de l’ensemble.

Ils ont évité toutes les lourdeurs que le spectateur

peut redouter d’un montage poétique statisme

et autres académismes, redondances ou manque d’urgence

dans l’agencement des textes.

CRIER TOUJOURS s'accroche à vous et ne vous lâche pas.

sur scène quatre complices s'écoutent, se rencontrent,

s'attendent, s'attendrissent, se rassurent et s'émerveillent.

Tout est concerté, concertant.

Les objets sobres choisis pour matérialiser

la présence de Fondane et la rendre

touchante et charnelle se font flagrants,

comme ce cordage qui fend l'espace

de part en part et figurerait bien telle flèche

perçant un cœur, une existence.

Alors, toute là douleur du monde peut fondre,

(….) « Je ne saurais jamais me résigner

(….) » (...) « Je ne suis qu' 'un témoin(...) »

(...) « Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée. »

 

Benjamin FONDANE (Iasi 1898 – Auschwitz 1944)

C’est poignant, juste, nécessaire à ceux que la poésie de Fondane

n’a pas encore atteints, pour les changer.

 

Marie ORDINIS1898 est l’année du centenaire de Fondane

CRIER TOUJOURS sera redonné à Paris

dans un lieu qui n’est pas encore fixé, guettez-le !

 

 

 

CLAUDE ANTONINI

 

Odyssée de l’espace virtuel de la Mélodie d’Élodie

Elle est aussi bandante que Vanessa Paradis

« Le roi se meurt vive le roi Kyrie éléïson

Nettoyer tout le panthéon

Que tous les marins et les arts

Se battent comme à Trafalgar »

chantait Patrick Abri

Quant à Claude Antonini

Oh diversification Oh tempo

Ah module talentueux Oh module d’une

femme en noir qui ne détonne jamais sur

un unijambiste, un garagiste ou un éclairagiste.

On ne meurt pas, on s'en va….

Était-elle la fille cachée de Machin-truc-chouette

( Cora Vaucaire ? Barbara ? ) ?

Enfin Claude Antonini et sa zique c'est lubrique,

jaune tango populo, fleur de lys, blanc laiteux

odorants des hauts rangs….

Même Grapelli vous en aurait joué la ballade

tant est adéquat même en tranche, tout est de même goût...

Aujourd'hui mardi, j'aurais voulu écouter

cela pour vous le mercredi mais surtout

ce cher vieux jeudi aussi scolaire que privé,

l'écouter chez soi ou dans sa bagnole de voluptés.

Comme une verveine pleine de veines et en vain d'envies de tout...

Sincèrement, je vous la conseille

comme l'oseille dans l'omelette

et en général, sans être passée par l'ENA,

je vous la consigne comme une source

que vous laisserez couler donc, laissez tomber la neige...

 

Joëlle GUÉNARD

 

j'ai mal, j'ai faim.

je me lève tard dans la nuit

et bois un grand verre d'eau fraîche

ma gorge fait du bruit, mon cerveau aussi

et puis cette certitude : je suis quelqu'un.

bénédiction de cette chose sans nom...

je suis quelqu'un.

j'accepte le don,

je l'accepte tout entier,

tout entière, de tout mon corps-univers,

ramifications, âme, digestion

j'accepte le don, chose liquide et sans nom

je me recouche.

en paix avec moi-même

et tous les autres et toute la terre,

et l'univers l'uni vers- consternation

l'univers-constellation d'eaux planes,

d'ombres et de doutes

eaux planes des aubes douces

où n'a place aucun doute aucun...

je m'endors.

eaux planes des aubes douces

où n'a lieu aucun doute aucun.

 

Alexandre DUFLOT

in « Au bord des eaux profondes »

à paraître

 

À André Laude

 

Devant les Églises de tous les Saint-Germain-des-Prés

Était un drôle d'homme à la barbe percée

Qui n'avait plus de souvenirs à creuser ses mains

Il avait sous sa capuche de pèlerin

Toutes les rides de ses jours et sa soif et sa faim

Il avait écluse tous les paradis perdus

Au fond de sa gorge d'étranges songes maudits

Qui faisaient aboyer tous les arbres fleuris

Au relais de ses nuits qui n'avaient plus de fin.

Tantôt apôtre et rêveur de vin

Tantôt moine au cœur de chaud lapin

Tantôt oiseau aux pierres des sourires

Tantôt amour avec ses yeux heureux

Et pourtant si graves dans les déserts de la misère

Contre toutes les guerres et contre l'enfer.

Un oiseau est venu le chérir et le recueillir

Pour que cesse les jours de tourments

Et qu'enfin l'aurore se lève dans son firmament.

Adieu André. Je suis là tu m'entends...

Un vieil homme s'en est allé de tous les Saint-Germain-des-Prés.

Jacques SANDRAS

 

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Poèmes en gros et demi gros quatrième partie


Compilation de textes scannées  de la revue
 rue des poètes d'octobre-novembre 1997 N° 17&18

Vous ouvrez la fenêtre, vous aspirez une goulée de l'air qui courtise vos géraniums.
Vous notez que le couple de pigeons, lui plus sombre, elle plus claire, ou est-ce l'inverse ?
(en l'absence de dismorphisme sexuel, en savent-ils quelque chose ?)
Vous notez que le couple qui, d'ordinaire, signale l'avant-nuit, ventres
contre la corniche tiède, que le couple n'est pas là.
Quand arrivera-t'ELLE ?
Vous empoignez le stylo proche, un autre sophistiqué ou le vieux Bic huileux.
Vous vous calez dans une chaise, dos à la lumière du jour qui se presbytise.
Viendra-t-ELLE avant la nuit ?
Vous avez tant à négocier avec ELLE?
Une pluie légère vous aborde, bonne à affecter les ailes de vos pigeons qui, d'ailleurs, ne sont pas là.
Et ELLE, où est-ELLE ?
Vous   faites   semblant d'évoquer des rendez-vous mutuels, de vous fâcher.
Et si ELLE ne venait pas ce soir ?
ELLE vient de se poser sar le géranium du voisin et ELLE,
comme un biset ordinaire, ELLE s'est installée chez lui et y roucoule.
Vous ne le savez pas et vous n'écrivez sur la page infiniment prête.
Lui, elle, que vous ne rencontrerez peut-être jamais, sont visités par une pigeonne-tourterelle posée sur leurs balcons imaginaires.
C'est très bien.
ELLE va flirter avec ce frère, cette soeur
ELLE?
L'inspiration... On dirait.
 
Marie ORDINIS

Pour Denis Lavant
 
Là, monsieur
Vous êtes reparti vers de nouvelles aventures
De nouveaux tournages
De nouvelles éruptions
Volcaniques
Et vous allez revenir
De la cendre plein les joues
Les cheveux
De la lave encore brûlante plein les muscles
Des désirs de feu dans les reins
Et puis
Le volcan se calmera
La lave se fera
Lagon des yeux
Yeux de rire
Et de tendresse
Où l'on se baigne

Vincent JARRY


Serait-il plus raisonnable de parler de la mort des autres
Que des amours qui vous sont vôtres
Je sais la guerre qui explose les pattes
Je sais les rires qui dilatent les rates
Zyeux de peur exorbités la peur est trop chaude
Et puis il y a ton iris en reine-claude
Et la mort on me la raconte au coin du bar
C'est pas l'Alcazar
FIS
Algérie
Jamais je n'ai rit De tous ces fils
Mais les tendresses
Pourraient supplanter nos détresses

Vincent JARRY

J'ai dans ma maison une fée,
Douce fée féline aux beaux yeux clairs,
Douce fée câline aux grands yeux verts
Qui aime les caresses éperdument...
 
J'ai dans ma maison une fée,
Grise fée au doux pelage soyeux
Où j'aime enfouir mon visage,
Soudain apaisé, 1 coeur heureux...
 
Jocelyne LEFORT

Les Feux
 
Sur d'immenses dunes au silence de brumes
Sur des chevaux baptisés de temples et de feu
Le torse en bandoulière d'arc et de ruisseaux
Ils avancent retrouver les lueurs des ghettos
Sans plus de cris sans plus de pluies
Les plaines ont ravagé leurs troupeaux
Les arbres sont morts depuis les fusils
Les flammes n'ont plus ni coeur ni âme
Au campement où la nuit les éclaire
Il n'y a plus que l'audace du tonnerre
Dans la forêt abandonnée les flots des soleils
N'auront plus de réveils pour les veilles.
Dans mon coeur blessé je meurs de l'étincelle
Mes oiseaux ont la prière des herbes
J'aurais tant aimé courir au creux des ruisseaux
J'aurais tant aimer courir dans les brumes des lunes
J'aurais tant aimé me couvrir de plumes et ressembler
A tous leurs oiseaux
M'envoler dans les jardins de leurs nuages en larmes.
Qu'avons-nous fait d'eux?
Qui veille auprès des feux?
 
Jacques SANDRAS

On s' carapatte
 
Labago vous l'avez pigé
Ce coinsto c'est ç'ui d'un marmot
Qui n' pouvait traîner ses croqu'nots
Que du babut à la carrée
Bref une p'tite zone pour faire les cons
Sans qu' les dabés s' fassent du mourron
Après recta on s' carapatte
Ben de plus en plus au loinqué
Mais polope toujours dans l'quartier
Et pas d'quoi bousiller ses lattes
A dix broquilles d'vant vos mirettes
Un coinsto encore assez chouette
Encore mais y a des longes de ça
Quand tu reluques certains bouquins
Avec des croqu'tons du pat'lin
Tu t'baves: Putain c'était chouaga
C'est con d'avoir tout chanstiqué
Et ça m'titille dégosiller.
 
Gérard Legrand In Paris Paname Pantruche

BELLE HOTESSE    JE t'AI VUE
EN OGRESSE    IL A PLU
SANS LIESSE    TU M'AS PLU
NI TRESSE    TOUTE NUE
BELLES FESSES    ON S'EST VUS
JE TE FESSE    ON A PU
HELAS,           SANS PLUS
BELLE NOIRE    TU AS MUE
TOUTE NOIRE    TOUTE EMUE
DANS LE NOIR    ON S'EST PERPU
DU LOIR    DE VUE
PRES DE LA LOIRE    DANS LES NUES
SANS VOIR      SANS US
VOIRE!      JE t'AI PLUS VUE
TOUTE PERDUE
BELLE CHATTE    DE VUE
SANS PATTES    DANS LA RUE
TU MAS FAIT PAT    
SANS UN PAS    
N'EST-CE PAS
DELPHINE         DJAMALOU
SI FINE             TOUT FOU
JOËLLE            ET MONIQUE          TOUT MOU
ETERNELLE     QUI ME PIQUE        DANS LA BOUE
C''EST NOËL    QUI ME NIQUE       SANS BOUT
SANS ELLE    
NI AILES    BRIGITTE
MA PUCELLE    AU ZENITH
SANS «  L »
MA BELLE
PARTIE AUX ILES MARQUISES
PENSEE EXQUISE
PROMESSES NON TENUES
MALOTRUE
 
MICHEL LABOUREAU

"INTERVALLE"
 
Jeux de mots et de gestes
En chuchotements délicats et précis. -

-Elle  Dis moi un mot
Un mot de rien
Un mot de trop
Ou un petit mot
Mais je vous prie
Dis le mot oui
Dis le mot
Dis le leurs
Dites
Dis
Dis
Di
Di... et puis non ne dites rien Gardez le je vous prie
N'en faites rien
Rien qui vous oblige à dire quoique ce soit
Non ne le dites pas
De trop ne sert à rien
Même le mot, surtout celui-ci
Oh oui mais ne restez pas là sans vous taire.
Je ne vous sens capable de rien
 
- Lui Cela m'attriste beaucoup ces temps ci.
 
