Littératures

  • L'autre... Par Victor Hugo

    L'autre

    Viens, mon George. Ah ! les fils de nos fils nous enchantent,
    Ce sont de jeunes voix matinales qui chantent.
    Ils sont dans nos logis lugubres le retour
    Des roses, du printemps, de la vie et du jour !

    Leur rire nous attire une larme aux paupières
    Et de notre vieux seuil fait tressaillir les pierres ;
    De la tombe entr'ouverte et des ans lourds et froids
    Leur regard radieux dissipe les effrois ;

    Ils ramènent notre âme aux premières années ;
    Ils font rouvrir en nous toutes nos fleurs fanées ;
    Nous nous retrouvons doux, naïfs, heureux de rien ;
    Le coeur serein s'emplit d'un vague aérien ;

    En les voyant on croit se voir soi-même éclore ;
    Oui, devenir aïeul, c'est rentrer dans l'aurore.
    Le vieillard gai se mêle aux marmots triomphants.

    Nous nous rapetissons dans les petits enfants.
    Et, calmés, nous voyons s'envoler dans les branches
    Notre âme sombre avec toutes ces âmes blanches.

    Victor Hugo 1802-1885 Extrait du recueil L'art d'être grand-père de 1877

     

  • Mai... Guillaume Apollinaire

    Mai

    Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
    Des dames regardaient du haut de la montagne
    Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
    Qui donc a fait pleurer les saules riverains ?

    Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
    Les pétales tombés des cerisiers de mai
    Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
    Les pétales flétris sont comme ses paupières

    Sur le chemin du bord du fleuve lentement
    Un ours un singe un chien menés par des tziganes
    Suivaient une roulotte traînée par un âne
    Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
    Sur un fifre lointain un air de régiment

    Le mai le joli mai a paré les ruines
    De lierre de vigne vierge et de rosiers
    Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
    Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

    Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

     

  • Assonnances en I

    Assonances en i

    L'ibis d'Egypte, il nidifie aux bords des rives du Nil
    Le fils de Néfertiti, le petit Séti c'est son ami très gentil
    Séti convie les petites filles, très libre avec sa manière de rire
    Quelques délires, quelques lumières et des dieux d'empire

    Le ciel se mire dans la mare où ils naviguent sur des esquifs
    Quelques chiens qui crient et qui se déchirent pour des petits riens
    Ils n'ont pas de plaisir à donner mais juste quelques petits désirs
    Isis tient le miroir tandis qu'Osiris, il écrit quelques hiéroglyphes

    Des singes grimpent sur les palmiers dattier et ils crient
    Séti se dit qu'un jour il ira, dans le fleuve immense du Nil
    Et qu'il y péchera quelque anguilles et des sardines très grises
    Un temps d'avenir si précis où il ira voir ces choses qu'il s'est promises

    Sur ce plateau de Guizèh des myriades de gens efficaces construisent
    Un maitre d'œuvre dirige et conduit des cohortes de captifs africains
    L'histoire n'oublie pas les pyramides...Qui donc se souvient de ces vies finies ?
    J'étais un idiot idéaliste, et j'y mettais ainsi toutes les allitérations en i

    Paris le 22 janvier 2019

    à savoir c'est un petit défi que je m'étais promis
    en voyant dans mes références de blog ce titre

  • L'origine des mots

    L'origine des mots

    Je suis sûr que dans tous nos choix qui nous sont personnels
    Certains mots, ceux qu'ont choisis, ils sont plus ou moins aimables
    Comme de ces amours vécus ou non et qui sont tous admirables
    Le hasard, il n'est pas fait de vos choix il y en a trop qui sont obsessionnels

    Des fois, il y a des diamants purs et parfois aussi des petits cacas
    La lumière ? Elle éclaire toutes les choses de la vie, quelques soient-elles
    Le sexe ? C'est parait-il une histoire de contacts, mais avec quelque tracas
    Mais pour les histoires d'amour, elles en font parties de ces choses immortelles

    Je ne saurais que dire, dans le choix de tous mes mots, pour un poème
    Il reste de ces mots qui sont très simples comme de dire de ces je t'aime !
    Je sais trop leur usages et il me manque une dame à qui je puisse les dire
    Mais parfois je me dis, j'use d'autre mots, il faut aussi pouvoir en rire

