Chapitre 26 La musique n’adoucit pas les meurtres

 Chapitre 26 La musique n’adoucit pas les meurtres

Les premières neiges de novembre étaient tombées sur le Nivolet montagne altière qui domine Chambéry ; il y avait un vent froid et humide qui annonçait des chutes de neiges

Le commissaire Pinéri chef de la section des personnes disparue de la préfecture de Chambéry se frottait les mains avec conviction pour contrecarrer une vigueur du climat que le début de l’hiver accentuait

Le commissaire Pinéri enquêtait sur la disparition de la violoncelliste du quatuor Cervin. La personne concernée, Julie Montaz avait brusquement plus donné signe de vie à ses trois acolytes, Jacques Pallez violon alto, Pierre Besson pianiste et Sophie Durocher violon

La disparition semble étrange aux trois, car il avait une répétition dans la salle du château, des ducs de Savoie, et depuis trois jours pas de nouvelles de Julie. C’est le commissaire Pinéri qui parle au chef du quatuor Jacques Pallez

– bonjour monsieur Pallez, tout d’abord je peux vous dire que nous n’avons pas trouvé de cadavres dans la proche région, votre amie ne serait-elle pas allée tout bonnement faire une balade dans le coin et se trouve bloquée par la neige ?

– non, monsieur le commissaire ! Julie est une femme moderne et si elle était dans une situation inconfortable quelques parts en montagne, elle aurait décroché son portable et elle nous aurait donnés de ses nouvelles et puis ce n’est pas le genre de ma Julie, elle sait bien que si elle ne me donne pas signe de ses nouvelles, je vais être inquiet

– vous me paraissez bien certain de vous. Vous la connaissez très intimement ?

– dans le quatuor Cervin nous sommes tous comme les doigts d’une même main

– sans doute mais dans ma question, ne veut-elle pas dire que cela ? Je vous répète ma question. Bref ! En quelques mots : couchez-vous avec elle ?

– nous avons eu des occasions, mais pas vraiment une relation suivie

– et avec les autres membres du quatuor, comment cela se passe-t-il ?

– je dois dire que ça va, ça vient

– je pense que je me suis mal exprimé, je veux dire qu’entre vous quatre, quels sont vos rapports, et vos conflits. Bref je veux tout savoir des possibles jalousies, que ce soit le travail ou en dehors du travail

– Julie comme toutes les artistes a une sensibilité exacerbée et elle s’accroche souvent avec Pierre notre pianiste, Pierre Besson est un perfectionniste des tempos, tandis que Julie est beaucoup plus fantaisiste dans ses attaques au violoncelle, il y a toujours des problèmes de retards et d’avance entre eux deux

– Soyons sérieux monsieur Pallez, je ne veux pas parler de musique, mais des rapports humains entre vous et les différents membres de votre quatuor aussi pouvez-vous me parler des deux autres membres de votre quatuor ?

 – Pierre Besson, premier prix du conservatoire de Lyon en 1972, âgé de quarante-trois ans, c’est un célibataire endurci qui fréquente les milieux du jazz et des boîtes de nuit, il rêve de monter son orchestre de jazz, mais avec les sous que nous gagnons, ce n’est pas demain la veille

Sophie Durocher deuxième prix du conservatoire de Paris, premier prix du conservatoire de Lyon. Elle est ce qu’on appelle couramment une femme libre, âgée de 45 ans elle, préfère quant à elle, fréquenter des femmes

Moi je dirige cet ensemble depuis six ans avec des hauts et des bas nous avons tout de même pu enregistrer des quatuors de Dvorák, et je peux dire que je suis assez fier de ce petit ensemble

– connaîtriez-vous des raisons de la disparition de mademoiselle Julie Montaz ?

– si je le savais, je crois que je peux vous dire que je ne serais pas là ! Nous étions, il y a une semaine, à Dijon, où nous donnions un concert, qui s’est d’ailleurs remarquablement bien passé, nous avons eu des bis plusieurs fois. Non ! Monsieur le commissaire, je ne peux rien vous dire de plus

– cette Julie est donc je le crois bien assez fantaisiste me semble-t-il, avez-vous envisagé une fugue ?