- Elle  J'oubliais vôtre regard
N'est pas absent de conversation
Il cherche ici à se disculper

- Elle  Mais pourquoi

- Lui  Pourquoi ? Quoi ?

- Elle qui pourquoi ce regard
pose-t-il la même question ?
Oui pourquoi se charge-t-il  
depuis bien longtemps d'une même réponse ?
Le vide du trop plein
L'effroyable amendement de l'horreur quotidienne.
 
Philippe LLORCA

JE T'ÉCRIS DE QUÉBEC
 
Je t'écris de Québec
Il neige mon crayon
Je t'écris de Québec
Il neige du coton
 
Je t'écris édredon
Il neige mon bien-être
Je t'écris croisillon
Il neige ma fenêtre
 
Sur les toits un oiseau
Magicien le héron
Il neige des chapeaux
Autant que des maisons
 
Capuche capuchon
Tricote-moi des gants
Vont à saute-mouton
Il neige des enfants
 
Il neige la lumière
Et je t'écris la noce
Un photographe hier
M'a changé en carrosse
 
Il a peint le clocher
De chlorure d'argent
Un Christ qui s'est penché
Et ma mémoire en blanc
 
Je t'écris de Québec
Il neige mon crayon
Je t'écris de Québec
Et je hais ton prénom
 
Jean-Yves LENOIR
 in "les Petits Riens"
Collection Flammes Vives

 
TELEPHONES
 
Les doux félins étendus sur leur socle
ne dorment que d'un œil un bond,
un spasme inattendu de sonnerie,
et notre paix peut être disloquée.
L'information tombe, de plomb
devenu fou le train de notre vie
brûle les aiguillages
franchit les gares hébétées
dans le hurlement saignant des signaux...
Au bout du fil déjà
le temps a refermé ses griffes
et se tait
nous laissant suspendus, à l'écoute
du silence glacial
des catastrophes confirmées...
 
Mais le chat gris du téléphone
sait aussi ronronner,
s'étirer, quêter nos caresses.
Dans la pire nuit verglacée
sa bouche douce peut nous chuchoter
qu'un gai soleil se lève ailleurs,
une voix chaude murmurer
que quelqu'un, quelque part,
nous garde sa chaleur...
 
Armand MONJO
in Terrible et Tendre Termitière
La Bartavelle éd.

Des mains
j'ouvre ma chemise
au langage d'avant
au langage d'après
aux eaux du Léthé
'et le verbe se précipite'
 
 
Céline VARENNE
in Tireur de langue
Scoate-limba
éd. Galaxia Bucuresti
 
Cu amândouà mâinile
îmi deschei càmasa
pentru vorba de odinioarà
pentru vorba de dupa noi p
entru apa Lethei
§i verbul dâ nâvalâ »


Péripatéticien planétaire engendre
Racines s'enfonçant dans les couches
Terreuses de la vie pastiche potiche
Errant vers les je ne sais quoi abyssaux
Aux parois d'obscurantismes abbatiaux
Idéal de l'apparence absence
Transparence de l'individu chiffon
Bouffon miel où les abeilles plantons
De la platitude viennent planter
Leurs dards piques actifs des nations névés
Des négations obstructions des tuteurs vainqueur
Du paupérisme castrateur

Thierry THOMAS

La mort était devant moi et s'était déguisée en femme
La mort me souriait et m'entraînait de rade en rade
Et moi je suivais la mort
J'errais de rade en rade
Craquant les raides
Raide de désespoir
J'espérais tuer la mort
Qui rongeait une souris
Qui aurait pu être si belle
Si la mort ne la rongeait pas
Je rongeais la mort
En me rongeant les sangs
Pour déronger la mort
Et puis la vie de la femme est revenue
Altière et riante devant la mort
Bouffant la mort de son rire et de son pas
Pas escaladeur
Cascadeur
Pas football
Les bras se sont déployés
comme des ailes mouettes
marionnettes Pantin réarticulé
Et la femme a ri
Et la mort est morte
D'elle même
Morte
De rire
 
Vincent JARRY 12-1996
 
Côté coeur, côté jardin
 
Il y a les symptômes
Comme une odeur d'amours
C'est comme l'arôme
D'une jolie petite fleur
Faire un p'tit tour
Vers son pistil
Un labyrinthe
Vers l'amour
Je m'y éreinte
Cela puisse-t-il
Dans la douceur
Durer toujours
Dans le jardin
De Géraldine
Je prendrais
bien racine
Son air un peu trop sage
Et son corsage aussi
Côté coeur
Côté jardin
Secret
Côté coeur
Côté jardin
Secret
 
Philippe RAILLON
Spectacle pour clown rêveur

Pour fous poètes...                                     

Poette-pouetteux. étiquetés morveux      
Chapeau enfumé vedette
Pour sou d'fauchée
C'est clown en bleu avec mon sou qui m'trouve comique
Et moè, la Jolie qui veut m'cacher
Parce qu'un p'tit sou c'est bin catastrophique
Voyez dont là, grande malice
Puisque la suite nous le révèle
Chapeau d'poète était complice
Pour nuit prochaine au lit d'ka "Mouff."
au creux d'amours nouvelles
Et moè un peu rêveuse à soèr
Jans 'a noirceur de nos tempêtes
et la blancheur de nos parterres
Jje pense à toi en fond d'mémoêre
Au chaud d'mon lit qui goûte l'hiver
 
Catherine, Montréal, un soèr

Je dis

Place Clichy
l'écho de Phil Glass
au flanc des vitrines dévastées
comme des algues
laisse errer
le regard des prostituées
des être apparaissent
des êtres disparaissent
ne reste
que le supposé parfum
des sillages
l'art c'est certain
rarement prend date
dans la mouvance
des yeux se lèvent
dans les gares
comme des lambeaux
de paroles
qu'égare
le silence
des clochards
au panneau lumineux
de la solitude
nul ne s'affiche
les peaux en friche
se recroquevillent
dans le cendrier
des songes prohibés
je dis
Place Clichy
je tiens cette main
c'est certain
mais je n'en sais
que l'incroyable
détresse
tandis qu'elle
volette
entre mes doigts
comme un oiseau
perdu
je dis
Place Clichy
qui êtes-vous
qui êtes-vous enfin
vous dont la mémoire
s'érige
imperceptiblement
dans le crépuscule pollué
devant les grilles du lycée Jules Ferry

Dominique NOURRY

Je n'ai connu aucun d'mes deux grands pères
Sont tous les deux morts des suit' de la guerre
La grand' cell' que notr' bon Georges préférait
J'avais d'l'ether dans l'vin Y'avait pus d'vrai
Tout aussi saoul pour nous Jouer la même farce
Parce qu'il y avait bien trop d'bras pour les machines
Il fallait désengorger les usines

Mon grand-père est mort aveugle
Et mon grand Père Maurice sans pus d'poumons

Ah l'beau temps on bossait douze heur' par Jour
Du lundi au sam'di et sans détour
On partait d'Bagneux à Paname à pinces
Que ce soit le cagnard ou l'Gel qui vous pince
Et on zonait dans des cav' comm' des rats
Et puis la guerre est v'nue nettoyer
Pasque y avait trop d'viand pour les usines
La vland' d'vlnt chair à canons chair à mines

Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-père' Maurice sans pus d'poumons

Ah là là là! Qu'est-ç'que c'était drôl'ment bath
Savait pus un Jeun' pour s'foutr' dans les pattes
Des vieux marcheurs qui draguaient nos grisettes
Nos p'tits gars étalent partis fair' la fête
Avec ceux d'en faç' qui v'naient d'leurs campagnes
L'abattolr c'était pour ces pauvr's enfants
Tellement si beaux qu'ils en étalent gênants

Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-pèr' Maurice' sans pus d'poumons
 
Le pinard et l'éther ça rendait fou
Ces jeun'gens qu'auraient eu l'regard si doux
ça n'en a fait des veuv' pour les cotons
Les généraux tous ces porteurs d'galons
Galonnant avec les Jeumont-Schneiderg
Et d'visant grav'ment d'la dur'té dla guerre
Z'avaient p't-êtr' prévu qu'la bière et l'médic
Prendraient l'refais pour protéger leur fric
 
Mon grand-père est mort aveugle
Et mon grand-pèr'Maurice sans pus d'poumons
 
Maintenant c'est pus la guerr' mais c'est tout comme
Ya pus rien à foutr' pour tous ces jeun's hommes
On est humain l' vont pus fair' fa guerre
Y'a pus besoin de pinard et d'éther
D'abord ya la bière et l'néocodlon
Pour la piquouze l't'Jaudra du pognon
Tu piqu' le flouze et ça y st c'est la tôle
Et puis pourtant qu'est-ç' que t'étais mariole
 
Mon grand-père Adolphe est mort aveugle
Et mon grand-pèr' Maurice' sans pus d'poumons
 
Regarde-donc errer tous ces zonards
On veut pus d'eux l'boulot les faits tricards
Tricard à vie et puis y a pus d'espoir
C'est comm' des pauv' chiots dans un grand trou noir
C'est pus la tranché mais c'est la mêm' fête
Les vieux marcheurs vlenn' dragucr les grisettes
De ces pauv' p'tits chiards broyés par l'artiche
Qui n'en peuv' pus mais paç'qu'on n'prêt' qu'aux riche:
 
Le petit fils d'Adolphe il zone à Beaubourg
Et celui d'Mauric, il sniffe à Stalingrad
 
VINCENT JARRY

LES FOURCHETTES MUSETTES
 
Vous m'avez invité à dîner
mais j'ai tout amené,
sur une nappe plate
vous avez étalé des verres disparates
des couteaux ciselés
des fourchettes musettes
et des serviettes musettes
et des serviettes sans miette
complétées de pain complet.
D'entrée, j'ai déposé de l'huile d'olive
du mont Olive sur des carottes échaudées,
du jambon en bâillon du saucisson f icelon,
de la saucisse qui pisse
près des tomates écartâtes,
du cresson de Caillisse
et des oeufs brouillisses,
du saumon au court-bouillon
accompagnait les huîtres
mes petites puis des sardines
de bon thon côtoyaient du requin
malin aux dents d'airain.
Pour le plat de résistance
des poissons sans résidence,
des côtes d'agneau au merlineau
du poulet citronné au colineau
et du veau marin du Rhin le tout,
allongé de couscous qui mousse
et de pomme d'api sur lit
de spaghettis polis qui sourient.
Pour le dessert, mon aimante
a sorti de sa resserte
des endives braisées sucrées
du riz à la banane de Guinée,
des tartes aux pommes, ploum, ploum
des entremets entremêlés
des fruits secs sans jus,
des gaufres encrêpées
du caprice blanc d'un Dieu noir,
et des loukoums à la fraise
des chaussons chaussées de chocolat
des mangues océanées à passion
et des gâteaux au miel surfin
Le tout arrosé de vin rosé osé.

