Chapitre 27 à la manière de Don Camillo en Normandie…

Chapitre 27 à la manière de Don Camillo en Normandie…

Le presbytère n’a rien perdu de son charme et Rome n’a rien perdu de sa grandeur lorsque l’abbé Laurent arrive dans le jardin fleuri de son habitation. L’abbé Laurent prêtre depuis le début des années cinquante…

Bien sûr nos années cinquante, celles que les historiens de la fin du siècle appelleront le début des trente glorieuses, époque bénie où la France se croyait investie de cette mission de convertir l’humanité à la devise de la république. Liberté, Égalité, Fraternité

Époque bénie entre toutes où les Français sortaient enfin de longues années de privations et où les gens se mettaient à croire dans le progrès qu’il soit économique ou humaniste, bref l’époque du temps passé où tout était permis du moins espéré

Donc l’abbé Laurent rencontre monsieur Jacques Lancernet maire et instituteur de la petite ville de Bléville sur/orne, petite ville du Calvados encore rural

– bonjour monsieur le curé et bienvenu dans notre petite ville ! Vous êtes, je le crois venu du midi où vous étiez diacre dans la résistance des maquis du sud, pour cela vous avez toute ma sympathie mais en ce qui concerne l’institution Église ! Sachez bien ! Que nos idées elles ne sont aucunement les mêmes, je suis au parti radical socialiste, et le parti n’a pas de sympathie, vis-à-vis des curés, qui ne font qu’accroître le fatalisme des travailleurs et…

– pour les sermons monsieur lancèrent, sachez que je ne prêche que l’évangile dans un bon français que j’ai moi-même appris sur les bancs de la communale et en ce qui concerne les élections il me semble peut-être un peu tôt pour engager un débat

– sans doute monsieur le curé vous savez que le calvados est réputé pour ses bouilleurs de crus et sa consommation de calvados, donc si vous faites de mes administrés des culs bénis sachez que le café est plus rempli que votre église et que je compte bien que mes électeurs restent libres penseurs et continuent à bouffer du curé

– voyons ! Voyons ! Monsieur le maire ce n’est pas au représentant, des bouffes-curés comme vous dites auquel j’ai à faire pour l’instant, mais à mon futur charmant voisin qui de plus est un notable de cette commune

– excusez-moi monsieur Laurent mais ici tout ce qui concerne la politique est assez âpre est rude et je vois en vous avant tout un adversaire politique, voire un suppôt du Vatican

– tout d’abord, monsieur le maire, je suis abbé donc si je vous appelle monsieur le maire appelez-moi monsieur l’abbé car c’est, je le pense, la moindre des politesses

 – je pensais que monsieur Laurent c’était comme une chose plus égalitaire, après tout, nous sommes, tout égaux, à notre naissance et que tout homme devrait être appelé citoyen

– je vous propose frère humain connaissez-vous François Villon dans sa ballade des pendus. « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez cœurs endurcis car si pitié de nous, car si vous pauvre avez, Dieu en aura de vous »

– vous êtes aussi poète vous viendrez sans doute à notre amicale culturelle Robert Desnos. J’aime Desnos et la poésie surréaliste qui ont beaucoup fait pour nous libérer de l’ennemi et du bourrage des crânes que nous sert le Vatican

 – certes, monsieur le maire ! Mais un des premiers qui ont inventé le surréalisme entre Apollinaire n’y avait-il pas un certain Max Jacob qui après tout ce que je connais de lui, s’est converti au catholicisme

– parlons-en de ce Jacob, c’est un juif à tendance pédophile

– qu’est-ce qui vous déplaît en lui, son homosexualité ou ses origines ?

– le fait qu’il s’intéresse beaucoup aux jeunes garçons. Je ne me crois franchement pas du tout antisémite du reste pendant la guerre, j’ai eu des amis résistants qui étaient d’origines israélites

– pour ce qui concerne l’homosexualité il est vrai qu’il y a beaucoup d’écrivains homosexuels, mais je ne pense pas que c’est cela qui vous les fait fuir !