– là, monsieur le commissaire, c’est vous qui plaisantez, une fugue pour une musicienne ! Pourquoi pas un concerto ?

– non je parle sérieusement, une fugue, une escapade, une escale. Que dis-je encore, comme une envie de partir ?

– la petite Julie ! C’est moi qui l’ai faite, elle n’avait pas un curriculum vitae brillant dans le monde de la musique, je peux vous dire que sans moi, elle ne jouerait pas dans un orchestre

– ah ! Ah ! Je vois donc que d’après ce que je crois comprendre, cette petite vous accordait ses faveurs. Qui trop s’attache ! Trop mal embrasse. Quels étaient vos rapports avec les autres membres de votre quatuor ?

– comme je vous le disais, il y avait des rapports bizarres entre Pierre Besson et Julie. Je crois bien que Pierre malgré son agacement envers Julie, il était profondément amoureux de la seule vraie femme de notre quatuor, il en était du reste assez marrant dans sa maladresse vis-à-vis de Julie

Il faut vous dire commissaire je crois bien que nous admirions tous les deux sa Liberté d’invention et sa féminité. L’autre femme de notre groupe étant une femme assez froide, voire maîtresse de ses désirs. Nous avions tous les deux un besoin d’une part de rêve, que représentait notre Julie

 – vous ne faisiez pas lit à trois au moins j’espère, dit le commissaire Pinéri, en souriant doucement

– non ! Commissaire nos relations étaient tout ce qui avait de plus platonique, mais de temps en temps je demandais à l’hôtel où nous descendions à Julie et si elle voulait bien ce soir après le concert. Si elle souriait cela voulait dire un oui. Je vous dis que Julie est une femme très libre même trop libre

 – et le troisième membre de votre quatuor je veux parler de Sophie Durocher

– Sophie je ne peux rien vous dire. C’est une nonne consacrée à l’apostolat de la musique

– non, monsieur Pallez, je veux parler de sexualité, vous m’avez dit qu’elle avait des tendances saphiques ?

– pour moi oui ! Elle n’a jamais su ce qu’était l’abandon dans un mouvement méditatif d’un concerto

– je ne comprends pas ce que vous voulez dire

– Sophie Durocher est un cerveau sans corps et son âme m’est étrangère

– ce qui revient à dire ? Veuillez vous expliquer un peu mieux

– Sophie est trop volontaire pour être tendre. Je ne sais même pas si elle n’a jamais eu de relations sexuelles. Quand je dis qu’elle est saphique ! C’est par manque de preuve que quelques-unes de ses relations soient établies

– vous me paraissez bien sûr de vous-même. Merci monsieur Pallez ! Agent veuillez faire entrer mademoiselle Sophie Durocher dans le bureau

– bonjour madame veuillez prendre ce fauteuil !

 Sophie Durocher est une grande femme, assez fine de type méditerranéen, yeux verts, très belle. Le commissaire la regarde avec un regard plein d’étonnement et d’admiration. Sophie Durocher s’en aperçoit et dit

– allons monsieur le commissaire, je vous fais cet effet-là ! Remettez-vous !

– c’est-à-dire que je ne m’attendais pas à…

– vous ne vous attendiez pas à quoi ?

– d’après ce que m’a dit monsieur Pallez, je ne m’attendais pas à voir une aussi belle femme que vous

– qu’est-ce qu’il a dit ce con ?

– rien de très grave, mais je n’étais pas préparé à vous voir et pouvez-vous me dire. Quels étaient vos rapports avec les trois autres membres du quatuor Cervin ?

