Chapitre 62 Propos Amicaux et Contradictoires sur l’Ordre et le Chaos.

Chapitre 62 Propos Amicaux et Contradictoires sur l’Ordre et le Chaos.

Thomas Halfweight est un homme ordonné dans ses études, sa vie et ses idées, ce qui est le contraire de sa femme, Mary Halfweight. Mary a toujours ignoré cette notion que possèdent pas mal de scientifiques dont son mari qui est l’ordre. Mary possède le sentiment d’une artiste que tous les artistes, bien entendus, sont des cigales fauchées et qu’elles ne pensent qu’à cet instant qui se vit intensément, ce qui étonne toujours Thomas… Leurs rapports sont distants mais sans être de deux mondes différents, ils se sentent proches…

Mary aime la clarté des vues de Thomas et Thomas aime ce « Je-ne-sais-quoi » qu’il ressent en parlant à sa femme, leurs rapports en dehors de la vie commune acceptée bien qu’ils soient amicaux, sont aussi plein de sous-entendus métaphysiques… Thomas est un sceptique et il le proclame bien haut, tandis que Mary est toute prête à croire au Père Noël, s’il n’avait eu la brillante idée de s’incarner dans un homme qui exprimerait au mieux ce qu’elle ressent dans le plus profond d’elle-même, elle est disposée à croire à tout mais c’est une croyante tendance athée, car si elle voyait le bon Dieu, elle lui demanderait des tas de choses sur ce monde qu’il a créé si imparfait. Elle ne supporte pas l’imparfait du subjectif… Donc entre Thomas Halfweight et sa femme, les idées jaillissent comme d’autres font de la cuisine ou de la musique…

Leurs rapports sont complexes et ambivalent mais féconds par la production de ce que Thomas appelle le rangement du désordre intérieur des fantaisies de Mary. Mary est en train de travailler à une pièce de musique qu’elle doit produire pour dans une quinzaine de jours. Elle soumet sa partition à son mari, pour qu’il lui donne son avis. Mary veut faire une œuvre tout à fait moderne, elle a construit une pièce atonale dans le style dodécaphonique que privilégie la musique sérielle et cela avec des tempos jazz. Ce sont deux styles de musique ne correspondant pas du tout à Thomas qui préfère la musique classique et Jean Sébastien Bach en particulier.

C’est Thomas qui parle :

– Ma chère Mary, je ne comprendrais jamais ton goût pour la musique atonale et le jazz ! Pour moi ce que tu viens d’écrire, ce n’est pas de la musique ! Mais des sons désordonnés que je ne ressens comme inorganisé, voire un foutu imbroglio ! J’oserai même dire, quelques choses de bordélique. Peux-tu me dire, ce que signifie pour toi ce beau Tohu-bohu improbable que tu nous donnes dans l’entrée dans ton concerto ?

– Thomas, Sans doute ! Mais tu mets tout de même les battements de ta grosse caisse ! Tu veux sans doute parler de la vie prénatale !

– Mary, Tu as sans doute raison ! Je vais donc casser ce rythme binaire au bout de trois mesures et je vais essayer de faire un rythme qui échappe à notre conscience européenne de la musique… Je pense faire, trois coups de grosse caisse, espacés par deux blancs ce qui fera un rythme 3/5 et j’essaierais que les instruments plus classiques que sont le violon le saxophone et la trompette fassent des improvisations sur un rythme 3/5.

– Thomas, Cela ne va être que du bruit, ma chère ! Une forme de désordre musical.

– Mary, Mais c’est tout à fait ce que pour moi le chaos représente, ce premier mouvement de vingt mesures s’appellera justement chaos.

– Sans doute ce sera du chaos, mais cela sera-t-il encore de la musique ?

– Oui ! Mon cher et je crois bien que nous n’ayons pas les mêmes notions sur le beau et le raisonnable, pour moi le sens du monde tient dans le chaos et notre univers n’est qu’un ordre provisoire.

– Le provisoire qui dure, cela est nécessairement lié à la notion d’ordre, et d’une volonté de maintiens de cet ordre… Ta notion de création m’a toujours étonnée.

– Pour toi, mon cher, Pythagore ne sera jamais mort La notion de la beauté des sphères est une notion que ta grosse tête de matheux aura toujours en soi… Moi qui suis une dionysienne ! Je veux m’enivrer du vin des rêves et de tous les possibles non décrits… Je sens et je veux faire sentir le monde palpiter et non pas essayer de le figer dans des concepts morts et désincarnés… Pour les vingt mesures suivantes en effet le battement devient binaire comme un cœur mais avec des incursions dans la valse, le tango et d’autres musiques de danse. Les instruments deviennent tonal et commencent ce mouvement tous sur un accord de LA, comme s’ils cherchaient tous, une tonalité commune.