Henri MILLE

1 - un point de lumière tire un trait entre deux univers
 
2 - entre l'ombre et la lumière II y a un labyrinthe
 
3 - on ne fait plus l'amour en tâtonnant dans le nol
mais en se cognant contre les murs
 
4 - comme un yo-yo qui tombe
Je me déroule effiloché
la fin du fil d'Ariane
m'empéchant de me vider
de rencontrer le sol, la réalité
 
5 - Il y a une pierre sur le terrain de Jeux
Je ne peux pas Jouer
si Je ne me baisse pour la ramasser
mon ombre portée sur le sol me la cachera
Dieu seul sait alors ce que ma main tâtonnante
rencontrera
 
Paul CADEMONT

IL ETAIT UNE PIERRE
 
Il était une pierre sur un chemin
Qui en avait marre d'être foulée
Etre foulée c'est pas marrant
Même pour une Pierre de 10.000 ans
Un jour un gosse la lancé
Du haut du chemin dans le vallée
Même pour une pierre
C'est pas très gai
De dévaler sur les rochers.
 
Un jour, un m'sieur bien cravaté
A acheté toute la vallée
Il a décidé que dorénavant
Y'aurait plus d'place même pour le vent
Coupé les fleur, dressé l'torrent
Capturé l'heure, limité le temps
Même pour une pierre
C'est  pas marrant
D'être déguisée en bâtiment.
 
Et puits un jour, au lieu d'pleurer
S'est soudain mise à écouter
Les autre pierres, juste è côté
Qu'étaient comme elle, encimentées
Elles ont raconté leurs souvenirs
Et ont perlé de liberté
On a  beau dire, on à beau faire
 Le liberté, ça fait frémir.
 
Un grand fracas dans la vallée
Personne n'as su ç'qui arrivait
Croulé le pont, fendus les murs
Jusqu'au barrage qui n'a pas tenu
Dent le silence, comme un murmure
Comme une danse, c'est la rivière
Qui recommence et la pierre
S'y balance et s'en vient prendre un bain.
 
Philippe RAILLON. Le 4 novembre 1993

POUR APPAREILLER
 
On voyage léger
Marin !
Tu sais voyager
Léger
Tu embarques
Ton sac
Et ton couteau,
Matelot I
Tu mets ton sac
À l'épaule.
Ton couteau
Est au chaud
Dans ta poche.
Tu voyages léger.
En mer
Tes rêves pesants
T'arrondiront le dos Tôt,
Ne proteste pas
Tu ne le sais que trop.
 
Marie ORDINIS in Recours
Editions de l'Echiquier

SUR LA ROUTE VES TEMPS NOUVEAUX
 
Sur la rouie des temps nouveaux
Il existe un vieux monde
Perclus, reclus, perdu dans ses racines carrées.
Ses règles à calculer
ses exitrons. ses éclatrons. ses positrons.
ses neutrons, ses bévatrons.
Et tron-tron-tron
Et tron-tron-traine.
Un vieux monde engoncé dans ses règles de trois,
ses intégrales mal intégrées ses additions,
 ses soustractions, ses multiplications de pains
Et ses divisions blindées
Un vieux monde qui se demande anxieux
Qui. diable, pourrait bien être
ce mystérieux bonhomme
qu'on appelait Albert Einstein.
Et pas très sûr de bien comprendre
Il referme le livre du passé et confortablement
installé sur le matelas de sa stérilité.
il s'endort du sommeil de l'injuste.
Mais l'enchanteur Merlin
Qui. par hasard, passait dans ses rêves
Lui fit faire un songe de baguette magique.
Et voilà le vieux monde, transformé en girouette.
qui tourne et vole aux quatre vents des temps futurs
Et redevient le "Petit Prince"
Alors, les chateaux-forts
Et leurs blasons blasés. Les palais de justice
Et leurs couronnes mortuaires.
Et même la basilique
Saint-Pierre de Rome
S'écroulent dans le néant
Sur la route des temps nouveaux.
Tandis que des nains dansent
Sur des visages d enfants.
Un vieux monde épuisé
A trouvé son tombeau.
 
Guy PERROT

Milord et Caravane dégustent la prairie, nomades.
Ils pleurent des étincelles et croustillent aux fontaines.
Chialants, fervents, ils poursuivent la cueillette coquine, la neige et les cimes.
Ils découvrent de ténébreux pompons, les astres et les nénuphars.
Ils se parent limpides.
Ils font trempette dans la brume, sussurent des sucreries.
Ils peinent dans les pirouettes, les flots et la conquête, jouent à la dinette perchée.
Ils crèvent en caravelle, engloutissent le vent, les livres  et l'océan.
Ils papotent, ivres sous les ondées lactées, zozotent des miracles au piano.
Ils s'empourprent, soupçconnnent les larmes et le velours
Les funambules clignotent, grondent les cloches
Un romanichel à la fontaine, une indienne
aux rebords d'abeille, se délectent.
La marmaille gambade, s'appelle Milord et Caravane.
 
FIN

à Martine
 
Prends place
C'est occupé
Certains instants
intenses glissent
dans des pas fébriles
et sinuent entre
des besoins
des chemins des ravins
et enfantent
des vides
Cherches-tu
les visages
en accord
avec le hasard ?
Les leurres
sabordent-ils
nos rêves ?
 
Eric DUBOIS

LA GRENADE
 
Dans l'ensoleillement rare d'un soir d'octobre
L'enfant jouait
Elle était à ses pieds et trouva la balle ronde
Lourde, très lourde pour une balle brillante
Très brillante
Garnie d'un anneau, crantée
Comme la balle qu'elle emmenait toujours en vacances
Triste la balle était striée et triste
Avec son anneau noir et brillant
Comme les dents de loup dans les histoires
Effrayantes, sur les genoux de son père
Son père ou bien sa mère qui racontaient si bien
Les histoires de loup aux dents trop pointues.
Le petit frère lui dit de jeter cette balle
Laide, laide, si triste et laide.
Elle riait taquine et vive
Face à la balle lourde, lourde.
L'anneau la fascinait, elle y glissait son doigt.
Elle pensa soudain à papa, à maman
Qui, eux, portaient des anneaux dorés aux doigts.
Pourquoi ne quittaient-il jamais ces petits cercles d'or
Jamais !
Jamais !
Elle allait enlever l'anneau triste de la balle triste.
Elle tira sur l'anneau...
Dans l'ensoleillement rare d'un soir d'octobre
L'enfant, immobile, les yeux grands ouverts.
Elle était à ses pieds... la balle lourde et triste
Arrachée de l'anneau
En mille morceaux de mort.
 
10/09/1996 Michel PRAEGER

VANITÉ
 
Le condor brave les éclairs
et flirte avec la sphère solaire
Son regard tue les éclats du silex
anoblit l'air bleuté
L'explosion d'un obus
le précipite dans les touffeurs amazone
 
Jean-Luc SIGAUX
St-Germain-des-Prés éd.

Pour mes 45 ans
On m'a fait un beau cadeau
5 milliards de congénères
Générés en cons
Cons copains
Cons humains
Cons ennemis
Humains quand même
Et tous ces gens-là qui m'aiment
Ou me détestent
Je les aime
Et les déteste
A chacun ses têtes
La mienne prend des fils d'argent
 
Vincent JARRY in 27 innés dits
juillet 87 agenda 1990
poèmes en Gros & 1/2 gros éd.

L'HOMME..

L'homme qui rêve était puissant devant les cuisses profilées de sa belle...
L'homme qui rêve ne voyait plus les rêves que faisaient sa Clarabelle...
Les yeux de sa plus que tout en disaient long sur leurs désirs de se fondre...
La plus belle aimait l'homme qui rêve, elle voulait qu'il reste toujours tendre...

l'homme qui rêve ne regardait pas les rêves de sa plus belle conquête...
La plus belle faisait des rêves... Et l'homme qui rêve disait...Tu m'embêtes!
La plus belle dura un temps, puis l'homme qui rêve alla vers une autre femme..
Les yeux sont des miroirs pareils qui s'admirent dans des fantasmes

Le cul cela fait les amours heureuses, c'est toujours la consummation d'un rêve
Mais que dire de ces regards qui vous arrachent les tripes dans une quête sans trêve...
La Plus belle était encore romantique quoiqu' un peu moins désirable et bandante...
Que la dernière qui faisant battre les chamades de la passion... Pauvre vieille amante!

L'homme qui rêve, rêva encore longtemps, mais se trouvait seul sans ses femmes...
Il se fit musulman pour une histoire de culs multiples et il eut enfin son grand harem...
Mais ses femmes n'avait plus des regards lumineux pour lui... Elles le méprisaient...
Et si pourtant l'homme s'était préoccupé des pensées intimes de celles qu'il admirait...

l'homme qui rêve voulut tout avoir des femmes et il n'eut que de brèves jouissances...
La plus belle celle qui viendrait et qui serait la femme des plus grandes réjouissances...
Et l'homme qui rêve comparait ces détails de chacune, le cul de Justine, les yeux de Denise...
Mais jamais cette femme n'était, ni tout à fait comparable, ni tout à fait précise...

Bruno Quinchez le 13 Février 1997

Plus que de l'ombre, mais pourquoi donc ?
La terre est-elle une langouste
Que plus tard je marierai avec ma cousine ?
Ce fut bien belle fête.
L'orange déguisée, comme une lune.
La reine des abeilles.
Un gâteau qu'il ne faut pas manger,
Qui détruit tout insecte.
Cette fille est une orange amère,
 Des cheveux teints comme du skai,
 Ses yeux descendant à la taille.
Il faut couper les seins avec du petit bois.
Je pousse son sourire dans un carton à linge.
La pluie traverse les nuages.
Dessous la table il fait du vent que je ne peux retenir.
Mais maintenant j'ai faim.