    Quelques choses de tristes ou bien des délires qui se veulent très gais
    J'ai parfois le mal d'une trop grande solitude, de ces immortels regrets
    J'aime ces petits riens d'une vie d'enfant, et d'un sourire qui nous est donné
    Je sais aussi ce manque de vies, dans ma vie qui celle d'un grand abandonné

    Le matin j'aime toujours entendre les oiseaux qui chantent dans le noir
    Je ne les vois pas, leurs chants sont pour moi quelques notes d'un bel espoir
    Oui ! Je vis comme un vrai solitaire et si je n'avais cette envie d'écrire ce poème
    Je serais dans le silence mortel de cette vie qui est sans un vrai diadème

    Croches, doubles croches, il est des partitions, dans l'absence de la musique
    Ainsi un mot, puis un autre qui s'écrivent, avec cette intention, qui se veut poétique
    J'aime la musique, mais je ne sais pas les graduations, dans les notes qui sont jouée
    Peut être m'aimez- vous comme poète, Je ne saurais faire une ode qui ne soit louée

    Miracles des mots, la vie qui me surprend m'aide toujours dans tous mes choix
    Quelques fois je me dis et si dans un poème, je vous mettais quelques anchois
    Là je souris et quelques parts, je m'amuse, avec des mots et aussi un peu de hasard
    Je vois parfois de poètes malheureux qui parlent d'un monde où ils sont assez hagards

    Le ciel qui est fait de milliard d'étoiles dans le ciel, celui là qui est tout là-haut
    Et chacune d'elle, elles nous disent je suis là depuis ta naissance dans un soubresaut
    L'enfant que vous étiez, vos enfants qui sont les vôtres, et toutes les vies qui sont là
    Peut être pourrait-on faire mille milliards de poèmes et peut-être bien au de-là ?

    Paris le 12 janvier 2019

     

  • Hasards et Poétique

    Hasards et poétique

    Mille milliards de poèmes, un truc des années 1950-1960

    Ou j'ai vu  cette poèsie  qui est faite par des gens de l'Oulipo

    un poème construit avec des feuilles de papier en lamelles

    Et sur chaque lamelles, un  seul vers en alexandrins rimés

    Ainsi en assemblant plusieurs lamelles en lecture

    Et tout cela, dans un ordre aléatoire et changeant

    Les poèmes, Ils étaient ainsi générés par le hasard

    A vrai dire je ne sais pas, s'il y avait un sens là-dedans

    Dans un poème qui est fait de toute ces données aléatoires

    Pour ce genre de trucs là, personnellement je n'aime pas trop

    Pour moi un poème donné, il est fait de sens qui sont très précis

    Et qu'il y ait des choses aléatoires,  pour cela je ne sais pas

    Je pense souvent pensé à des débats aux debut du suréalisme

    Ente un gars comme André Breton, un homme toujours très politique

    Et un homme qui n'est pas très connu, le dénommé Max Jacob

    Celui-là qui est le véritable inventeur, des poèmes aléatoires

    Certains lui reprochent son ralliement à l'Eglise catholique

    Je sais aussi de ces gens pendant les années d'occupation

    Des poètes qui étaient très libres dans leurs choix poétiques

    Tandis qu'André Breton, le surréaliste, il s'était exilé aux USA

    Pour moi un bon poème, il est  toujours riche de sens

    De tous  ces mot que l'ont choisis avec de la volonté

    Qiui est celle d'écrire sur ce monde, celui où nous vivons

    Pour moi, Il est assez fou, de mettre du hasard dans nos mots

    Paris le 28 Novembre 2018

  • Texte de 1977 Au légionaire, texte tiré d'Au lecteur de Charles Baudelaire

     

     

    Ce texte est le croisement de la technologie moderne,
    Telle que pourrait l’utiliser un oulipien et un texte
    Très connu de Charles Baudelaire (Au lecteur)

    Au légionnaire,

    La soubrette, l’érudition, la pécore, le lest,
    Offensent nos essais et trébuchent nos correspondances,
    Et nous allégeons nos aisés remous,
    Comme les ménestrels numérotent leurs véroles,

    Nos pécores sont théâtrales, nos répertoires sont laïcs,
    Nous fanons gravement nos avions,
    Et nous nous répandons généreusement, dans des chemises bourrées,
    Crucifiant par de violentes pléthores, légitimer nos taffetas,

    Sur l’orgasme du malaise, c’est Satie trimestriel,
    Qui berne lucidement notre esquisse encombrante,
    Et le rigide métallurgiste de notre voltige,
    Est tout véhiculé par ce scatologique chiot,