– non ! Mais à dire vrai Max Jacob me déplaît non pas par ses origines et son homosexualité, mais par le fait qu’il aurait été un précurseur du surréalisme, et qu’il soit devenu un bigot catholique avec tout ce que cela sous-entend, de trahison, vis-à-vis d’une certaine forme, de la Liberté de pensée

Bref ! Je n’aime pas du tout, sa conversion vers votre sainte mère l’église. En tant que poète, il est juste intéressant. En tant que précurseur du surréalisme il est beaucoup plus intéressant mais qu’il se soit converti à vos bigoteries cela me dépasse

– les voix et les voies de Dieu sont insondables. Peut-être même, que si Max Jacob n’avait pas existé le monde que nous vivons serait différent

– voilà bien un raisonnement de curé. Moi je vous dis que si ma tante en avait… hé bien ! On l’appellerait mon oncle. Ne seriez-vous pas un peu jésuite môssieur l’abbé Laurent ?

– non ! Mais j’ai tout de même fait cinq ans de théologie et je lis de la poésie depuis ma tendre jeunesse mais tiens à propos, pourquoi êtes-vous bouffe-curé ?

– à cause de votre pape sa sainteté Pie XII. Vous connaissez sans doute le très fort poème de Jacques Prévert intitulé « crosse en l’air »”

– oui ! Je le connais, je vois de quoi vous me parler et je peux même vous en citer un passage : « La pipe au papa du Pape Pie pue », celui-là je l’ai aussi lu et je dois le dire pour la non-intervention des autorités de l’église, avant et pendant la terrible guerre que nous avons vécue, cela m’a franchement questionné sur les autorités de l’église,

Mais si Prévert a écrit ce texte fortement anticlérical, je sens que Prévert a dit là des choses très profondes mais pour moi, Prévert, s’il est athée nous a donné une leçon tirée du plus pur évangile. Le christ ne nous a-t-il pas prévenus qu’il reviendrait à l’heure où personne ne l’attend plus. Je sais que la vérité de Prévert m’a interpellé vis-à-vis des positions de l’église sur le monde contemporain…

Pour moi Jacques Prévert, il me dit des choses que notre Église a eu le malheur d’oublier. Il y a même, je le crois et je le pense, une forme très chrétienne de parler des rapports entre l’homme et notre société. Je pourrais même dire que Jacques Prévert est très chrétien dans sa manière de parler des hommes. Le pape est un homme, ne l’oubliez pas !

– et votre dogme de l’infaillibilité pontificale ? Je crois bien que depuis tout ce que lie et délie par son autorité hiérarchique le chef de votre institution église devient vérité

– je l’admets bien, mais qu’auriez vous fait dans ces années de tourmente, je vous rappelle la fameuse phrase du camarade Staline « le pape ! Combien de division ? »

– si je crois à toutes ces vérités auxquelles vous croyez. Il est dit qu’il y a toutes les myriades des cohortes des anges. Ce que je sache, cela représente tout de même un sacré bout de monde. Si je reconnais et je donne crédit à ce en quoi vous croyez. Il est dit aussi dans votre évangile. Je cite « il donnera des ordres à ses anges et ils te porteront dans leurs mains de peur que tu ne te heurtes à quelques pierres »

– je crois bien que vous me citer là le passage de l’évangile, sur la tentation de Jésus par Satan. Il est même dit : « tu ne tenteras pas le seigneur ton Dieu ! »

– hé bien ! Moi si j’étais votre bon Dieu, je serais très tenté d’intervenir contre le fascisme et la haine que représentaient les nazis et Adolf Hitler. Votre bon Dieu a permis cette guerre, et votre pape n’a rien dit