– Mais je croyais que tu ne voulais pas de tonalité ma chérie !

– Mary, C’est ainsi ma concession à l’ordre et à la nécessité d’expression des sentiments !

– Et quels sentiments veux-tu exprimer dans ce deuxième mouvement ?

– La notion de conventions musicales ! J’essayerai d’être chromatique avec des accords de gammes décalées toutes les cinq mesures et une montée chromatique avec un thème connu de la musique classique.

– Mais ma chère ! Tes accords, à un moment ou à un autre, seront forcément faux, plus du tout dans la musique tonale, c’est donc une forme de dynamitage de la musique tonale !

– Non ! Car j’essayerai de faire des accords, qui s’ils varient dans leur dominante, soient encore des accords parfaits.

– Mais ma chérie, tu n’inventes rien, mon divin Bach a déjà fait cela.

– Pas dans la manière dont je le ferais ! Ton Jean Sébastien cultivait le nombrilisme, car il le faisait des accords avec la signification des lettres de son nom B-A-C-H ! Mais moi, sans trop mettre mon ego en avant, je choisirais des accords et les musiciens improviseront. Je leur donnerais des indications de tonalités et de rythmes et ils improviseront selon leur bon plaisir… J’ai déjà de très bons instrumentistes qui savent moduler selon l’accord souhaité, donc tu vois que je n’ai pas le nombrilisme de ton divin Bach !

– OK ! OK ! D’accord pour les deux premiers mouvements, mais dans le troisième que vas-tu faire ?

– Pour le coup je vais emprunter à tes musiciens chéris ! Je vais faire un contrepoint sur un motif que j’essaierais de rendre sériel par altération d’un demi- ton de ce contrepoint… Je vais essayer d’en faire une fugue dans le quatrième mouvement qui lui sera tout ce qu’il y a de plus classique, voire une fugue qui fuit à l’infini… Si je pouvais trouver le mouvement perpétuel dans cette notion de fuite, ce serait parfait, mais ce ne sera pas dans le style classique, mais une notion de fugue avec des tonalités très blues… Je pense à Surestime, c’est tout à fait dans le style de ce que je voudrais exprimer un grand blues avec une tendresse mélancolique.

– Toujours ce désir de provocation ma chère Mary ! Veux-tu nous faire une fugue bluezzy ! Pourquoi pas un tango binaire ?

– Ce sera ma prochaine composition sais-tu qu’avec mon ordinateur et mes boîtes à rythmes, j’ai fait une composition qui avait le rythme de la valse et le balancement syncopé du tango. Attends que je me souvienne. Ta-Ta-Poum-Ta-Ta-Poum-Ta-Ta-Poum-Poum, je ne me le rappelle plus et il faut dire que ça devient vite un rythme très complexe…

– C’est toi, qui est compliquée ma pauvre Mary ! Tu me parlais des accords parfaits du sieur Pythagore de Samos… Il avait au moins compris au moins que notre onde était simple. .. D’ailleurs Albert Einstein n’a-t-il pas dit, que le plus merveilleux dans notre monde, c’est qu’il soit compréhensible….

– Ton Albert à été séduit par un instrument bien accordé mais tous les modes chaotiques du monde, il n’en a jamais parlé… Son monde à la beauté froide des matheux et ce n’est pas la réalité mais un modèle mathématique collé sur la réalité… Il n’a jamais envisagé les modes transitoires de la musique des sphères…

– La musique des sphères est faite par des anges dans le monde parfait des idées ! Donc il est juste de dire que c’est l’idéal de la vérité !

– Je te ferais tout bêtement remarquer que ce monde où nous vivons n’est pas parfait ! Ce n’est pas le monde des idées de Platon mais le monde bien réel des désirs, des non rêves, de l’entropie et de tout ce qui appartient à ce monde…

– Je ne suis pas de ce monde disait saint Jean !

– Tu as beau dire cela, tu sais aussi bien que moi que nous sommes obligés de vivre avec ce monde même s’il te déplaît !

