Chapitre 21 Les deux font l’affaire (écrit en 1988)

Chapitre 21 Les deux font l’affaire (écrit en 1988)

Situation/ Jacques et Maryse travaillent à radio radium 88, la radio la plus active, celle qui rayonne dur. Jacques est disque jockey de radio radium 88 et Maryse fait de la publicité

– Maryse, le bon son de radio radium 88, vous le retrouverez grâce à la platine laser Davidson 1200, la platine fidèle jusqu’à la mort. Branchez-vous sur le son du futur !

– (voix venant du studio !) Bon maintenant, c’est à toi jacquot !

– Jacques, après cette page de pub, nous allons écouter une dernière plage du disque des Rock-Infer, le morceau s’appelle « More-Times-Against » et c’est une exclusivité de radio radium 88, la plus hard des radios actives (bruits du genre hard rock !)

– (Jacques, micro débranché !) Ouf ! Que c’est idiot comme slogan, il y a bien eu azote quatorze, mais de là à parler de radium 88. Quel le drôle d’idée ? On dirait une idée de branché punk !

– Maryse, alors comme ça tu ne crois pas aux bienfaits d’une publicité bien balancée ! Jusqu’à maintenant, nous avions un bon indice d’écoute, donc des commanditaires, donc du fric

– Jacques, OK ! OK Maryse ! C’est qu’en écoutant cette merde, je me sens très vieux, nous vivons dans un milieu de plus en plus dur et je me sens dépassé. J’ai quarante ans et j’ai l’impression d’en avoir une bonne centaine, et je…

– (voix venant du studio !) Eh jacquot ! Il ne faut pas exagérer, car j’ai moi-même la cinquantaine bien tassée et si je te suis dans ton raisonnement, je suis un vieillard gâteux, toi tu es un baba qui n’a pu assumer la rupture des années 80. C’est le choc du futur que t’as pris en pleine gueule…

– Jacques, OK ! OK ! Laisse tomber ! T’as raison, je suis un vieux machin, mais de là à dire que Rock-Infer est le meilleur groupe des années soixante-dix, ça me fait gerber, le hard, le disco, le funk ne vaudront jamais les Beatles, Marley, Bob Dylan et même le Floyd…

– (voix venant du studio !), c’est fini pour vous maintenant, ça va être les infos de dix-huit heures. Saluts Jacques ! Saluts Maryse !

Jacques et Maryse sont maintenant dans la rue, ils sortent tous les deux des studios de radio radium 88

– Jacques, allez saluts Maryse !

– Maryse, pourquoi saluts ? Je te rappelle que tu m’avais promis d’aller à ce restaurant indien, tu parles souvent de ton époque, il paraîtrait de même que tu es allé jusqu’à Katmandou

– Jacques, qui t’a dit cela ? C’est faux le plus loin où je sois allé, c’est à Istanbul et encore j’y suis allé en charter. Pour ce qui concerne la bouffe indienne, c’est un resto près des halles, t’es mal renseignée ma jolie

– Maryse, bon ! Alors moi je t’invite ! Je connais un resto qui a un look d’enfer près des bains louches et j’aimerais bien me balader avec un machin palélolithique

– Jacques, paléolithique pas palélolithique, ça vient du grec et cela veut dire pierre du passé

– Maryse, doucement vieux, ce que tu peux faire vieux machin ! Depuis le temps que j’te connais, j’me dis : tu aurais dû faire prof ! Tu te serais mieux situé au niveau du vécu

– Jacques, je le sais bien, on me l’a déjà dit en 1970, j’ai bien essayé de faire instit, mais j’ai laissé tomber, trop mal payé, trop de sélection…

– Maryse, pauvre jacquot ! Tu es vraiment un spécimen rare, c’est vraiment bizarre la sélection naturelle est parfois capricieuse, en gros tues un loser qui aurait trouvé sa niche économique, je ne comprends pas. Pourquoi bosses-tu à radio radium ?

– Jacques, ma petite Maryse, comme tu n’es pas sans savoir que les débuts 1983, bref à l’origine de notre chère radio radium, c’est moi ! J’en suis et j’y étais en 1983. Au début des années 80 cette radio, s’appelait radio réalités, c’était une de ces radios conviviales et…

– Maryse, con quoi ! Conviviale ? !