14.12 Thierry DAUCE
in à soif d'eau de vie et d'amour
éditions de l'échiquier

Je suis venu chercher du travail
J'espère qu'il y en aura
je suis venu de mon lointain pays
Pour travailler chez vous
J'ai tout laissé, ma femme, mes amis
Au pays tout là-bas
J'espère les retrouver tous en vie
Le jour de mon retour
Ma pauvre mère était bien désolée
En me voyant partir
Je lui ai dit qu'un jour je reviendrai
Mettre fin à sa misère
J'ai parcouru de longs jours de voyage
Pour venir jusqu'ici
Ne m'a-t-on pas assuré d'un accueil
Qui vaudrait bien cette peine
Regardez-moi, je suis fatigué
D'aller par les chemins
Voici des jours que je n'ai rien mangé
Auriez-vous un peu de pain ?
Mon pantalon est tout déchiré
Mais je n'en ai pas d'autre
Ne criez pas, ce n'est pas un scandale
Je suis seulement pauvre
Je suis venu chercher du travail
j'espère qu'il y en aura
Je suis venu de mon lointain pays
Pour travailler chez vous
 
FRANCIS BEBEY
 
LE VOYAGE DU BERGER
 
Emmergeant son troupeau pour paître en communion
Le berger s'évade dans un songe très lent
Il inhale vivement un nette illusion
Ses pieds baignant dans le sable pulvérulent.
 
La terre est concubine avec le ciel austère
Et le berger ressent la richesse de l'âme
Qui parfois se meurt, mais qui jamais ne se perd
Belle et longue vie à ses souvenirs de femmes
 
Il n'est qu'une goutte de plus dont on se moque
Sa tête, le spectre d'un ange recherché.
Ramène ton troupeau, berger, et retiens que
S'écrasent des jets de vers contre les rochers.
 
Eric PASQUIER

Les coeurs
 
un coeur vert
à l'envers d'un décor
se terre
prospère sincère
avec des vers
deux coeurs serrent
par les corps
la croix et la bannière
une paire s'avère
avec l'étoile polaire
dix coeurs
manièrent par frénésie assis vocifèrent
pour se plaire avec
pour la fuite
des tonnes de verres
les coeurs en arrière
rêvant sans terre
sifflèrent en l'air
pour des vers
de faim sévère
 
Fred TROUVE
in carnet de poèmes


Ronronnement à Delphine

Rester à rêver à toi
Ronronner en ronds de rien
Roucouler en ramier en toit
Reriwter un rire en vaurien

Vincent JARRY au "Petit Centre"

Si une foi révolue
nous appuyant d'un culot
sans pareil
nous allions nous mettre à l'abri
dans un corsage britannique
par élégance et par soupçon
il nous faudrait plus
d'un hameçon
pour rester là_

Denis LAVANT in Dieu n'a ni père ni mère
Il est par oui dire  Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

Poèmes en gros et demi gros Troisième

Le train fantome  
Des fêtes foraines
le hèle
pas les mots
Tu es le funambule
dans son habit de clown
le grand pierrot blafard
aux larges manches
turlututu chapeau pointu
une chaleur d’amour
se met à me serrer le cœur
et mes fesses se sentent soudain
comme des jeunes filles
vêtues de voiles blancs
dans les champs
de coquelicots
 
Trenul fantomâ
din bâlciuri
strigàte nu cuvinte
Tu esti aiuritul
în haine de clovn
marele pierrot palid
eu mâneci largi
ce mai tura-vura
\i-e çuguiatâ câciula
un val de câldurâ,
iubirea începe sâ-mi strângâ inima
§i fesele mêle pâie dintr-o data
ca fetiscanele
în vâluri albe
pe câmpurile
de maci
 
Céline Varenne
in Tireur de Langue Scoate-limbu
Éditions Galaxia Bucarest 95

HAUT GRANIT
 
Cité du dieu-soleil : Karnak
Défi des papyrus géants
jaillis en touffes du limon
dressés par des milliers de bras secs
sous le fouet des prêtres, répondent aux questions des hommes
en chiffres de soleil
en sourires sans âge.
 Seul demeure vivant
Muets, tête droite, les dieux
cet immense empire de pierre
rose ébloui ou bleu de lune
sans ses habits de cèdre du Liban,
ses bijoux de cuivre d'Asie
Granit que seul use son propre sable
gong de lumière métallique
énorme écrin à la grâce des femmes
lotus vivants.
 
Armand Monjo
in Mère Lumière
Rougerie éd.
CINQ PIERRES LANCEES DANS LA LUMIERE

1-  un point de lumière tire un trait entre deux univers
2-  entre l'ombre et la lumière il y a un labyrinthe
3-  comme un yo-yo qui tombe je me déroule effiloché
4-  la fin du fil d'Ariane m'empêchera de me vider de rencontrer le sol, la réalité
5-  il y a une pierre sur le terrain de jeu je ne peux pas jouer si je me baisse pour la ramasser mon ombre portée sur le sol me la cachera Dieu seul sait alors ce que ma main tâtonnante rencontrera
 
Paul CADEMONT

L'orang-Outang
est si méfiant
qu'il mange ses fèces
Des fois qu'on le suivrait à la trace
ou qu'il viendrait à manquer de pitance
Mieux vaut croire en soi
et toujours il y en aura autant
Dire que maintenant même les oeufs ont des E
Ce n'est pas une raison pour...

Jean-Baptiste TIEMELE 24 JUIN 1997

Il est encore dit
dans le village d'où je viens
que les arbres aussi versent des larmes
lorsque perdure
l'absence des oiseaux
sur leurs branches

Alain MABANCKOU, in « les arbres aussi versent des larmes »

Verset XXXIV

L'ombre qui se mire
se prend à tort pour une lumière
qui réfléchit
Personne ne peut témoigner de son être
 
Alain MABANCKOU  in «Verset »

Laude
 
Une fée
Laude
Il y a peu
Baladait sa danse de marche
 
Et l'eau
Dit
Est ce un rêve
Elle est
 
Légère
Ondoyante
Diurne
Interrogative
Elle es elle
 
Vincent Jarry

La poterie va au four
Rôtir le pâté
Au petit matin de mon lapin
Et moi je m'en vais au moulin
Je croustillerai le pain
Quant à l'homme
C'est lui qui tirera le vin
Puisqu'on ne peut pas être partout à la fois

Marie Ordinis

Les putes raclent quand charme le chat.
La ruine chouine, lune en guenilles.
Ses pluies couine, dans la poussière précieuse, poisseuse
Jamais elle ne baigne, gueule secrète.
 
Lola Sponge Extrait de "Claudicantes"

Le pays était vaste et seulement limité d'un côté par une rangée

de peupliers sauvages alignés tout contre le ciel

comme un arrêt brusque végétal, en rupture des terres plates

qui s'étendaient, ocre et rouille, dans un abandon tranquille, vers l'ouest.

 Et, même ici, dans la tristesse infinie des mers et la mélancolie du vent

à laisser faire l'ordonnance fragile des lumières, s'il lui arrivait encore de mentir,

c'était en tous points comme cela l'eût déjà tant de fois surprise,

à l'instant même de ses morts successives

dont elle se parait tout à coup sans en prévoir d'avance

le moment déterminé ou le geste glacé enfin se déliait

d'une tendresse généreuse pour les regards sournois

du mendiant qui la convoitait chaque soir à heure fixe,

dans l'assoupissement général du dernier salon déserté

où pendaient lascivement de lourdes tentures à ramages

brodés et des antiquités d'argent oubliées sur des velours usés,

et dehors, la plainte des loups, loin derrière l'opaque hiver

à peine radouci avant le grand dégel, quand s'offraient,

fugitives et lentes, les moissons pluvieuses,

rendant l'espoir enfin possible d'une clarté nouvelle,

parce qu'autour des tentes qu'on dressait à la hâte le jour des marchés,

se mélangeaient aussi des hommes de toutes races et leur passage

dans la poussière sulfateuse n'était que poudre étincelante

dans un marais de visages burinés, marécage liquide de tant d'alcools dilués,

où semblaient flotter de longs rubans bariolés - leurs turbans

qu'ils nouaient sur la hanche, très bas, comme s'il avait fallu repousser

le plus loin du ventre le bassin terriblement mobile et l'ouverture délicate,

instantanée des cuisses dorées d'où s'évaporaient,

silencieuses, des effluves colorées qu'ils dégageaient sentimentalement,

naturellement, emportant derrière eux, sur leurs épaules nues,

l'odeur cuivrée des voyageurs insatiables.
 
Annie SOULIER, Paris 1979

MADONE DES CASSETTES

Sous la perruque de filasse
(ou de balai-brosse, interchangeable)
un masque blanc lunaire, mexicain
avec le creux noir des orbites
le phare rouge de la. bouche.
Le profil de rat se dérobe,
(un pantin, ça ne se voit que de face)
Bras en étoile, pieuvre vibratile,
trépidation mécanique des hanches.
Soutien-gorge immobile dans l'orage
deux obus d'acier futuristes.
Cuisses courbées, muscles raidis,
redoutables pinces de crabe.
C'est la Madone aux cent mille cassettes,
l'utérus sur ordinateur
programmé aphrodisio-commercial,
c'est la déesse du deuxième millénaire.

Armand Monjoin Terrible

Et tendre Termitière

La Bartavelle éd.

 

L'AMOUREUX IRRÉSOLU
 
Charmante demoiselle rockeuse de mes sens
Pourquoi es-tu précise? Pourtant tu me captives
Originalité et humour sont, je pense
D'excellents partenaires pour que mon cœur revive
 
Endormi ainsi qu'un funambule tu m'inspires
À chaque fois que je t'admire, tu me lances
Sur mon rocher pensif; mais c'en est trop, respire
Et dis-moi lentement tes plus magiques stances
 
Ta banalité te donne un charme dense.
Approche-toi de moi, j'aime te voir jaillir
De tes nuées glottiques à la belle cadence
Des soirées discothèque. Laisse l'automne vieillir
 
Tu as été faite au paradis adorable
Et moi je ne suis de personne, de toujours
 Apprend-moi à aimer je t'apprendrai des fables
Excentriques, fertiles et complices sur l'amour.

Eric Pasquier

Bancal Asphalte
 
Aurillac
Gare.
Soleil final.
Des gens de mon âge s'entassent.
Des sans baraque.
Moi M'sieurs Dames je suis dans l'art
Oui je croyais faire partie des pirates
 
J'abuse pas d'habitude mais, là, on m'a bue.
Cet été, j'ai récité mes poèmes dans les rues, mes morsures.
Je récapitule.
L'affaire débute sur le bitume, en Avignon.
Comme la plupart des 400 troupes
qui paient un territoire au festival "off,

on ne rentre pas dans nos frais.
Alors, pour être intelligible,

il a fallu casser la brique, se faire ouïr, version gothique.
Bref, la seule troupe sans musique à déclamer ses poèmes
 aux terrasses des bistrots d'Avignon, c'était nous.
Vincent, Philippe, Crémilda, Eric, Yaël, Sylvie et moi, Lola.
 
Mais retour à nos wagons, pata-plombs.
La fin du festival de rue.
A Aurillac, la quête est officielle.
On déambule pendant quatre jours,

avec la canicule, la muse des brutes.
C'est la fin du festival et on repart tous dans le même sac.
Madame S.N.C.F. nous "réserve" un wagon direct pour Paris.
Un wagon sans climatisation...
Les déshérités déshydratés, pas de quartier!
 