– je reste sans réponse à cette question muette que vous me poser. En gros pourquoi la haine Hitler ? Je ne sais et je ne peux répondre à cette question. Je ne vous répondrais donc pas à cette question qui reste terrible, même pour moi, tout petit abbé de campagne que je suis, mais je sais une chose, c’est que le nazisme est mort à notre époque et tout petit curé de campagne que je suis, j’ai participé à sa disparition

La théologie n’a pas de réponse toute faite aux origines du mal. Moi, je m’en tiens à l’Évangile Pour le mal entre Hitler et Staline, je ne choisis pas, ou plutôt je choisis la vérité de l’Évangile. Entre un mal très grand et un mal plus grand encore, je ne m’engage pas, vous ne m’auriez pas vu en Espagne en 1936 où tout a été déjà dit sur notre position vis-à-vis du communisme, et du fascisme, je reste confiant dans notre sainte mère l’église

– vous voulez sans doute dire que le choix ne vous tente pas, mais si je comprends bien, l’église Espagne, elle a choisi et là je serai toujours contre cette position

– je ne vous donne pas le droit de choisir sur les choix des autres. Vous êtes libre-penseur et moi je suis abbé chrétien engagé dans le monde. Je peux vous dire que si les autorités espagnoles ont choisi Franco plutôt que les républicains. C’était un choix stratégique, plutôt que théologique

– nous en revenons toujours à la phrase de Staline, « Le Pape ! Combien de divisions ? » Mais je crois bien, que votre Pie XII a mal été inspiré. Pour mon humble personne, Jacques Prévert est plus dans la vérité évangélique que votre stratège Pie XII. Peut-être même dois-je dire que votre Max Jacob, il me devient plus compréhensible. C’est un peu comme si la légion des anges parlait à travers lui. Puis, je pense au grand rôle de la poésie pour libérer notre territoire. Rappelez-vous le poème d’Éluard « Liberté »

– vous avez peut-être raison sur ce point, le pape n’a eu aucun effet sur le résultat de la guerre. Il y a là une certaine vérité sur les légions célestes, à travers tous les poètes et les hommes de cœur

– mais sans vous critiquer sur les positions stratégiques de votre pape. Je dois dire que depuis le rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline, je ne sais plus quoi penser sur l’infaillibilité pontificale. Votre pape, infaillible, ça me fait doucement rigoler, certes nous avons évité le nazisme mais comme stratège… Votre pape ! Hé bien ! C’est de la douce rigolade et puis-je vous rappeler que l’athéisme est toujours la position officielle des états du bloc soviétique. Je ne pense pas que les divisions célestes peuvent quelques choses contre les chars soviétiques comme à Budapest

– vous savez sans doute raison monsieur le maire, l’avenir n’est pas encore écrit, mais je suis un homme de foi et j’ai cette espérance que le bloc soviétique s’ouvrira à toutes les Libertés et à la vérité. Pour l’instant si un homme politique représente bien l’idéal évangélique. C’est Mao-Tsé-toung

La Chine, elle, elle me fait peur, avec le bloc soviétique, nous avons des valeurs humanistes communes mais connaissez-vous la fameuse phrase de Napoléon

– le dragon millénaire, n’est qu’une peur de petits bourgeois réactionnaires, le péril jaune existe déjà depuis avant Mao. Il y a une prophétie Chinoise, sur l’envahissement du monde, par le flux de la marée humaine. S’il est vrai que la Chine est très peuplée. Mao me plaît beaucoup !

– Mao pour le coup ça en fait des divisions. Si vous croyez que Mao est un pur, vous vous trompez, ce n’est qu’un Staline avec beaucoup plus de monde

– je fais confiance en l’homme et je sais que l’avenir ne saurait se passer de moi l’abbé Laurent et disciple de Jésus… ayez confiance en Dieu !

– face à Mao combien de division ?

– des myriades de myriades

Bruno Quinchez Paris le 10 avril 1997

 
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