– Pallez, petit fonctionnaire sans ambition. Pierre, homme sensible qui n’a rien à foutre dans un quatuor baroque et la petite qui couche soit avec l’un soit avec l’autre. Notre Seccotine à tous. C’est le besoin de travailler

– hé bien ! Au moins vous avez l’avantage de dire rapidement, ce que vous pensez des autres. Pourriez-vous me dire qu’est-ce qui aurait pu être l à cause de la disparition de Julie Montaz

– nous sommes toutes les deux, deux femmes, moi je suis comme une mère pour Julie. En deux mots : Julie s’ennuyait avec nous, elle voulait faire la fête tout le temps, elle me racontait ses histoires de cœur ou plutôt pour être dans le vrai, ses histoires de cul avec les deux autres membres du quatuor

Elle faisait ça pour s’amuser et ces deux grands idiots étaient plus ou moins amoureux d’elle. Elle en faisait ce qu’elle en voulait, mais je crois bien que le jeu ne l’amuse plus puisqu’elle n’est plus là. Néanmoins c’était une femme agréable

C’était un joli brin de donzelle de vingt-cinq ans. Elle prenait puis elle jetait. Néanmoins je peux vous dire que l’ayant vue nue une fois dans une salle d’eau d’un hôtel où nous couchions qu’en ce qui concerne sa beauté. Hé bien ! Je peux dire qu’elle se laissait aller

 – ce qui veut dire en clair, madame Durocher !

– que lorsqu’elle aura mon âge, elle n’attirera plus personne. Bref que sa tenue se laisse aller

– vous voulez dire qu’elle cède facilement lorsqu’on lui propose de coucher avec elle ?

– pas exactement cela commissaire mais qu’elle est prête à tout pour satisfaire ses appétits. Rien que samedi dernier, je l’ai vu manger comme trois et elle a dû prendre au minimum quatre kg

– lorsque vous parlez d’appétit, pouvez vous me dire, avez-vous couché avec elle ?

– oui ! Et je peux même vous dire, plus souvent que ces deux messieurs réunis

– bon ! Je vous remercie veuillez faire entrer le témoin suivant. Monsieur Pierre Besson !

 – bonjour ! Commissaire vous avez eu le tyran et la Sappho avant moi ! Que puis-je encore vous dire ?

– d’après vos collègues vous êtes un homme sensible et vous rêvez de monter un orchestre de jazz

 – top secret ! Si Pallez savait ça et si la grande prêtresse de la musique savait que la fugue de Julie, c’est moi. Hé bien ! Ils m’arracheraient les yeux et ils me feraient lire et relire le contrat qui doit être renouvelé dans un an alors s’ils savent que c’est moi qui leur aie fait ce coup je ne crois pas qu’ils apprécieraient tous les deux

– pouvez-vous me dire quels étaient vos rapports intimes avec Julie Montaz ?

– je crois bien, qu’entre elle et moi, c’est le grand amour, nous avons tout combiné, il y a une semaine. Julie est allée à Lausanne en suisse et je sais que là, elle est dans un club de jazz le free-lance

– attendez ! C’est vite dit et comment peut-on la contacter ?

– c’est simple vous faites le numéro suivant. C’est un numéro en suisse, vous avez le téléphone, essayez donc !

Le commissaire prend le papier, lit le numéro et il le fait

– allô ! Bonjour monsieur, parlez-vous français ? Non ! Hé bien ! Pouvez-vous me trouver quelqu’un qui parle français. Le commissaire Pinéri attend quatre à cinq minutes puis il entend une voix

– allô ! C’est Albert le régisseur lumière du cabaret free-lance. Que désirez-vous monsieur ?

– je désirerais parler à mademoiselle Julie Montaz ! Pouvez-vous, me la passer SVP ?

– il n’y a pas de Julie Montaz ici ! Attendez, je vais demander à mon patron monsieur alderman. Deux minutes se passent encore puis le régisseur Albert reprend

– oui en effet il y a une personne de ce nom qui est arrivée hier, mais son nom d’artiste. C’est lolita

Le commissaire regarde Pierre Besson et dit

– pour moi l’affaire est réglée, mais je voudrais vous poser la question. Le free-lance est ce que vous connaissez ?

– non ! Mais j’ai entendu parler de ce lieu par ma collègue Sophie Durocher

– peut-être même risquez-vous d’avoir des surprises en arrivant, pour moi, c’est une affaire classée et pour vous je pense que c’est le début de vos ennuis

 Bruno Quinchez Paris le 16 mars 1997

 
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