J'abuse pas, de mes yeux bulles, j'ai vu.
Je veux mon dû, des arbustes, mon viaduc!
J'ai joué toute nue, on m'a pas crue...

 Lola SPONGE

DESERTS

Mais je te parle de la ruine des déserts
Que mon coeur a voulu combler
Comme si de chaque errance personnelle
Jaillissait un torrent
De laves rouges et chaudes
Comme le sang
Quand il coule
En Espagne
Jusqu'au violet du soir
Trempé des grenats de ta journée
Et qui s'épuise
Dans l'ombre
Comme un homme
En silence
Se recroqueville
Sous ses cartons
Et meurt
Toutes ses nuits
Dans un désert
D'ignorance
Fugitive offense
Pour un monde
Qui court
Tous les jours
Repousser
Les limites de sa misère Envahissante
Et tenace comme un cancer
Guettant la défaillance
Ce faux-pas de la fatigue
Qui le ferait tomber
Dans l'arène
Et courber l'échiné
Docile comme un taureau touché
Défie
L'homme
Qui va l'achever
Dans un désert de stupéfaction
 Et de même que l'ombre est une réponse à la lumière
Tandis que l'homme s'avance et parachève l'œuvre incertaine
La terre diffuse son carmin d'éternité Dans un désert de pourparlers

 Annie SOULIER

ENFANTS DU VILLAGE
 
Qui sont ces enfants bardés de haillons ?
Le roi Salomon les recouvrira-t-il un jour de ses
franges dorées?
Sont-ils simplement réfractaires

à l'or au riz et au building
Les voilà toujours nus le ventre rebondi
Le regard allouvi et l'on dit :
Mon pays et riche de moissons riche de maisons
riche de fraternité


Et les Riches ricanent à fendre la gueule
Ils se dandinent
Le ventre replet le cou adipeux le front fleuri
Ils amassent des gerbes de sommeil

et leurs yeux étincellent de clarté
Leurs rejetons s'abreuvent de lumière
Ils seront "civilisés"
Jamais la ride de la pauvreté ne pliera leurs paupières

Enfants du village vêtus de misère
Vos dents déjà minés par des fourmis de soucis
Seront comptées et les portes du Savoir vous seront fermées
Enfants du village vêtus de misère

Réveillez-vous! La caravane de la Havane passe
 
Barthélémy KOTCHI in L'Olifant Noir

et pour en finir avec l'instant qui me précède
j'émiette ma personnalité au bord du fleuve
où le moment présent
n'est pas assez instantané
pas assez puissant
pour être vrai
réel
palpable
à moins que ce ne soit moi ombre irréelle au bord du fleuve
rose perdant ses pétales...
sans consistance aucune
juste le fleuve qui coule, imperturbable.
 
Alexandra Duflot.

Je souffre d'aviser
si mal, les gens
que j'aime bien
sur ce pavé brutal
où tu n'as rien
pour rien. Où tes
poignées de pudeur
et puis tes sacs
d'amour se cognent
à la peur de tes
bouffées de jour.

Dodie Gréau

Quand la tristesse implose
je bondis à nouveau parmi les excès de la journée jeune
et je me coule dans les golfes du ciel
Tu as le visage de l'été dont la pierraille a disparu
Si la grêle crépite c'est pour se transformer en lacs
où frémissent tes rires
Les rochers saillissent
la violence des parcs célestes déchaîne ton extase

Jean-Luc SIGAUX
in "Les Berges d'Orage" Ed. Saint-Germain-des-Prés

Clochards, mes frères...
 
Clochards,
mes frères, Fêtards
Sévères

Buvons
Des "crèmes", Garçons ! Les mêmes
Boissons Qu'un père Sans fonds,
Ni terre, Ni bien, Ni rien,
Qu'un cœur, sans peur!
 
Ecrit par Jean Coryn, le 8 Floréal CCV
(27 avril 1997) à Paris.

J'ai un petit la
Je suis un homme consciencieux
Débordant de bonnes manières
Je ne suis pourtant pas sérieux
La preuve, j'ai un p'tit la!
Si je vous croise un peu trop chargés
Homme ou femme je vous ouvre la porte
N'hésitant pas à me surcharger
Tant pis pour moi, j'ai un p'tit la!
Je ne me prends pas musicien
Selon les autres, je reste trop modeste
Mais pour moi, tout cela ne vaut rien
(parlé) Surtout cette chanson-là
C'est normal, j'ai un p'tit la!
Dans la vie, je n'rends que des services
N'attendant en retour qu'un sourire
Je me le dis le temps d'un soupir
Je suis fou! J'ai un p'tit la!
Si vous m'voyez au détour d'un chemin
N'hésitez pas à m'demander ma main
Pour vous servir, je frai n'importe quoi
Je vous donnerai même un p'tit la!
 
Aurélia Robert

Inexorable, le temps fuit,
Follement courant nous emporte,
Emporte avec lui notre vie,
Feuilles mortes à notre porte...
 
Feuilles mortes à notre porte,
Doux tapis de nos souvenirs
Que le vent du futur emporte.
L'amour ne devrait pas mourir
 
L'amour ne devrait pas partir
Mais toujours nous envelopper
De sa douceur, de ses plaisirs
Et de tendresse nous bercer...
 
Inexorable, le temps fuit,
Follement courant nous emporte,
Emporte avec lui notre vie,
Feuilles mortes à notre porte...
 
Jocelyne Lefort

Ridicules

Chercheur de pacotille, dans mon trou sous les  ponts,
j'ai creusé des galeries. Ces précieuses pierres,
de temps en temps, j'en offre aux délicieuses
aux muses rencontrées au hasard lutinant de ma courte existence.
Je vis au gré de l'encre sur leurs fesses blanchies.
Mon diamant est coupant, l'émeraude brû¬lante et le jade de braise.
Les lunes se trémoussent et mes yeux sont au ciel
quand le bijou qui pousse offre son étincelle
à la lèvre baisée par mon rubis d'argent.

Le rouge de mon sang se mélange à sa plaie, purulent trou amer.
Que n'ai-je offert joyau depuis leurs abandons,
sacrifié toute gemme aux passantes perdues !
L'aiguille de la mer se tasse en vase dose entre les pacotilles.

Mon envie qu'elle soit grasse, elle en devien¬drait si vile...
La lumière du saphir, comme un prince trou¬blant,
souffle dans une autre langue pour mon dernier soupir
sa volonté de pierre. Le couteau dans la fente enfantait
les couperets - milliards d'années pour un cristal fragile.

Le quartz est symétrie, tes lunes pyramides,
l'or enfin jouvence, l'argent de ton élan,
les lenteurs latentes et les rubis aux ongles.
L'or toujours... Toujours l'or ! Malléable à tes souhaits,
l'oraison funéraire est dédiée à ta folle caverne,
aux pierres carbonisées, aux sels devenus Christ,
mes ongles gorgés de sang à force de creuser
au profond innommable de tes gouffres si sombres.

T. bice Queer in « Les Chancre "M"as-tu vu »

Frelon
 
A jeun, un jeune
Freluquet quête,
Manque de fric,
Chante des fredaine
Pour quelque francs
 
Envieux, un vieux
Frelon velu,
En quête d'un fruit,
Danse frénétique
Cherche une fraise.
 
Jeune homme frêle
Qui perd son froc
Chute épique.
Guêpe friande
Frétillante,
Danse et pique.
 
Frange de vie
Chantre fragile
Petite frousse
Danseur frivole
Chanteur fredonne
Frelon bourdonne
 
Stéphane Hardy

NOX

Quand la Nuit  
A l'assaut du ciel
S'unît au Jour puis le dévore
L'imagination
 Etend sa trame infinie
Sur la ville

(le 19 août 1994) Jacques Lucchesi
 
PAYSAGE MARIN

Verte plage de gazon
Dans l'air vif ( Sel et soleil)
Les cerfs-volants vrombissants
Affolent les chiens.

Jacques Lucchesi

LE COQUELICOT

Onde mystérieuse,
Blonde et fière,
La lumière.
Douce fleur,
Rouge pétale,
Réveille mon âme.
Bouge flamme,
Attise mon coeur.
Douce chaleur
Instant de bonheur
Rouge baiser
Rayon d'or
Tu m'as touché
Je m'endors.

Jacques Lucchesi

Pas de nouvelles de toi
Bizarre, je ne comprends pas
Pas fier dans la pénombre
Hagard, je ne bouge pas

Pas brillant, noir, sombre
Cauchemar, je ne rêve pas
Pas de pluie dessus le toit
Un brouillard, je ne pleure pas

Pas le moral, un trop plein
En pétard, je ne bronche pas
Pas la moindre lueur
D'espoir, je n'en vois pas

Pas même celle du coeur
Ringard, je rigole pas
Pas grand chose, petit rien
Cafard, je ne t'aime pas.

Stéphane Hardy

Levant

Ciel bas et orageux
D'automne
Au moment même où j'éjacule
Dans ma chambre
Le soleil filtre par les Persiennes
Ce serait le bonheur si...

Jacques Lucchesi

Sur les touches du piano
courent les doigts véloces
fenêtre ouverte
tabouret sans barreaux
barre sur la poitrine
comme ils étaient beaux
les doigts
touchés par la grâce
de l'accord stipendié à
l'écoute est une rose
heur suspendu
 
Pe clapele pianului
aleargà degete sprintene
fereastrà deschisâ
scaun fârà stinghii
o barâ pe piept
cât erau de frumoase
degetele
dàruite eu harul
înçelegerii plârite
un trandafir
ascultà
timp suspendat

Céline Varenne
in Tireur de Langue Scoate-limbu
Editions Galaxia Bucarest 95

Les femmes sont la sagesse
des rivières et des mers
Les Hommes sont le jardin

Qui les nourrit
Leur amour est la flamme
Qui éclaire les ténèbres
 
Jean * Saramaïa in "Parcours d'Amour"

A chaque fois dans cet endroit
je me retrouve doublé
d'une perversion littéraire
il y a une magie quelconque

ici surtout à cette époque
de printemps prétendument
comme les temps se succèdent
sans se ressembler
et renferment une logique implacable
 
tes jumelles de théâtre sont nées
après le tourment de mon âme
de vous quitter trop tôt
ou de ne savoir plus

ce qui dans l'immédiat prévaut
tout en sachant ce que de la futilité
l'on sait d'un nuage qui passe
et se déforme éventé à mesure

qu'il s'épure définissant aussi
des possibles à l'infini
 
Denis Lavant in Dieu n'a ni Père ni Mère
Il est par oui dire Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

Mon amour, qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?
Le temps ici est las comme un temps gris.
Tout s'écoule. Le temps ne compte pas.
Mon amour, qu'est-ce que tu dis aujourd'hui ?
Regarde l'eau.

Peut-être est-ce là-bas chez toi, comme ici ?
Mon amour, que penses-tu aujourd'hui ?
Que fais-tu dans le moment ?
Comment l'occupes-tu ?
Tout au long, l'eau s'écoule.
Le temps s'est arrêté

Je pense tout à toi.
Mon amour, le ciel est las comme un temps gris,
Ici, mais toi là-bas.
Toi mon amour, dis-moi ce que tu fais.