– Oui ! Moi ! Je crois profondément que la réalité, elle peut être totalement décrite grâce à ce « Je-ne-sais-quoi » qui est non encore décrit par n’importe le quels des moyens des mathématiques…

 – La réalité est beaucoup plus complexe que celle que nous pouvons décrire, ainsi moi qui me dis du monde des artistes, je ne prétends pas te décrire la réalité, mais j’essaye de l’interpréter à ma manière… Ce que je reproche à tous les matheux et tous les physiciens, qui ne font qu’une musique tonale et se moque de ne savoir que décoder qu’une musique parfaite sans comprendre le sens de la mélodie interprétée…

Les physiciens veulent lire le grimoire de la musique des sphères mais ils n’ont aucune opinion sur la notion de la vie et les sentiments de l’autre… Ils me décrivent le monde mais ne partagent pas les joies de savoir l’interprétation pour les autres. .. Ceci est ce monde ! Mais c’est celui que nous les artistes nous tentons aussi de faire et de rendre compréhensible par sa beauté et sa vérité, celui par moi et par tous ceux que je connais. Tous ceux là nous sommes les vrais interprètes de se monde.

Nous tous ceux qui sont vrais et purs. Je te le dis : Nous savons le faire ! Nous tous les artistes ! Car nous saurons toujours une interprétation de ce monde, une vision peut-être personnelle de ce monde, car elle passe par notre sensibilité dans la perception de ce monde qui nous entoure…. Vision personnelle peut être ! Mais sans doute elle sera toujours, toutes de celle de l’esprit de celui qui l’exprime… Cette Vérité sera notre vérité ! Même si cette interprétation du monde est temporaire… Pour moi La Science est descriptive et l’Art, c’est l’interprétation de ce monde !

– Tu ne pourras jamais comprendre la beauté d’une démonstration mathématique ! Quand je te parle de la musique des sphères, je pense par exemple à des démonstrations comme l’exactitude du théorème de Fermat qui lui-même est tiré de ce fameux théorème de Pythagore ! Pour moi, il explique bien la simplicité et la beauté de ce monde !

– Mon cher Thomas ! Je vais te faire un petit laïus ! Sais-tu comment ont fini les théories de Pythagore ? Non ! Eh bien en eau de boudin ! Dans son monde, les nombres entiers étaient des nombres parfaits, car ils supportaient le mode propre à ce nombre… Ainsi les pythagoriciens accordaient leurs instruments de musiques et donc tout leur monde était forcement géré par la perfection de ces nombres entiers… Justement ton fameux théorème de Pythagore montra l’existence de nombres irrationnels que sont les nombres représentant la diagonale de ton fameux triangle…

Donc s’il existe une beauté qui contient ces fameux nombres irrationnels, ils ne sont pas forcement du domaine du matériellement palpable que sont ces fameux nombres entiers… Autrement dit la beauté de la musique des sphères n’est pas forcément tonale et qu’il existe un ordre plus profond que celui de la musique des sphères… Donc prendre le théorème de Pythagore, ce n’est pas un bon choix…

– Je sens que tu as raison pour ce qui concerne Pythagore ! Mais que penses-tu des matrices de Heisenberg ? N’est-ce pas la preuve de la musique des sphères ? La musique existe car l’univers est son instrument ! Ainsi ! N’as-tu jamais entendu parler de billards Justement voilà un monde très scientifique ! Toutes les impulsions et les quantités de mouvements sont prévisibles par les lois de la mécanique !

– Mon pauvre Thomas ! Je te propose mon billard à moi et toutes tes lois de ta physique sur la réflexion des chocs tombent d’elles-mêmes ! Je te propose que les bandes de mon billard soient de formes hexagonales… C’est-à-dire que lorsque la boule de billard touche les bandes de ce billard… Le rebond, donc la réflexion sont beaucoup plus difficiles à prévoir… Bref ! Tu vois bien que ta fameuse physique ne soit qu’une exception de quelques choses de plus complexe que toutes tes lois de physique !

– Tu te trompes, ma chère Mary ! Si je connais les conditions initiales et l’angle de choc… Alors je connais l’angle de réflexion ! C’est un petit peu plus compliqué que lorsque les parois sont droites mais les conditions sont les mêmes…

– Je te ferais remarquer mon cher Thomas que dans un billard rectangulaire parfait dans le cas où ta boule irait contre les quatre bandes sans frottements, il y aurait une conservation indéfinie de l’angle que fait la boule et cela quelle que soit la durée et en supposant qu’elle n’ait pas de moment de rotation, il y aurait conservation de la quantité de mouvement en direction et en quantité… Alors que dans mon billard les directions, après un ou plusieurs chocs, sont imprévisibles… A moins de prévoir les positions exactes par un petit diable qui les noterait dans une équation du mouvement qui décrirait tous les états futurs des positions de la boule…. Et si cette prévision est possible en théorie, elle ne l’est pas dans la pratique.