    C’est le diagnostic qui terrasse les filets, qui nous reposent,
    Aux obligations les plus résignées, nous trustons des appétences,
    Chaque jour, vers l’enfouissement, nous désenflons d’une passe,
    Sans hors-jeu, à travers des ténors qui pullulent,

    Ainsi qu’un débris payable, qui balance et manœuvre,
    Le sexe masturbé, d’une apaisante cause,
    Nous votons au passé, une platitude classique,
    Que nous prétextons fortuitement, comme une vierge osseuse,

    Sidéral, foutu, comme un milliard d’hémicycles,
    Dans nos cervelles, rigole un phallus de dentiste,
    Et quand nous ressassons, la morue dans nos préceptes,
    Désunit, flirt invulnérable, avec de souterraines plages,

    Si la vipère, le poivre, le poing, l’inceste,
    N’ont pas encore broyé, de leurs paisibles destriers,
    La cannelure bariolée, de nos placides déterministes,
    C’est que notre amidon. Hélas n’est pas assez hasardeux,

    Mais parmi les chiottes, les papes, les lieder,
    Les sirènes, les scrupules, les vélomoteurs, les serveurs,
    Les monte-charges, gobant, idéalisant, gueulant, rampant,
    Dans le ménisque ingénieux de nos vicissitudes,

    Il en est un, plus langoureux, plus mécréant, plus immuable,
    Quoi qu’il ne prêche, ni grande gifle, ni grande critique,
    Il farcirait volontiers, la tête de déchets,
    Et dans une balafre, aveuglerait le monde,

    C’est l’enseignement, l’œuvre chargée, d’un plomb ionisé,
    Il revêt d’échecs, en fusillant sa huche,
    Tu le consacres légionnaire ! Ce monte-charge déliquescent,
    Hystérique légionnaire ! Mon sépale, ma fleur.

     
    (Bruno Quinchez ; Charles Baudelaire)
    Bruno Quinchez (Sceaux 1977 Paris 1988
    Morsang sur/Orge, le 24 novembre 1991 et juin 1995)

    Paris le 7 octobre 2018

    Au legionaire texte tire d au lecteur de charles baudelaireau-legionaire-texte-tire-d-au-lecteur-de-charles-baudelaire.mp3 (617.55 Ko)

     

  • Sur le surréalisme, L'Histoire et Max Jacob

    Sur le surréalisme, l’Histoire et Max Jacob

    Non ! Je n’aime pas le surréalisme qui fait du hasard une de ses conditions de choix dans ses structures et moi tout comme Max Jacob le Poète fondateur des concepts surréalistes, j’admets, un choix qui me soit personnel dans ces phrases assez biscornues... Certes les poésies de Max Jacob, on dirait aussi que ça donne des constructions qui paraissent aléatoires, cela même si leurs sens, il parait hasardeux à des lecteurs vivants dans un monde plus classique... Pour moi, la poésie de Max Jacob, elle reste incomprise, il n’était pas un surréaliste, mais c’est lui qui a inventé la structure de ces phrases qui nous paraissent aléatoires ... Ce que je reproche aux surréalistes, c’est de mettre le hasard statistique comme une vision de ce monde... Oui ! On peut être athées ou croyants et cela sans se dire surréaliste ! Mais la question reste celle des choix volontaires de nos mots... J’ai toujours eu l’impression que cette histoire des non-choix des surréalistes, cela donne une pensé floue voire indéterminée. À savoir que je ne sais pas que dire de ces gens de la résistance comme Robert Desnos, Paul Éluard, René Char et les divers poètes qui étaient assez proches du surréalisme de cette époque... Pour le surréalisme ? Que dire ? Mon cul ! Dans les faits, ces gens là, ceux des années de la guerre entre 1940-1945, ils s’adressaient aux français de la France occupée et je crois que leurs mots utilisés, ils étaient choisis soigneusement triés, parmi plusieurs choix et ils avaient plutôt un peu d’hermétisme pour que ce qui soit dit, cela ne soit pas récupéré par cette France des gens trop proches des nazis, cette France de l’occupation, surtout il ne faut pas croire que les nazis étaient des idiots, c’est un monde de violences auxquelles nous avons échappées, heureusement pour nous qui vivons depuis 73 ans, une époque de paix dans cette Europe réconciliée

    Paris le 24 septembre 2018

     

     

  • Le Cercueil ou le recueil

    Le cercueil, ou le recueil ?