– Jacques, non conviviale ! Espèce d’inculte ! C’était une autre vision du monde, bref si les modes passent, la radio est restée. J’ai ma tranche horaire et je peux parler de ce que je veux. Il n’y a qu’un truc qui me déplaît, c’est que je n’ai pas le choix des disques

– Maryse, si radio radium passait d’autres choses que des disques hard, ça la déstabiliserait en tant que radio hard…

– Jacques, hard ou soft, elle risque d’être un fossile dans deux ou trois ans, le convivial il n’y a que ça de vrai, no future, sex-pistol, punk, c’est caca boudin, l’avenir est à l’imagination et ne faire que du hard, si cela continue ça passera mal si l’on ne renouvelle  pas…

– Maryse, t’occupe coco ! Il y a le brain-management qui s’en occupe. Si j’en crois mes sources d’informations, il y aurait de la restructuration dans l’air, il y en a qui vont sauter

– Jacques, ne t’en fait pas pour moi, j’ai un contrat en béton pour dix ans avec cette chère radio, jusqu’en 1993 et là j’ai le temps de voir venir. Si je suis viré, c’est la galette

– Maryse, au fond, tu as raison, il vaut mieux être prévoyant. Sais-tu comment j’ai été embauché ? Je connais Bernard Lagardère personnellement et c’est grâce à lui que j’ai été pistonné

– Jacques, si moi je suis une espèce en voie de disparition tout comme les dinosaures, toi t’es comme la mauvaise herbe, tu prolifères même sur le béton, en y réfléchissant peut-être que l’avenir de l’homme est…

– Maryse, assez bavardé sur les grands sujets de philosophies, c’est bon pour des lycéens qui passent le bac nous y voilà, c’est ici ! C’est Hamburger’s-Queens et c’est mieux que n’importe quel Fast-food. On y retrouve des gens intéressants, des types qui savent se remuer, les hamburgers y sont mangeables et les frites sympas, c’est un endroit de gonzesses et on peut y parler sans être dérangé

– Jacques, bon, venons en au fait ! Pourquoi est-ce que tu m’as emmené ici ?

– Maryse, tu as tout ton temps coco ! Ne sois pas si speed, il y a le décor, il y a l’ambiance, je voudrais te parler, de toi, de moi, et de ce que nous pourrions faire ensemble. Tu vois le type là-bas ! C’est grâce à lui que je bosse à radium, à première vue il parait sympa, mais il connaît beaucoup de coups fourrés. Comme tu l’as certainement compris, Bernard Lagardère, je ne connais pas ! Et ce type-là-bas, il veut me laisser tomber. Bref je suis dans la prochaine charrette. Je crois que je te trouve beaucoup d’intérêts depuis que j’ai lu ton dossier à la station

– Jacques, et qu’est-ce qu’il dit mon dossier. Suis-je une bonne occase ?

– Maryse, oui ! T’es une première main ! Fidèle dans tes amours et tu me parais le plus stable de tous les mecs de la station grâce à ce fameux contrat que tu as signé en 1983

– Jacques, alors buvons à mes amours mais que puis-je pour toi ?

– Maryse, je ne sais pas, tu pourrais par exemple me dire ce que tu comptes faire ce soir ?

– Jacques, après cet affreux fast-food, je te propose d’aller nous balader

– Maryse, et où allons– nous ?

– Jacques, Didier Lockwood, tu connais ? J’ai justement deux places pour l’un de ses concerts, tu verras, c’est formidable, un double pied d’acier nickelé

– Maryse, je pense que pour toi le pied d’acier nickelé, ça vaut deux étoiles au guide mi-chemin et que le concert Lockwood, il vaut plus que le déplacement ? !

– Jacques, tu l’as dit, ma blonde !

– Maryse, d’abords je ne suis pas ta blonde et secundo je t’aime !

– Jacques, hé là ! Doucement qui te dit que je suis libre ? J’ai peut-être d’autres projets après concert !

– Maryse, pourquoi crois-tu que je t’ai invité, je te sais disponible et je t’aime, je hante le studio de radio radium depuis plus d’un an et je sais que tu as rompu avec cette rousse il y a une semaine alors qu’en dis-tu ?