Ponts de la Seine Samedi 3 octobre 1992, 15h.
A Karin Thierry DAUCE in "à soif d'eau de vie et d'amour
Editions de l'Echiquier

j'ai toujours aimé
les mains de dune qui collent
aux fausses chaumières
de l'horizon
cette panoplie
de regards
éteints

comme une gigue dense
les revolvers revendiquent
c'est cynique leur patrimoine
le siècle vingtième fut très bref
mais plein de péripéties

mais plein de péripéties
 
Dominique NOURRY in "Fatraseries d'Avril"
Poèmes en Gros éd.

CHIEKO
 
Héron pêcheur de sable
Jardin de soie
Un roseau bleu s'échappe du marais
Sur les érables les grands portefaix

Orfraies casquées figures de notables
Prêtes au jeu de go
Jardin de soie
Huppes vanneaux
plumes en girandole

Où la lumière ondoie.
Un amour vole
Pour toi ma sœur d'Orient Chieko ?
 
Jean-Yves LENOIR in "les Petits Riens"
Collection Flammes Vives

LA MOUCHE
 
Dans le silence, médiateur du soir,
Une mouche, ultime et tournoyante
Brisera ma solitude.
J'attendrai...
Chassant l'importune
Sur le seuil, ta confuse silhouette apparaîtra
Dans un halo de brume.
 
Ton parfum se mêlera aux effluves du jardin
Où les corolles se refermeront sur ton corps nu,
T'absorbant dans la nuit
Alors, de nouveau solitaire,
Je hélerai la mouche,
En vain
 
Michel PRAEGER

Un vol d'hirondelles déchire le songe —
cette grande clarté exsangue
qui s'installe comme un présage
dans les villages que seul le vent visite
 
Anne ROTSCHILD in "l'Eau du Marbre" Le Cormier éd.
 
Nous nous rencontrerons as-tu dit
pas dans le pays
le poids frêle d'un appel
sur les paupières
se fait toujours plus pressant
plus l'éclair est de lumière
plus il attise les ombres

Décor

 
De la pâte à modeler
en matière de couleur grise
pour des mains à fricotter
un vent de forte brise
avec du solide à décor
en plante du dehors
dans les yeux à profusion
une pluie d'impression
comme du plastique en palissade
une peau palissonnée
ou du bois à brûler
une piste qui fait baver
devant des bouches à se douter
une eau pas claire
en plus des graines à germer
en souches de chairs
donnant des feuilles à gratter
un retour au ciel
avec des syllabes à conjuguer
un jeu du passé
pour des rêves à se procurer
un fantôme calciné

Fred TROUVE in Carnet de poèmes

La créativité peut difficilement se satisfaire des hiérarchies qui la rejettent
et inversement les hiérarchies favorisent le conformisme et non la création.
 
Henri LABORIT  in « La Nouvelle Grille »

Poèmes en gros et demi gros deuxième

Poèmes en gros et demi gros... deuxième

LE RENARD

Dans un vieux port tout délabré
Je chante l'histoire d'un renard
Un grand ami de l'amitié
Qui voulait simplement rêver
Il venait pour se promener
Entre les caisses et les allées
Il s'asseyait puis regardait
Tout les bateaux vers l'étranger
Jamais personne ne l'a vu
Mais tout le monde l'a connu
Car bientôt depuis dix années
On ne l'a plus jamais revu
Moi-même j'ai cherché tout partout
Avant de pouvoir le trouver
Je l'ai trouver décapité
Car personne n'avait pu l'aider
Mon pauvre renard était mort
Tout l'monde le sait tout l'monde a tort
Il a fallu que je l'enterre
Et j'en ai voulu à la mort
Mais depuis bientôt dix années
Tout le monde chante en amitié
L'histoire du renard qui renaît
Au besoin de l'humanité
Dans un vieux port tout délabré
J'aurai aimer pour voir chanter
Aux grands amis de l'amitié
Un renard qui voulait rêver
Un renard que j'avais aimé

Nicolas Béchereau in Grain de Sable
Saint Germain des Prés éd.

Le hamac

Palimpseste des corps humides
De la piscine receveuse des désirs des brides
Espaces vivants où s'harmonisent les éléments
Déments insufflant bleu ciel dans le flan
Montagne déchiquetée carapace difficile
Pour l'accès de l'ascenseur transcendantal
Emmental aux trous troglodytiques
Où vivent les caciques tuniques
Protectrices des mirages des enfants rigides
Souffleur de verre néophyte
Ton travail dur fait couler ta sueur hommage
Perles laborieuses sur ton corps graphite
Tes muscles se forment à la dureté
De l'appréhension du savoir carrelage
Bicolore que tes pieds useront
T'indiquant la bulle de verre formée
A laquelle tu pourras par ton souffle juvénile
Et encore pur donner sa finalité gracile
Pétale de rose se posant sur le bûcheron
Coupeur des arbres plates-formes
De la montée en puissance du labeur
Qui te fera maître de ton souffle valeur

Thierry Thomas

SANS AMOUR

Encensées les erreurs
De jeunesse, les vautours
Les longues soirées d’hiver
à lever l’étendard
Lassé de contempler
Des prêtresses, des atours
Se tailler dans la bure
Une robe de soie
S’en parer pour un soir
Se pare contre tous
Et quand fatiguée de
Leur bassesse sans détour
L’hiver a ses envies
Leurs fragiles humeurs
Pour mieux les posséder
L’espace d’un chagrin
S’en repaître et mourir
Sans ivresse, sans amour

Yaël Pellé

L' ETE PLUS TOT

LE TEMPS UNE TASSE DE THE

DANS LE GANT

DU LAPIN BLANC

L'ENFANCE EST TOMBEE

LE MES VEUX

COMME UN LOUP BLANC

L'ENFANCE EST TOMBEE DU LIT

DE L'ETERNITE

JE SAIS LA MORT DE MES DOIGTS

AU BORD D'UN DRAP

ET LE GIVRE SI LOURD

DE MES CILS

AU BORD

DE L'ENNUI

Dominique Nourry

Milord et caravane

 

Milord et Caravane violentent les mirettes,

alléchants dans la tempête.Ils bouclent la nacelle.

Ils annônent, marmot, marmotte, racolent pleurs et cerisier

Ils ornent un temple et le peuplier.

Ils virevoltent, beaux et bordéliques, balbutient.

Ils couinent dans le fouillis, vaguement vacillent, sirène et fourbi.

Ils flânent folichons, dans la broussaille et le charbon, polissons.

lls dévorent les flots, à la loupiotte, pâlots,

ils fument la causette, rupestres et éperdus.

Ils s'éveillent, rupins et champêtres.

Milord et Caravane bricolent un violoncelle.

Milord et Caravane se coltinent

les îles, immenses, indolents, repus et charmants.

Ils se fardent poussins, dare dare au matin, se courtisent à midi, ravis.

Ils grapillent, à gogo, se gorgent de soie et de vanille.

Ils s'esclaffent dans le mimosa, étourdis.

Ils grondent la rosée, grimacent en frou frou.

Les loups en crinoline, se palpent, devinent dans la bruine.

Ils imitent le peuplier, humant en tutu.

A l'affût des petits bruits, une houle de Chine,

les oursins écument la camomille.

 

Lola Sponge

 

Vague à l'âme

J'ai comme un vague à l âme
Blotti au fond de moi
Qui brûle comme une flamme
Et qui  parle de moi
Il me montre l'inutile
D une tendresse  sans écho
Et ma vie qui défile
Dans un sombre halo
Les joies et les abimes
Que sont mes souvenirs
Qui fon figure de mime
Et s’enferment dans leur rimes
Une langueur m'attire
Et m'entraine sur sa voie
Je voudrais m' endormir
Parce que lasse d' être moi
Trop de peur et d'envies
Se basculent dans ma tête  
Ces rocher de la vie
M'écorchent de leurs arêtes
Désirs  inassouvis
D un cœur beaucoup trop grand
Je m'enfonce  dans ma nuit
Je remonterai, mais quand ?

Yaël Pellé

Ronde

Il suffit de se mordre la queue
Et de tourner, tourner,
Tel notre point de terre dans sa révolution,
Pour trouver une solution
Aux petites questions
Que suis-Je?
Suis-Je?
Oui;
Je suis rond
Et je tourne en rond,
Je grain de sable une seconde
Et puis stop! paradis pour tout le monde!
Paradis dune infinies peuplées de mica blond
Qu'un blond visage rond et couronné contemple,
Comme un pasteur devant son temple,
Un visage très rond, Point d'interrogation,
La question :
serai-Je?
Non,
Il suffit de se mordre la queue
Et de tourner, tourner,,,

Eric Péron

LE CIEL

Sur le monde
Le ciel gronde
Je le vois
Comme une proie
Désarmé
Il se fait
Dévorer
Et bouffer
Par les hommes
Bande de gnomes!
Sur le monde
Le ciel gronde.

Eric Pasquier

 

 

Arcueil Printemps 92

 

Mai

Devant moi il y a une route qui monte

C'est la route du Levant

Ca y est je suis chez moi et je n'ai plus honte

C'est l'adieu au froid au vent

 

Devant moi il y a une route de brune

C'est le chemin d'une femme

Clarinette grimpe en soleil et en lune

Le devenir se fait calme

 

Devant moi ça grimpe d'Arcueil à Cachan

Je suis chez moi et il pleut

La route étend son ventre au soleil couchant

Mois de quand je peux je veux

 

Devant moi vibre un dessin de mes vingt ans

A un ou deux détails près

Je crois bien que l'immeuble était différent

Pas de la brique du grès

 

Arcueil banlieue de mon ancêtre inventeur

Qui capsula les bouteilles

Je reviens aux sources du vieux géniteur

Comme la grive à la treille

 

Devant moi il y a une route qui monte

C'est le chemin d'une femme

Je suis chez moi et si les désirs m'inondent

Le devenir se fait calme

 

Vincent JARRY

 

NOËL

 

Noël approche alors que je suis seul et solitaire ;
Noël approche entre les gouttes de pluie,
 de sueur et de liquide lacrymal.
Le froid rapproche les gens qui se blottissent
les uns contre les autres dans les magasins de grande consommation.
 Les étoiles des sapins scintillent
et les petits Jésus des crèches siliconées en arrivent même à rire.
 Ils ne savent pas. Malheureusement. Noël approche
pour tous ceux qui refusent d'ouvrir les yeux sur la misère
d'une telle Commémoration. Messe de minuit.
Urbi et orbi. Certains voudraient y percevoir un bonheur,
 une communion. Et ils oublient, chaque année un peu plus,
 le malheur généralisé. Noël approche, et sans regret,
permettez-moi de cracher dessus et de crécher sur mon crachat.