    De temps en temps, là tranquillement,
    Je médite longuement en moi-même
    Ferais-je un nouveau recueil de poésie ?
    Là dans ce cimetière où je vois ces gens

    Alors vous savez,
    Il faut que je m’édite encore,
    Il faut que j’imprime avec des recueil
    Dans les faits, je déprime beaucoup

    Et ça sera, un cercueil de plus
    Dans la grande bibliothèque
    Qui est déjà, toute pleine de poussières
    Suis-je la poussière ?

    Où ai-je encore de grandes chose à vous dire ?
    Je ne sais pas, vous le savez
    Et j’hésite, entre le cercueil et le recueil
    Je sais des cimetières tous remplis

    Et qui sont plein de gens célèbres
    Je sais aussi des bibliothèques
    Qui sont toutes pleines de poussières
    Dans les cimetières, il y a des vivants

    Qui s’y baladent et qui regardent
    Dans les bibliothèques, sombres et froides
    Il y a des lecteurs perdus,
    Entre plusieurs livres dans des étagères

    Quand je serais dans un cercueil,
    Alors toutes mes pensées seront-elle lues ?
    La sagesse qui me dit que je suis mortel,
    Mais je sais pas, ce que sera demain

    L’éternité, c’est fait des lambeaux,
    Ceux-là de nos vies qui sont mis bout à bout
    J’ignore ce qui est le plus confortable,
    Arrêter d’exister ou bien de continuer

    L’enfant que j’étais, il savait des mondes
    Qui sont tous plus ou moins incroyables
    La raison ! Elle m’arraisonne
    Et me demande de dégager !

    Espèce de vieux con !
    Un jour qui vient et tu verras,
    Mais quand ? Cela je ne sais pas !
    Mais je sens bien ma  vieillesse,

    Savez-vous toutes mes douleurs qui me minent ?
    Quelques part je songe à l’éternité d’un Dieu !
    Celui-là qui vit en moi, mais moi je vieillis
    Et le vieux salaud que je suis,

    Il est là comme un vieux gamin de soixante-six ans
    Si au moins je savais choisir le bon support
    Pour l’éternité… le cercueil ou le recueil ?
    Mais je songe à l’éternité, par le simple fait

    De savoir et vouloir parler de la tendresse
    Un dieu tout puissant et omnipotent pour moi
    Il est aussi mortel que le reste des êtres
    Je songe parfois à l’amour du proche,

    Celui qui vit près de vous, comme le disait jésus
    Mais hélas ! Je sais aussi toutes les guerres,
    Pour proclamer au monde, la bonne nouvelle
    Là vous savez ! Je rigole un peu !

    Mais c’est assez cruel  certainement
    Pour les prophètes ou les messies
    Le jour qui vient! Il est à voir !
    La seule chose qui doit rester,

    C’est de penser à l’autre,
    Avec tout son cœur et avec force
    Pour les millions de croyants
    Ils peuvent prier ce Dieu

    Mais ces prières lancées vers le ciel,
    Elles doivent rester tendres
    Je n’aime pas cette guerre
    Pour faire un monde à Dieu