– Jacques, je me dis que c’est difficile d’avoir une vie privée avec toi, je te vois au boulot et il faudrait maintenant que je te supporte au lit. Après tout je crois bien que j’aie aussi mon mot à dire. T’as beau jeu de jouer les femmes fatales, moi j’ai mes habitudes et c’est la première fois que je me fais draguer dans un fast-food, d’habitude, c’est moi qui attaque et en plus je déteste les fast-foods

– Maryse, raisons de plus pour changer, moi j’aime les néons, les punks, les groupes de hard rock, la rue, la violence

– Jacques, bref, tu aimes, tout ce que je n’aime pas !

– Maryse, non ! Il y a tout de même des choses que nous avons en commun, c’est de bosser à radio radium 88, la plus rayonnante des radios actives et cela me permet de mieux te cerner

– Jacques, pourquoi me dis-tu tout cela ?

– Maryse, bravo Jacques ! Tu viens de réussir tous les tests que je te faisais passer ! Je m’explique, je travaille à radio la rose, une chaîne qui va se créer et qui concerne une radio faite, conçue et réalisée par des femmes. Nous avons besoin d’un homme, d’un bonhomme pas trop phallocrate. Bref un type dans ton genre ! Ton style me plaît et je pense qu’il plaira à notre public !

– Jacques, et qu’est-ce qu’il a mon style ?

– Maryse, je t’ai pratiquement proposé de coucher avec moi et toi tu me parles d’aller au concert, je pense que tu ne perdras pas la tête au milieu d’un groupe de femmes

– Jacques, hé ! Qui sait ? !

– Maryse, ce n’est pas une radio féministe mais une radio de femmes, ce qui veut dire que les hommes peuvent y bosser après tout, Simone du bavoir avait un type nommé Jean-Paul tarte

– Jacques, c’est un point de vue, j’ai toujours cru que Simone du bavoir était la femme de Jean-Paul tarte et non l’inverse…

– Maryse, tu l’as dit bouffi, c’est une question de point de vue. Si tu ne nous intéressais pas depuis longtemps et moi aussi si je n’avais pas quelques atomes crochus avec toi, il y a longtemps que tu ne me verrais plus, il y a tout de même un point où je suis d’accord avec toi c’est que la bouffe de ce fast-food est dégueulasse mais la nourriture rapide quelle libération pour la femme

– Jacques, tiens à propos ! Que deviendrait mon contrat avec radio radium 88 ?

– Maryse, ne t’en fait pas jacquot ! Radio la rose et radio radium, c’est le même holding, nous disposons d’une trentaine de titres différents, radio rats, notre drame, la voix des césars, neurone un. En tout, une dizaine de radios rien que sur Paris et banlieue. Radio radium fait partie de notre holding. Je crois que la société gravats possède cinquante et un pour cent de radio radium 88 ! Tu vois, on peut s’arranger, mon chou !

– Jacques, et moi dans tout ça !? Je ne comprends pas pourquoi veux-tu à tout prix me débaucher de radium 88 ? Après tout je n’ai rien d’exceptionnel !

– Maryse, tu te sous-estimes mon cher ! Je crois savoir que tu es le plus apte à travailler à radio la rose, tu as une voix qui passe bien ! Bref ! En gros tu rassures et au milieu de toutes ces femmes, tu serais le modérateur masculin. Tu es le contraire d’un chaud lapin, nous voulons l’amant de toutes mais pas le petit ami de la starlette. En quelques mots, nous voulons l’homme qui dure

– Jacques, bon sang mais bien sûr ! Gérard de radieux, c’est lui qu’il vous faut, mais je réfléchis, il doit être trop cher pour travailler à radio la rose. En quelques sortes, je suis le médium qu’il vous faut, ni trop, ni trop peu. Je suis l’homme moyen celui qui rassure, tu me prends sans doute pour le mailler, le Wells, le Socrate, le Sartre ? !

– Maryse, doucement Jacques ! Nous avons beau être un groupe de femmes cela ne veut pas dire que nous sommes le m l f. Et malgré tout tu n’es pas irremplaçable, mais je vais être sincère pour une fois : j’ai un faible pour toi !

Bruno Quinchez Paris mai 1988

 
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