T. bice Queer
in « Les Chancres "M'as-tu vu !" »

Le soleil

Le soleil brille pour tout le monde
Aussi facile ou la terre est ronde
La voie lactée, le système solaire
C’est système D c’est d’la p’tite bière
C est qui qu’a dit faites attention
Le paradis c’est que pour les bons
C est les loups qui s nourrissent de moutons
Qui pensent à nous comme d’la chair à canon
j’veux être serein. Pas m’prendre à ce jeu
Je sais que mon destin c’est d’être heureux
Mon cœur recèle instinctivement
Comme une crécelle des sentiments
Ceux qui utilisent dans l’égoïsme
Et tirent du bénéfice de l’optimisme
Ils brouillent les pistes de l amour
Et ils détruisent ceux qui sont pour
Avant l’homme il y avait le singe
Avant le singe le papillon
Avant. Avant le papillon, la chenille
Avant la chenille le hérisson
Avant le hérisson, le coton tige
Et bien avant il y a ait le soleil
Le soleil brille pour tout le monde
Aussi facile que la terre est ronde
Si t y crois pas laisse-la faire
Puis t’isole pas dans ta galère
Si tu en en as marre et que tu es tout seul.
Largue les amarres, fais plus la gueule
Les barbelés que tu as dans le cœur
Font qu’empêcher d’être l'acteur
D’un super film en technicolor
Où le soleil brille mieux que l or
Avant l’homme il y avait le singe
Avant le singe le papillon
Avant le papillon la chenille
Avant la chenille le hérisson
Avant le hérisson le coton-tige
Et bien avant il y avait le soleil

Pilote 96

L'OISEAU
 
L'oiseau a quitté le nid
Ce matin d'été rutilant et chaud
L'oiseau a tourné les ailes
Au douillet champ de lune
Puis il s'est envolé
Oisillon de bonheur, inconscient
De vent contraire en rencontres outrées
Que devient-il ?
Loin de ses congénères
Des becquées de sa mère au bec affilé
Où court il entre les nuages?
Masques d'amour et de tragédie
Où va l'enfant de plumes
Au bec peu affûté saisissant mal le ver
Ou l'insecte en plein vol
Pas rassuré le jeune fou
De Bassant ou d'ailleurs
D'ailleurs il ne sait pas
S'il est oiseau ou fleur
Il vole... vole ... et sans corolle
Parachute qui amortissait la chute
Alors ? L'oiseau sait...
Et nous n'en savons rien.

Michel Praeger

J'ai abandonné l'écriture d'un roman,
Longtemps contrasté...
Je donne dans la démesure
Ou j'écris... ou j'attends la prose
Depuis des mois je me reproche tant
De ne pas finir ce roman.
Qu'y puis-je ? Est-ce encore la fêlure
Que je rencontre quelquefois
Sur la fenêtre il y a la rose
Qui se flétrira avant moi !
Je regarde les pétales, attendri...
Comme les pages encore blanches
Sont longues à remplir aussi,
La fleur si haute sur la branche
Se demande où cela finit...
Page blanche, rose blanche
J'attends la muse endormie
Je voudrais tant écrire "Pervenche"
C'est le titre du livre choisi

Michel Praeger

 

 

 

Rencontre sage

 

Un enfant

Une plage

Un cheval sauvage

Ils échangent

Des vagues

Apprentissage

Pas du dressage

De l’amitié

Ils marchent

Et nagent

Un cheval

Et son cavalier

Bientôt

Sortiront de l’eau

 

Philippe Raillon in 53 inédits,

Agenda 96 Poèmes en Gros & 1/2 Gros éd.

 

Moitié étoile, moitié goutte d’eau

Deux ou trois elfes bien roulées

Déambulaient sur les galets

 

Quelques lutins les butinaient

Au beau milieu des feux follets

Je m’avançais dedans la brume

 

Qui m’estompait comme sous un voile

Un croissant de lune dansait là-haut

Moitié étoile moitié goutte d’eau

 

Philippe RAILLON

 

Brigitte Gouësse, histoires de machines

Rap des machines

Machine à coudre machine à trancher moudre
 découper, machine à mixer battre presser    
à laver, machine à sécher râper écrire imprimer;
machine à effiler trier comprimer,
 machine à vapeur à malheur et sans, cœur,
machine à sous à ripoux à voleurs,
machine  à voler pulvériser mâcher, machine à vomir
honnir à abattre, machine à écraser piler démolir,
machine à tuer le temps, la vie l'esprit,
machine à refroidir endormir végéter, machine à  bêtifier
 à lénifier anesthésier, machine à rigidifier annuler
 stériliser, machines argotiques éclectiques
anarchiques, machines de rêve, machines
à foutaises, machines de fadaises, machines-hérésie,
 machines-hystérie, machines à mensonge,
 machines à leurre, machines sans heure
en dérangement, machines mine de rien, machines pourtant...
Si tu veux bien ne pas te laisser bouffer par la grande machinerie,
 il est encore temps de réagir! Avec le rire, évidemment!
Alors courage et...en avant!

Brigou

Machines d'hier et d'aujourd'hui

Les machines d'hier ont la tendresse du passé
Les machines d'hier prennent le temps de contempler
Les machines d'aujourd'hui ont le regard dur et blasé
Les machines d'aujourd'hui compriment le temps d'un ton glacé
Les machines de demain font table rase du passé
 Les machines de demain risquent de nous faire trépasser
La machine d'hier a une culture à déclarer
La machine d'hier sème l'espoir et la liberté
La machine d'aujourd'hui censure et mouline l'expression
La machine d'aujourd'hui sème le doute et la confusion
La machine de demain ne connaît plus le mot culture
La machine de demain est synonyme de dictature
Ma machine d'hier coule dans mes rêves d'aujourd'hui
Un parfum d'éternel alimente mes jours et mes nuits
Ma machine d'aujourd 'hui est un délicieux métissage
Sans œillère et sans bruit remuant le temps dans les voilages
Ma machine de demain a le sang révolutionnaire
Elle résiste et combat dans l'urgence de changer d'air
Et ta machine à toi si tu n 'y mets pas de barrière
 Un jour s'effondrera sans pouvoir faire machine arrière
 Votre machine à vous a encore des droits à défendre
Il y en a tellement au 'on essaye de nous reprendre
Notre machine à tous doit se battre pour le label
Du fanion Liberté qui vogue mi Loukoum mi Rebelle
Notre machine à tous doit se battre pour le label
Du fanion Liberté qui vogue en Loukoum et Rebelle

Brigou

TANGO DES MACHINES A COUDRE

Machine avait une machine
Qu'était prise dans l'machin
De sa machine à coudre
Machine faisait une trombine
En voyant ce machin
Qui se laissait pas coudre
Machine avait une sainte horreur
De tout ce sale progrès
Qui se mettait en grève
Machine avait des hauts-le-cœur
Devant ce bout d'machin
Qu'elle aurait pu coudre à la main
Voilà qu'arrive enfin Machin
L'heureux propriétaire
De la machine à coudre
C'est un ultime spécialiste
De toutes les machines
Même s'il ne sait pas coudre
Il démonte et remonte l'engin
Et il libère le machin
Qu'était pris en otage
Machine retrouve le sourire
Le machin est cousu
Son temps n'est pas perdu
Alors bras dessus bras dessous
Machine et Machin
Vont faire un tour en Chine
C'est un petit restaurant
Qui respire le Printemps
A l'abri des machines
Ils dégustent des machins
Machinés dans l'Nuoc Mam
En buvant du Champagne
Car il fallait bien fêter
 Sur tout ce temps gagné
Leur amour retrouvé
Car il fallait bien fêter
Sur tout ce temps gagné
Leur amour retrouvé!

Brigou

 

Poèmes en gros demi gros et détails, la revue Rue des poètes

"Passé muscade"

La barque - promenade
Les vents en embuscade.
Un dernier camarade,
Pour l'ultime rasade
Vingt ans ! Passez muscade !

J'ai consacré ce temps,
Le temps de mes vingt ans.
Et c'était important... 
un tout petit arpent.

A Jacques PREVERT 3/2/1996
20 ans après.Jean-Pierre Girard

 

APPELLE le Zénith et envenime de ton enveloppe le sel de la terre
REJOINS l'ascension des bulles au-dessus des marais sevrés de catharsis
EXPRIME l'orage d'effroi et l'association des plaintes et des soliloques.

Eric Dubois

Riche

ce mois de juin
en milliers
de mises à l'examen
il n'y a pas de coupables
Oh non

C'est là pourtant
que tes parents
se font te plus de soucis

Si c'était
des mises en examen
nom de nom
les notes pleuvraient
Bien
Très bien
Excellent

ou
mauvais
Sale temps pour les coupables

Là il n'y a pas que
les parents à se faire des soucis
mais aussi tous les amis
et même parfois les ennemis
(Sait-on jamais des fois que
son tour viendrait) Eh oui

Quels que soient les examens chacun a ses épreuves

Inutile de copier sur le voisin

Jean-Baptiste Tiémélé 24 iuin 1997

Fiançailles en fleurs

Dans un bistrot d'Richard-Lenoir
Il y eu des fiançailles de coeur
Au triangl' de ta veste noire
Là où bat ton joli p'tit coeur
Le bistrotier pas gris mais noir
Me fit mettre deux jolies fleurs
Deux rein' margots en ostensoir
Les fleurs la femm' sont en odeur

L'odeur la tienne est en mémoire
Et puis de mon chapeau d'rôdeur
On fit un joli suspensoir
Deux myosotis pour nos p'tits coeurs
Et on s'est maté dans l'miroir
On a souri d'vant ces noceurs
Les yeux en tendresse d'espoir
Le pas de nouveau vadrouilleur
C'est dans ç'bistrotd'Richard-Lenoir 
Qu'eur' lieu nos fiançailles de fleurs

Vincent Jarry 30-6-97

PATRIE RETROUVEE

C'était après la cuillerée
de confiture de raisin
et le verre d'eau fraîche
qui nous avaient accueillis sous la treille.
C'était avant le brin de basilic
de l'adieu, sur le port d'Alonissos.
C'était dans les ruelles aveuglantes
qui grimpent comme des échelles
de chapelle en église.
C'était sur le petit bateau
qui contournait l'île déserte
où vivent les chèvres sauvages.
C'était à « l'ouzerie »
du port enguirlandée
de poulpes séchant au soleil
C'était sur le mur effondré
écrit à la peinture verte :
« Tu vends tes racines
et tu deviens esclave».
C'était dans les Sporades
au fil de l'amitié,
les narines surexcitées
par l'iode des calanques,
c'était le piment des collines
comme une odeur de patrie retrouvée.

Armand Monjo in Mère Lumière Rougerie éd.