– Ce que tu viens de dire à propos du billard rectangulaire, me fait penser à la théorie quantique ou toutes les quantités de mouvement et d’énergie se conservent ! Tu vois donc bien ! Mon Pythagore n’avait-il pas tort ? La beauté des équations quantiques tient justement dans la beauté de ce que Pythagore avait décrit dans sa musique des sphères.

– Mary Si ton monde quantique est parfait ! Comment cela se fait-il que tout ce qui nous entoure, est destiné à devenir poussière et comment ton idéal de perfection tient-il devant la mort de ce qu’il prétend décrire ?

– Tu poses là une bonne question ! Tu sais sans doute que le monde quantique est un monde de probabilités d’énergies… Et comme tu n’es pas sans le savoir le monde de l’énergie est soumis à l’entropie… Donc il est vrai que le monde que je décris est un monde périssable…

– Quant à moi, je préfère interpréter le monde que le décrire ! Mon monde à moi, s’il n’est pas descriptible… Il est tel qu’il est, et il est, je le pense plus ouvert que le tien… D’après ce que tu dis du monde ! Tu n’en as aucune preuve mais que des hypothèses et des probabilités… Ton monde reste encore une hypothèse même si elle a l’apparence du vraisemblable ! Quant à moi ! Je veux croire aux miracles de la musique et de l’art !

– Ma chère ! Moi je crois au monde des mathématiques et je peux formuler des concepts mathématiques qui décrivent une infinité de mondes physiques ! Sans qu’il n’y en ait d’autres justifications que les règles du jeu que je lui donne… Et c’est aussi une forme pure de création qui possède par-là même quelques choses d’artistique !

– Oui ! Mais si tu ne décris pas un monde ! Tu le crées ! Alors tu te prends pour un thaumaturge divin ! Moi ! Je reste à notre réalité toute vraie où j’interprète par exemple l’amour d’un jeune homme pour une femme… C’est cette chose très fugitive qu’aucune de tes théories ne pourra jamais décrire… Comment décrirais-tu le chant des oiseaux, par un soir du mois de mai ?

– Nos deux mondes ne sont pas si éloignés… Quand tu me parles de la relation amoureuse penses-tu par exemples à ces lois de mathématiques qui expliquent la symétrie binaire… C’est tout de même merveilleux que tous ce qui a une relation de symétrie binaire simple puissent être décrit par une formulation mathématique simple.

– En bonne logique tu as raison ! Mais comment te parler de toutes ces choses qui ne sont pas simples ! Notre monde même et quand j’entends la beauté de l’harmonie des sphères ! Ce monde ne peut être totalement décrit par tout ce que tu me dis ! Mais quelle sera la vérité d’un être totalement libre ? Pourrais-tu décrire ses sentiments, ses joies et ses peines ? Tes mathématiques ne me parlent pas de toutes ces choses…

– En tous cas ! Ton concerto pour moi est aussi inutile que la théorie d’un de mes amis mathématiciens… Cette Théorie sera peut-être une théorie utile dans un temps que je ne puisse encore définir…

– Je ne saurais imaginer le monde où nous vivons sans l’interprétation artistique du monde ! Le langage commun à nous tous… Ce langage me parle de l’âme du monde… Nous tous, nous avons ce petit-rien… Quelques petits trucs qui existent… Faut-il qu’ils n’aient qu’un tout petit peu de sens artistique… Il y a toujours ce grain de sensibilité aux autres que nous artistes percevons… Ce que vous Matheux et scientifique vous décrivez dans un monde inaccessible au commun des mortels… Un concerto de Chopin… Roméo et Juliette de Prokofiev sont plus importants que divisions que Staline demandait au pape pour qu’il puisse le considérer comme important dans L’ordre des choses et de l’histoire… Pourtant l’histoire nous enseigne qu’un concerto de Chopin est plus important qu’une division de panzers nazis !

– Oui mais sans mathématiques, pas de technologie donc pas de confort, pas de progrès social et économique.

– Là mon cher ! Je te dirais que sans technologie, il n’y aurait peut-être pas le progrès social et économique, mais il n’y aurait pas non plus d’armes, de pollution et d’outils pour ton ami chercheur…

 – Ma chère Mary ! Si toi, tu peux écrire un concerto avec une feuille de papier et un stylo ! Je te ferais remarquer que mon ami qui n’est pas plus ignorant que toi de la réalité du monde qui nous entoure… Hé bien ! Il n’a guère plus de besoins technologiques que toi… Et puis, je te ferais remarquer que si Adolphe Saxe n’avait pas inventé le saxophone… Si stradivarius n’avait pas perfectionné le violon tu ne pourrais jouer ton concerto… Ce que tu appelles la technologie est neutre dans ses applications…

Bruno Quinchez Paris le 31 mars 1997

 
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