    Paris le 17 mai 2018

  • Sur la littérature et les idéologies

    Sur la littérature et les idéologies

    Quelles seraient les vraies différences qu'il y aurait entre avoir du style dans ses propres écrits ou bien avoir une prétention de créateur dans la littérature. Il y a rien de plus chiant à lire et à laisser dire qu'une personne qui se revendique d'un mouvement littéraire et qui applique des principes figés.  De nos jours, je déteste le surréalisme qui premièrement, il a vendu son âme au PCF dans les années 1925 et qui est surtout devenu maintenant une technique d'accroches publicitaires. Cela de nos jours et  dans ce monde de la publicité, par les divers moyens dont les affiches qui doivent vous accrocher le regard, des spots publicitaires de la TV et tout ce bruit agaçant qu'il y a maintenant dans les radios pour vendre du n'importe quoi.  Ce qui est intéressant, c'est de pouvoir dire ses propres choses, de ces choses  très libres que l'on a, cela sans ne faire aucune frontière entre les mondes que l'on fréquente... Un coucher de soleil, un enfant qui nous sourit, quelques pensées que l'on a en soi, cela ce sont des choses qui sont mille fois plus intéressantes, que de vouloir choquer les bourgeois par des rapprochements clinquants. Pour toutes les idées de cul chères aux surréaliste, il y a 90% des sites d'internet s'en occupent. Non! Je n'aime pas ce monde moderne avec des médias et tous ses discours. A savoir des discours avec des buts idéologiques qui sont plus ou moins cachés. Je me protège de tous ces chocs des médias. Je ne sais plus si un jour je serais encore choqué par un drame et donnerais-je un jour dix centimes pour la énième quêtes sur toute les misères du monde ? Certes ça me donne une mauvaise conscience et j'ai pour moi surtout peu de ressources, mais j ai dans la tête aussi ces quelques centaines de milliard de dollar qui sont dans quelques mains de gens très riches. Des gens qui eux, ils ne partagent pas d'un petit millième de leurs fortune. Oui pour la littérature ! Je sais que souvent on croit qu'ont écrit comme untel ou unetelle. Ma référence cela reste l'évangile et le Jésus des évangiles, mais notez bien aussi que je n'ai jamais essayé de me prendre pour le Christ,  dans mon passé j'ai connu trop de fous qui avait  cette croyance. La création, c'est un monde sans loi car ce n'est pas fait des références déjà lues. Cela sans toutes les idées préconçues que l'on a, ni de toutes les limites qu'on se donne dans nos propres choix, la seule chose acceptable c'est que ça soit lisible et que ça soit plutôt bien écrit

    Paris le 19 décembre 2017

  • Le chien pelé... Un texte de Jean Anouilh

    Le chien pelé...

    Un chien pelé, boiteux, que personne n'aimait,
    Sauva un jour une petite fille
    Qui se noyait.Il fut fêté par la famille.
    Tout un jour, caressé, il vécut en héros.

    On lui donna du sucre, on lui donna des os...
    La petite exigea que le soir, à l'étage,
    Il dormît au pied de son lit.
    L'enfant était choyée.
    On dit : «Et s'il salit ?

    Un chien galeux sur un tapis, ce n'est pas sage...
    Mais elle était au bord des larmes,
    On accepta le chien;
    En se promettant bien
    Qu'on le renverrait, passée cette alarme.

    Le chien dormit comme un évêque et fit un rêve.
    Une île peuplée de chats,
    Dont il était le pacha.
    Il cassait quelques reins, le matin, pour l'hygiène,
    En se promenant sur la grève ;

    Puis, il s'étendait mollement,
    Tandis qu'une esclave indigène
    Eduquée tout spécialement (Gratter un dos est une science),
    Venait le gratter en silence...
    Aux repas :Os en abondance...

    Il choisissait nonchalamment.
    Mais surtout, despotique et tendre,
    sur cette île,Régnait une petite fille,
    Qui le comblait de sa tendresse...
    Il avait de tous temps rêvé d'une maîtresse.


    Au réveil, la petite dit : «Il a ronflé.
    Je ne veux plus du sale chien, il sent la crotte!
    Le chien fut promptement chassé.
    La queue basse, il fit une petite trotte,
    Reniflant les odeurs charmantes du pavé.

    Vers midi il revint s'enquérir du menu,
    A tout hasard, l'air ingénu.
    On venait justement de laver la cuisine :
    La bonne l'expulsa d'un coup de pied au cul.

    Les ouvriers, qui sortaient de l'usine,
    Défilaient devant la maison du directeur.
    Ils portaient des pancartes; ils poussaient des
    clameurs.«Plus de salaires de famine ! »
    «Assez de travailler pour rien ! »
    «Les hommes ne sont pas des chiens ! »

    Un homme ramassa une pierre et fit mine
    De la lancer vers les fenêtres de l'enfant.
    Le chien bondit et le mordit cruellement.
    Pris pour le chien de la maison
    Et, malgré sa dégaine triste,

    Pour un affreux capitaliste —
    A défaut de la direction,
    Les ouvriers, furieux, lui firent
    Son affaire à coups de bâton.
    Le chien agonisa doucement sans rien dire,
    Langue pendante, sans pouvoir bouger les membres,

    Jusqu'au soir, en pensant que la petite fille
    Avait été vraiment gentille
    De l'avoir couché dans sa chambre...
    La bonne pour tout cadeau
    Lui apporta un peu d'eau.

    Il pensa qu'elle était bien bonne, car en somme,
    Elle ne lui devait rien.
    Les hommes ne sont pas des chiens,
    Mais les chiens ne sont pas des hommes

    Animaux Jean Anouilh