Tu es de foudre et de nuit brusque
Quand tu parles les torrents
giflent tes jambes et tes joues
puis tu t'évanouis dans la buée verte
et m'induis aux tendresses
Les crépuscules tournoient
avec les spasmes

J'avais oublié que tu es morte
Le redoublement des traits
de la grêle noircissent
tes épaules tes paupières
où viendra veiller un regard
plus noble que la lame
qui t'endormit

Jean-Luc Sigaux

MAUVAIS DÉLIRE

L'eau sèche mon rêve heureux la nuit d'hiver

Où les nids de coton flottent superbement

Oui, je vois bigarrée de vin rouge et de sang

Hérissée l'herbe, sûre et fiévreuse la mer.

J'ouïs les emjambées furieuses du feu sur l'eau

Et le chant grouillant pourtant labile du Temps

Et cette voix ensorcelée m'admonestant !

ô, chaos Volapuk !! Manèges infernaux !!!

— la mort donne un sens à la vie

Eric Pasquier

Aujourd'hui, je suis sorti de l'Asile,
et ce sont mes premiers instants de liberté.
On m'indique un autre Autel
que celui où je me suis immolé moi-même à la grégarité,
où je me suis laissé arracher mon orthogéniste,
mais c'est le même que celui où j'ai interverti,
jadis, l'aride et le désolé, confondu
l'effort de consumationet la cadavérisation frénétique !
Je prends, sans perdre une étincelle de feu
ou un globule, le train des rabroués

pour me rendre à ce tardif rendez-vous avec la berlue,
et les brûlures de la berlue,
aux retrouvailles du chaos et de la démesure,
accompagné par des amis syndicalistes
qui savent mieux que moi combien de nuits
je me suis débattu dans les nuages de la latitude,
combien de combats de matamore j'ai livrés
pour un jusqu'au boutisme
inverse des expectatives de la cécité !

Armand Olivennes in Politique de l'Autruche Editions de Rewidige

 

 

À L’ATTAQUE !

 

L’obésité nous gagne,en flottant dans l'arène
J’ai vu les serpents chauves danser la carmagnole

A la figure vitrue du ventre des hamsters
Sur l' espagnole, sus
!
à vent
d'elle!

 

Oublions dans les cours nos péchés multiformes
Il n’y a pas d’œil bleu pour nous faire regretter
D’être passé
par l’escabeau du demi-moyen
En (flottant dans 'l abysse, la citronnée
L’abysse

 

Je sens tournoyer comme des pots de chambre
Avec une fumée de pétard mitraillette
Tous les enrhumés du monde ont la gorge violette
À moins que
moins que ce ne soit bleue et verte

Enfin je ne sais pas faire des calculs savants
Je n’suis pas né Putain avec trente enfants blancs

 

Pourri dans l’eau des morts givrante à la Surface
Écoutez le chant de la Mandragore

Des lignes de ferraille géométrisent le ciel
Des boules de
coton, PLOP ! PLOP !
Je fais le singe avec ma bouche
Je n'ai pourtant pas bu de lézard
Je n'ai pourtant rien bu, mais je coule !

 

Alexandre Georgandias

 

Ces divers texte sont tirés de la revue 14/15 de juillet/août de la revue Rue des Poètes de l'association poétique Poèmes en gros, demi gros et détail de Vincent Jarry et divers poètes associés

Quelques suggestions pour un repas de Noël sur une Musique de Mozart

 

Mozart était aussi un bon vivant

En ces temps de fin d'année et de fêtes... une petite publicité pour ma nièce Mathilde

 

["Mathilde Quinchez"]

 
 

 

 

 

 

 

 

J'ai le plaisir de vous communiquer la liste de mes expositions pour cette fin d'année.

Vous pourrez me rencontrer et retrouver mes bijoux

à ces dates,dans ces différentes villes.

 

 

 

Ob'Art

 

18, 19 et 20 novembre
75004 - PARIS - Espace des Blancs Manteaux
48, rue vieille du Temple
Vendredi de 15h à 20h

Samedi de 10h à 20h

Dimanche de 10h à 19h

Entrée libre

 

 

 

Carrousel des Métiers d'Art

 

1er au 4 décembre
75001 - PARIS - Carrousel du Louvre

99, rue de Rivoli

Jeudi de 14h à 18h (sur invitation)

Vendredi et samedi de 10h à 20h

Dimanche de 10h à 18h

Entrée libre

 

 

 

Les Arts du Feu

 

8, 9, 10 et 11 décembre
35 - RENNES

Place de la Mairie

Tous les jours de 10h à 19h

Entrée libre

 

 

 

 

Les Echappées Belles

 

16, 17 et 18 décembre
44 - NANTES - La Rosière

35, rue de la Rosière d'Artois

Vendredi de 14h à 19h

Samedi de 10h à 19h

Dimanche de 10h à 18h

Entrée libre

 

 

 

Je vous rappelle que vous pouvez découvrir mes bijoux sur mon site internet.
Sachez aussi que je peux envoyer les bijoux par la poste. Frais de port offerts en France.

 

 

 

www.mathildequinchez.fr

 
 

 

 

 

 
 

Envoyé par

SendinBlue

 

 
 

 

© 2015 Mathilde Quinchez

www.mathildequinchez.fr  / mathildequinchez@yahoo.fr

44300 - Nantes

 

 
 
 
 

Bob Dylan Prix Nobel de Littérature 2016

Bob Dylan Prix Nobel de Littérature 2016

Non! Ce n'est pas une blague ! C'est une info entendue sur ma radio France-Inter à 13h, il est nobélisé pour avoir inventé des formes d'expressions nouvelles dans la poésie américaine... N.B. si vous croyez à un canular vous pouvez toujours vérifier sur internet, j'aimerais aussi que les hommes politiques américains regarde mieux leurs passés récents et m^mes plus anciens et entre autres la période des années 70, celle qui existait avant ces fous de l'école de Chicago qui ont tué plus d'économies réelles, nécessaires et fragiles que des tueurs en série... Ces fou là , Ils n'ont pas vraiment créé un monde meilleur... Merci encore monsieur Nobel pour mes chères années 70 où je croyais dans un monde meilleur, avec Bob Dylan, Joan Baez, Janie Joplins, Léonard Cohen chanteur populaire canadien qui pouvait aussi postuler pour ce prix mais qui ne l'a pas eu... Le canada reste un petit pays par rapport aux USA... Dylan et toutes les grandes voix de ces années qui pour moi, même si  cette époque était dure, elle était beaucoup plus responsable, plus humaine car pleine d'espoir dans un humanisme bien compris... Ce monde d'avant Thatcher et Reagan et tous ces fous irresponsables, ceux-là qui ont créé ce monde où l'argent est devenu la seule référence... La poésie vaincra, sans violence les puissants, dans un monde qui est devenu sans attraits

Renaud... Chanteur trop fragile, il est encore bien vivant

Renaud revient en chanteur fragile, comme un vrai poète

Renaud le chanteur chiant avec une morale bobo-branché,  il est enfin redevenu le chanteur-poète fragile de ses débuts, il n'est certes plus question dans ce clip de bandes de copains et de mobylettes, mais de rendre hommages à des gens qui nous éclairent la vie, de ceux qui usent des mots et qui rendent ce monde plus beau... Pour les noms, regardez donc les photos du clip... J'aimais Renaud dans les années 1970-1980, Puis il est passé par une période bobo-chiant avec des idées mal construites, en effet qui soucie des amours de sa fille ? Oui! Là je trouve que ses chansons, elles étaient plutôt cruelles pour lui-même, Un voyeur avec un regard impudique par rapport à sa fille... Il y avait aussi les histoires de madame Ingrid Bettancourt une otage avec une valeur d'échange qui ne risquait rien d'autre que de voir ses amis ne pas payer, une otage aux mains des Guerrilleros FARC... Une dame qui n'était jamais qu'une grande bourgeoise prise en otage... Dans ce clip on ressent à nouveau le Chanteur-poète fragile, sa voix hésitante en est la preuve

Renaud Séchant on t'aime mais n'oublie pas tous ceux-là qui t'aiment

Hommage à Rutebeuf

Hommage à Rutebeuf

Petit vague à l'âme et un grand vague au cœur
Où sont- ils donc passé tous ceux-là d'autrefois
Ceux que j'aimais et avec qui je causais de tout
Je songe souvent à ce beau  poème de Rutebeuf

Celui ci qui parle de ses toutes ses  amour mortes
je sais pareil avec des amours qui s'en sont allées
Tandis que je continuais de vivre encore et d'écrire
Oui mes amours sont mortes aux temps qui passent

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu
Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Rutebeuf (1230-1285)

M le maudit

M le maudit

 

M le maudit

M le maudit, il vit maintenant tout seul  dans la rue
Il a été abandonnée par sa femme qui a repris sa liberté
Elle ne supportait plus sa grande gueule d'artiste maudit
 
Pourtant celle-là qui l'admirait encore et toujours,  elle l'aimait
Elle est passée d'un soutien inébranlable, à un rejet brutal
Oui elle avait un doute profond sur l'incroyable M le maudit

M le maudit est un artiste, cela je le pense, sans aucun doute
Mais je vous le dis,  il ne s'intéresse peu aux autres que lui-même
Il vit maintenant dans l'ailleurs, chez une amie bienveillante
 
M le maudit joue de son charme irrésistible d'artiste maudit
Je sais des jours où je fréquentais monsieur M le maudit
Il était confortablement installé chez son ex compagne

Et il produisait des œuvres à la chaine, comme un ouvrier à l'usine
Je l'aimais bien lui est sa femme, c'était un couple de mes amis
Mais qu'est ce qu'il était prétentieux, comme artiste producteur
 
J'ai aussi  bien connu divers artiste, à grosses têtes et à gros egos
C'est quasi normal chez eux, de la ramener et de se croire l'unique
Je sais seulement que sous sa carapace blindée de M le maudit
 
Il y avait la fragilité d'un homme qui avait déjà vécu dans la rue
Pitié ou pas de pitié, parfois je songe à lui, qui nous demande beaucoup
Une fragilité d'homme qui n'a qu'une chose qui lui plait l'esbroufe
 
Je sais des jour où il m'agaçait, je sais aussi des jours paisibles
Chez son ex-compagne, dont il a eu aussi un enfant né de leur couple
M le maudit est un homme qui manque de la confiance partagée

Et j'écris ce poème pour lui et j'ignore pourquoi il doute des autres
Dans le ciel des artistes, il ya des étoiles, là-haut dans le ciel de l'art
Mais quelques-unes tombent du haut de l'estime, celles qu'ont  les autres
 
Je sais une manière de tomber des cieux, celui de l'art et de l'amour
M le maudit, ne vous inquiétez pas, il aura toujours la tête hors de l'eau
Il a appris à nager très jeune, il connait l'oracle des boulons et des vis
 
Il sait comment on bidouille, on trafique, on manœuvre et on survit
Malgré toutes ses magouilles... Oui!  Moi, je l'aime bien, M le Maudit
Sa liberté commence là, où tous les autres ne sont que des gêneurs

Paris le 4 septembre 2016

La poule aux oeufs d'or... Fable de Jean de La Fontaine

 

La Poule aux œufs d'or

L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,

Pondait tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable

A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches :

Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?

Jean de La Fontaine... Les Fables